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Corpus texte sur la lru

Par Pierre Ratinaud Dernière modification 02/11/2016 17:50

100 articles de presse sur la lru. Le corpus est encodé en utf8.

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**** *s_libération *annee_2011 *am_2011-02
Certains s'en félicitent, d'autres le déplorent, mais tous le reconnaissent : Valérie Pécresse a fait bouger l'université. La loi sur l'autonomie (la LRU ), imposée contre vents et marées en août 2007, n'en finit pas de faire des vagues. Aujourd'hui, ce sont les paisibles instituts universitaires de technologie (IUT) qui se trouvent dans la tourmente. S'estimant perdants avec la LRU , ils menacent de quitter les universités auxquelles ils sont rattachés depuis leur création, en 1966, et de voler de leurs propres ailes. Ils ont beau être très divisés, cela inquiète. Les IUT sont en effet considérés comme des réussites, notamment en matière d'insertion professionnelle. Pour la ministre de l'Enseignement supérieur, Valérie Pécresse, qui reproche aux universités de ne pas s'intéresser assez aux débouchés de leurs étudiants, cela fait désordre.
Depuis le début, les responsables des IUT s'interrogent sur la LRU . Jusqu'ici, ils bénéficiaient d'une autonomie au sein de leur université de rattachement. En clair, ils géraient eux-mêmes les fonds qu'ils recevaient de l'Etat ainsi que leurs ressources propres - notamment la taxe d'apprentissage et les revenus de la formation continue. Mais, avec la LRU , les présidents d'université sont devenus de vrais patrons. Ce sont eux qui allouent désormais leurs fonds aux IUT. Une partie de ces instituts estiment avoir beaucoup perdu : - 10%, voire - 20% de leurs budgets précédents. A l'IUT de Toulouse-III, selon son directeur, Jean-François Mazoin, seuls 9 emplois ont été accordés pour les 9 départements créés. Nos étudiants sont ainsi parmi les moins encadrés , dit-il. A l'IUT d'Orsay (Essonne), la directrice, Nelly Bensimon, assure, elle, que ses moyens ont été maintenus. En décembre, les responsables des IUT ont mis cartes sur table : ne vaut-il pas mieux s'émanciper des universités, au risque, sinon, de perdre ce qui fait la réputation des IUT - les nombreuses heures de cours, le bon encadrement et la confiance des entreprises ? Ils ont entamé un tour de France des IUT, qui s'achève aujourd'hui à Orsay. Il en ressort une vraie fracture, entre les gros IUT, souvent satisfaits de leur sort, pour qui un divorce serait tragique - nous avons besoin de la recherche des universités , dit Nelly Bensimon - et des plus petits IUT, limités à la professionnalisation. On entend peu les élèves - 140 000 dans les 115 IUT. Interrogé, l'Unef, le principal syndicat étudiant, déplore que l'argent de la ministre aille surtout à de grands projets et si peu au quotidien des établissements .
**** *s_libération *annee_2011 *am_2011-01
Isabelle This Saint-Jean, vice-présidente PS du conseil régional d'Ile-de-France : Isabelle This Saint-Jean, ancienne présidente de Sauvons la recherche, qui avait combattu la loi sur l'autonomie des universités ( LRU ), est chargée du supérieur et de la recherche au conseil régional.
Quel bilan faites-vous de la réorganisation universitaire ? Je suis extrêmement critique. En France, nous avons toujours eu un paysage universitaire assez compliqué. Mais cela s'est aggravé depuis l'élection de Nicolas Sarkozy. On a rajouté des strates sans jamais en supprimer. Et l'on en arrive à un paysage totalement illisible, une sorte de millefeuille institutionnel. En plus, ces strates ont souvent des logiques incompatibles entre elles. Enfin, toutes ces réformes imposées de façon extraordinairement autoritaire, ajoutées à la crise universitaire de l'an dernier, ont provoqué une très grande lassitude. La confusion est particulièrement marquée en Ile-de-France qui abrite 17 universités, 8 Pôles de recherche et d'enseignement supérieur (Pres), plus de 300 écoles, des organismes de recherche, etc. De ce fait, il y a une vraie difficulté de l'action politique. Malgré cela, le conseil régional a fait une priorité de ce secteur. Il va y investir 900 millions d'euros dans les dix ans à venir, surtout pour la construction de maisons de l'étudiant, de maisons de santé et de bibliothèques, comme celle du Campus Condorcet, le futur grand pôle de sciences humaines et sociales, où nous mettons plus de 100 millions d'euros. Fallait-il ainsi tout bousculer ? Il y avait des choses à faire, des évolutions étaient nécessaires. La communauté de la recherche avait fait des propositions intéressantes en 2004. La ministre dit les mettre en application, ce qui est faux. Sans moyens, notamment humains, c'est impossible de faire quoi que ce soit. Que peut un laboratoire de recherches sans moyens humains ? Il faudra revenir sur tout cela en 2012. Il aurait aussi fallu davantage consulter les premiers concernés, chercheurs, enseignants, etc. C'est ressorti clairement des assises régionales que nous avons organisées en juillet 2010. La région a choisi de traiter et de passer des conventions avec les Pres - les structures imaginées en 2004 et non pas sous cette présidence. Dans le contexte actuel, cela aurait été trop compliqué de le faire avec chaque établissement, chaque regroupement, etc. Mais nous continuons de parler avec les universités, d'autant que trois ne sont dans aucun Pres, ce qui est un problème. Que faudrait-il faire ? Il est nécessaire de rééquilibrer la carte des formations en Ile-de-France, où des territoires, comme la Seine-et-Marne, sont défavorisés. C'est la condition pour poursuivre la démocratisation du supérieur, malheureusement en recul aujourd'hui. Pour la recherche, je ne suis pas convaincue qu'on la renforcera par la mise en concurrence systématique des acteurs, par la sélection et par l'hyperconcentration, ce qui est la politique actuelle. Je ne veux pas dire qu'il faille saupoudrer les moyens et ne pas faire d'évaluations. Mais pour nous, pour la recherche scientifique, le choix de l'hyperconcentration, comme celle que l'Etat propose sur Saclay, au détriment de tout le reste, n'est pas une bonne chose. Nous, nous préférons travailler sur la mise en relation des acteurs de la recherche et sur la démocratisation. Par exemple, nous allons consacrer cette année 50 millions d'euros à 14 Domaines d'intérêt majeurs (DIM) qui vont notamment permettre à des scientifiques travaillant sur une même problématique de coopérer et de se rencontrer lors de séminaires.
**** *s_humanité *annee_2011 *am_2011-01
À l’occasion de ces premières rencontres, le Medef et la Conférence des présidents d’université (CPU) ont signé une convention-cadre pour rapprocher encore un peu plus les entreprises des universités. Un nouvel accord, découlant de la LRU de 2007, que dénonce l’Union des étudiants communistes comme une soumission de l’enseignement supérieur et de la recherche aux intérêts des entreprises privées. Pour Marion Guenot, sa secrétaire nationale, «l’université joue donc le rôle de centre de formation gratuit pour les entreprises, qui auront toute latitude pour orienter les enseignements et les étudiants en fonction des “besoins de recrutements actuels et futurs”, et pour s’impliquer, par le biais des conseils, dans le “perfectionnement” et “les instances d’évaluation” des politiques universitaires». 

**** *s_figaro *annee_2011 *am_2011-01
Dans quinze jours s'ouvrira sur Internet la procédure d'inscription dans le supérieur. ORIENTATION Pour environ 750 000 élèves de terminale, générale, technologique et professionnelle confondues, le mois de janvier ne signifie pas seulement que le baccalauréat se rapproche. Car en ce début d'année est donné le coup d'envoi des préinscriptions dans les différentes filières du supérieur. Les élèves disposeront de deux mois, du 20 janvier au 20 mars, pour formuler des voeux hiérarchisés sur le portail Internet unique qui centralise les choix.
Depuis 2009, la plate-forme d'orientation Admission Post-Bac se généralise pour l'ensemble des formations, offrant ainsi aux futurs étudiants une sorte de carrefour de tout l'enseignement supérieur, IUT, BTS, universités, classes préparatoires et écoles. Ce mouvement d'intégration de toutes les formations s'est poursuivi en 2010, et ce sont donc, pour 2011, 12 nouvelles écoles d'ingénieurs et 3 cycles préparatoires universitaires qui intégreront le portail APB. Et, de fait, 9 097 formations sont recensées sur le site. Autant dire que s'orienter dans cette jungle réclame des qualités d'explorateur en milieu hostile. «  Nous avons accès depuis début décembre au site APB pour nous renseigner sur les formations, témoigne ainsi Anne-Claire, en terminale dans les Yvelines, mais c'est un dédale, et je n'arrive absolument pas à me faire une idée précise de ce que recouvre tel ou tel intitulé en terme de quantité de travail, de matières abordées ou de débouchés. Je me sens totalement perdue, avec l'angoisse de me tromper de voie.  » En 2010, le site avait enregistré 14 millions de connexions, et 680 000  jeunes avaient formulé au moins un voeu, la moyenne des internautes en ayant formulé cinq. Les salons fleurissent Dans un sondage OpinionWay pour le ministère de l'Enseignement supérieur et de la Recherche, les étudiants de première année se disent satisfaits à 81 % de la procédure Admission Post-Bac. Mais ils ne sont que 49 % à estimer avoir bénéficié, à leur entrée dans le supérieur, d'informations sur l'insertion professionnelle et les débouchés dans la filière qu'ils venaient d'intégrer. Lycéens et étudiants sont en demande de clarifications concrètes, leur permettant d'opérer un véritable choix. D'où le travail mené par le ministère de l'Enseignement supérieur et de la Recherche, ainsi que par le ministère de l'Éducation nationale, pour fournir aux élèves les informations nécessaires à ce choix éclairé. D'abord, pour clarifier le portail APB, et en faire disparaître les termes ambigus, qui pouvaient induire les élèves en erreur au cours de leur procédure d'inscription. Ensuite, pour rendre plus lisibles les panels de formation. Dans le cadre de la loi LRU , les universités sont incitées à développer des procédures d'« orientation active », et notamment une dimension de conseil aux lycéens (voir encadré). Au ministère de l'Enseignement supérieur, on se réjouit de cette démarche qui «  devrait se renforcer avec le temps, car la logique de l'autonomie est aussi une logique de mise en avant de l'identité de chaque établissement supérieur, et une démarche de séduction des étudiants  ». Nouveauté pour l'année 2011, Valérie Pécresse et Luc Chatel se rendent aujourd'hui dans une classe de terminale du lycée Turgot, à Paris, pour rencontrer des élèves qu'ils retrouveront trois ou quatre fois d'ici à leur intégration dans le supérieur. Le but : comprendre, à travers un panel de jeunes, les difficultés rencontrées dans la procédure d'admission post-bac et d'orientation, et les améliorations possibles. Cette première visite intervient comme une prise de contact, quinze jours avant l'ouverture de la procédure, pour sensibiliser les élèves à la problématique d'orientation. D'ici à la formulation de leurs voeux, les jeunes pourront profiter des divers salons qui fleurissent un peu partout, ce week-end ou le suivant, pour contribuer à dessiner leur avenir, Salon APB les 7 et 8 janvier pour les Franciliens, et Salons Studyrama entre le 8 janvier et le 19 février, dans différentes villes de province. Autant d'outils qui veulent favoriser la rencontre des lycéens avec les acteurs des filières du supérieur. L'enjeu est de taille : une mauvaise orientation est la cause principale de l'échec en première année du supérieur.
**** *s_humanité *annee_2011 *am_2011-01
Présentée par le gouvernement comme un remède miracle, l’autonomie est lourde de dangers: cadrage des activités, concurrence faussée entre facultés, gestion entrepreneuriale, influence grandissante des entreprises... «Ce qui se passe dans les universités est absolument extraordinaire», s’enflamme régulièrement Nicolas Sarkozy. Trois ans et demi après son adoption, la loi libertés et responsabilités des universités ( LRU ) est devenue l’un de ses thèmes favoris. Et alors que 22 facs sont passées à «l’autonomie» le 1erjanvier, portant le total à 73, le chef de l’État entend bien faire passer cette réforme pour l’une des grandes réussites de son quinquennat. Seulement voilà, la communauté universitaire, largement mobilisée contre la loi LRU en 2009, est loin de partager son enthousiasme. Et constate, jour après jour, les premiers effets délétères de ce détricotage sans précédent de l’université et de la recherche publique.
Selon les termes de la loi LRU , les 73établissements «autonomes» gèrent désormais eux-mêmes leur budget et leurs ressources humaines. Une autonomie toute relative : la majeure partie des financements reste attribuée par l’État, via une dotation globale accordée au cas par cas, selon des critères de «performance», aussi bêtement quantitatifs que le nombre de chercheurs publiant. «Loin de se préoccuper des besoins de chaque établissement, le gouvernement impose le cadrage de toutes nos activités, dénonce Stéphane Tassel, secrétaire général du Snesup-FSU. En fait d’autonomie, on n’a jamais été aussi dépendant financièrement!» dotation de l’État sous-estimée À ce petit jeu, certaines universités, plutôt riches, plutôt tournées vers les sciences «dures» et plutôt proches du monde économique, semblent bénéficier de ces allocations de moyens indexées sur «l’excellence» et la rentabilité scientifique. Tandis que d’autres, plus petites, commencent à craindre pour leur avenir. Dans plusieurs établissements, la dotation de l’État, censée couvrir la masse salariale, s’est révélée largement sous-estimée. Mi-décembre, l’université de LaRochelle a été contrainte de repousser le vote de son budget 2011, accusant un manque à gagner de 575000euros. Même problème à Limoges, à Toulouse-III, ou à Nice. Le ministère de l’Enseignement supérieur relativise, invoquant «des cas particuliers». N’empêche. Ces difficultés budgétaires donnent du crédit à tous ceux qui reprochent à la loi LRU d’instaurer une université à deux, voire à trois vitesses. Même la très conciliante Conférence des présidents d’université s’inquiète du financement insuffisant de l’État. Dans ce contexte, Pascal Binczak, président de Paris-VIII et hostile à la LRU , redoute le sort réservé aux universités spécialisées en sciences humaines et sociales. «À la différence des sciences dures, elles n’ont pas beaucoup de contrats de recherche et peuvent difficilement combler les trous budgétaires avec des ressources extérieures et la création de fondations que permet la LRU . Elles dépendent à 95% de cette dotation dont l’avenir est loin d’être assuré...» Même incertitude pour les 115instituts universitaires de technologie (IUT) qui s’estiment «lésés financièrement» et rêvent désormais de prendre leur indépendance vis-à-vis de l’université. Sur le fond, de nombreux enseignants et chercheurs vivent très mal l’irruption de cette logique entrepreneuriale et utilitariste au sein d’universités sommées d’entrer en concurrence. «Cette démarche est dangereuse et absurde, souligne Pascal Binczak. La recherche a parfois besoin de temps et de tâtonnements.» Qu’importe. Dans la droite ligne de la stratégie européenne de Lisbonne, qui vise à placer la recherche au service du dynamisme économique, la réforme décline dans les établissements des modes de gestion propres aux sociétés du CAC 40. Le conseil d’administration, resserré à une trentaine de membres et comprenant «au moins» un dirigeant d’entreprise, est devenu l’instance de pilotage de l’université, avec un président grimé en PDG centralisant l’essentiel des pouvoirs. C’est lui notamment qui embauche, promeut et distribue les primes aux chercheurs «les plus méritants»... Pour Stéphane Tassel, « la mise en concurrence et l’individualisation de la reconnaissance mettent à mal la démocratie universitaire». un partenariat avec le Medef Les accointances avec le milieu économique sont désormais ouvertement encouragées. Le Medef vient de signer un partenariat avec les présidents d’université (ci-contre). À Tours, les étudiants de licence sont invités à suivre une unité d’enseignement baptisée «approche de l’entreprise humaine et responsable», en partenariat avec le Centre des jeunes dirigeants d’entreprise. Partout, le vocabulaire managérial fleurit. Une «révolution culturelle» –dixit Valérie Pécresse– que connaît bien Martha C. Nussbaum. «Avides de réussite économique, les pays et leurs systèmes éducatifs renoncent imprudemment à des compétences pourtant indispensables à la survie des démocraties, écrivait en juin dernier la philosophe américaine. Si cette tendance persiste, des pays du monde entier produiront bientôt des générations de machines utiles, dociles et techniquement qualifiées, plutôt que des citoyens accomplis, capables de réfléchir par eux-mêmes.» Drôle «d’autonomie», en effet... 
**** *s_figaro *annee_2010 *am_2010-12
Après deux premières vagues en 2009 et 2010, 22 nouveaux établissements accèdent à une plus grande indépendance. ÉDUCATION Au 1 er  janvier, 22 nouvelles universités vont devenir autonomes. Elles rejoignent les 18 qui ont franchi le pas dès 2009 et les 33 qui ont poursuivi le mouvement en 2010. Près de trois ans et demi après le vote de la loi, 90 % des universités françaises seront donc passées à l'autonomie. Les neuf dernières devront se plier à la loi avant le 11 août 2012.
Dès janvier, les 22 nouveaux établissements autonomes seront davantage maîtres de leur destin. Ils vont gérer leurs ressources humaines et leur budget, auparavant orienté par l'État. Selon les universités déjà passées à l'autonomie, la loi a changé l'état d'esprit. «  Le principal impact est psychologique. Les enseignants-chercheurs sont moins dans l'autocensure, car les crédits sont moins fléchés  », explique un directeur de laboratoire de l'université Pierre-et-Marie-Curie (Jussieu). En matière d'insertion professionnelle, la LRU «  a fortement modifié notre image auprès du patronat. On devient un interlocuteur majeur  », affirmait récemment Marc Gontard, président de l'université Rennes-II. La maîtrise de leur masse salariale permet aux universités autonomes de dégager des marges de manoeuvre pour conduire leur politique, notamment en matière de décharges de services ou de recrutement. Les conseils d'administration peuvent définir une politique salariale différenciée en attribuant des primes. L'université de Metz a une souplesse accrue dans la rémunération et la possibilité de primes pour les contrats à durée indéterminée. Symbolique de cette nouveauté, quelques universités ont aussi recruté cette année des chercheurs réputés à l'étranger, comme Paris-VII, qui a fait venir un professeur américain prix Nobel de physique. Selon les présidents, l'application de la loi génère toutefois un «  stress important  » pour les personnels, soumis à de forts changements ; ils précisent aussi qu'il faut être vigilant sur «  les concurrences parfois excessives entre universités  ». Le mode électoral du conseil d'administration continue par ailleurs à provoquer des frustrations. Selon Vincent Berger, de Paris-VII, le mode de scrutin peut amener à des majorités écrasantes, sans alternative, qui «  frustrent une partie des gens  ». «  Chaque université est poussée à se mobiliser dans une dynamique propre, à développer des initiatives locales, explique Louis Vogel, président récemment élu de la Conférence des présidents d'université, mais si on veut réussir l'autonomie, il faut que l'État poursuive son effort financier. Or nous sommes encore sous-dotés.  » Il rappelle que la dépense annuelle pour un étudiant reste à «  un peu plus de 9 000 euros, contre 15 000 en Suède  ». En outre, certaines universités autonomes sont actuellement confrontées à une évolution à la hausse de leur masse salariale. Dans la subvention transférée par l'État, les postes temporairement vacants et l'impact de la pyramide des âges n'ont pas été pris en compte, selon Jean-Charles Pomerol, le président de Pierre-et-Marie-Curie. La masse salariale effectivement payée dépasse donc la subvention reçue du ministère. Dans son université, il s'agit de 3 millions d'euros. L'université de La Rochelle a dû reporter le vote de son budget pour cette même raison. Le ministère se veut toutefois rassurant à ce sujet. La prochaine étape découlant de la loi de 2007 sera celle de la dévolution du patrimoine. Cinq premières universités volontaires sont retenues par le ministère de l'Enseignement supérieur pour devenir propriétaires de leur patrimoine immobilier, dont quatre pourront s'engager dans le processus de dévolution début 2011 : Clermont-I, Poitiers, Toulouse-I et l'université de Corte. La dévolution de l'université Pierre-et-Marie-Curie devrait aussi être actée en 2011. Ainsi, les universités pourront lancer librement et financer tous leurs travaux, acheter ou vendre des immeubles et pourquoi pas des terrains. Elles garderont 100 % des produits de cession en cas de vente et pourront adapter leur parc immobilier à leur activité. Actuellement, une université qui a besoin de faire des travaux ou qui souhaite acheter un bâtiment doit demander à l'État son accord d'abord sur le principe, puis pour le financement de chaque chantier.
**** *s_figaro *annee_2010 *am_2010-12
AU DERNIER étage de la tour de Jussieu qui surplombe Paris, c'est la « soirée en or » de l'université Pierre-et-Marie-Curie (Jussieu). Quarante-cinq personnes, pour l'essentiel des enseignants de premier plan, sont honorées symboliquement par Jean-Charles Pomerol, le président, pour les distinctions qu'ils ont reçues dans l'année. Preuve que les temps changent, de Cédric Villani, médaille Fields en mathématiques, à Bernard Derrida, médaille Boltzmann en physique statistique, la plupart ont fait le déplacement pour cette soirée placée sous le signe de l'excellence scientifique. « L'esprit de corps pour une université française, c'est nouveau. Il se construit peu à peu », explique Jean-Charles Pomerol. Au sein de cette vieille dame compassée que reste l'Université, chacun a tendance à se référer à son « labo », ou au CNRS, même si Paris-VI est le premier établissement d'enseignement supérieur français du classement de Shanghaï.
 Une vision plus positive de l'université, tel est, aux yeux des enseignants, le principal effet de la loi sur l'autonomie que s'est appropriée Paris-VI, il y a deux ans. « On avait déjà des possibilités de souplesse en matière de ressources humaines. On a pu les étendre », observe ce professeur à la tête d'un laboratoire de physique fondamentale. Jean-Charles Pomerol, lui, estime avoir désormais « un vrai rôle de président ». À ses pieds, le campus accueille 31 000 étudiants et 3 250 enseignants-chercheurs, une véritable ville au coeur du Quartier latin. Des recrutements plus simples Sur les 420 millions d'euros de budget annuel, une fois retranchés les 350 millions d'euros de masse salariale et 70 millions d'euros de fonctionnement, il lui reste 15 %, soit de 20 à 30 millions d'euros de souplesse. Il lui est plus facile d'organiser certains recrutements ou de monter des chaires soutenues par des entreprises. « Je peux allonger plus d'argent ou monter des contrats spécifiques pour tel ou tel chercheur de haut niveau », explique-t-il. Autre nouveauté, la politique des primes, en hausse moyenne de 25 %, est devenue « plus généreuse et transparente » pour les enseignants-chercheurs. La loi LRU ne constitue pas pour autant, selon lui, une révolution. « Elle a accompagné les moeurs. La plupart des universités avaient anticipé l'autonomie parfois depuis une dizaine d'années. Certes, auparavant, on pouvait se faire titiller d'un point de vue légal lors de certaines prises de décision. Ce n'est plus le cas.  » Tous les matins, dès 6 h 45, Jean-Charles Pomerol s'attelle à son travail « sinon (il) n'arrive pas à tout faire  ». Pendant une heure, il s'occupe de sa montagne de courrier. Ce matin-là, il lui faut signer des contrats de travail de chercheurs, organiser l'achat de matériel antivirus pour un laboratoire, le financement d'un postdoctorant américain ou encore une campagne contre l'homophobie. Face au courrier d'une grande école, son visage se fige. « Les écoles d'ingénieurs veulent faire de la publicité dans l'université pour prendre nos meilleurs étudiants de premier ou deuxième cycle. C'est un marché de dupes », soupire-t-il, car, si quelques poignées d'étudiants peuvent y trouver leur compte, l'université n'a rien à y gagner. Ce type de lettre « part d'habitude directement à la poubelle », sauf lorsqu'il s'agit des Ponts ou de Supélec, avec qui il partage un laboratoire. Il s'occupe aussi des 500 anomalies relevées ces dernières semaines dans le secteur ouest du campus, récemment rénové. Problèmes de chauffage, de fenêtres qui ne ferment pas ou de portes qui tombent sur les gens, tout transite par lui. Les courriels se sont accumulés. On y lit par exemple : « Je ne peux pas rester dans mon bureau, il y fait 10 degrés ! » Ces problèmes engendrent beaucoup « de frustrations et rendent les gens nerveux ». Il va écrire une lettre de protestation à l'Épaurif, l'établissement public qui s'est occupé du chantier, sans grande conviction. « Je peux leur demander une transaction financière. Mais en attendant, c'est moi qui vais payer les travaux sur mes fonds propres. » La direction de la vie étudiante organise son pot de fin d'année. « Pour eux, c'est compliqué parce que l'université est en mutation. » Avant, c'était « le service public à l'ancienne , raconte-t-il.  On demandait quelque chose, on était regardé de travers et on recommençait à papoter entre collègues. On leur demande d'être plus professionnels ». Lorsqu'un étudiant a besoin de son diplôme en huit jours parce qu'il doit partir faire ses études aux États-Unis, « ça doit être possible ». « Le monopole public de l'université à la française, c'est fini, martèle-t-il. Les universités ont perdu 10 % d'étudiants en quinze ans.  » Le personnel se plaint auprès de lui des nouvelles règles censées protéger les stagiaires. Ces derniers doivent désormais être rémunérés. « C'est pervers , explique Jean-Charles Pomerol. Comme on n'a pas les moyens de les payer, on a interdit les stages au sein de l'université pour une bonne partie des étudiants.  » Lui qui ne cache pas son positionnement politique, favorable au gouvernement, critique cette « décision politique démagogique qui a été prise pour faire plaisir à l'Unef, ce syndicat d'étudiants de gauche petit-bourgeois ». Il va passer l'après-midi à présider son conseil d'administration, réduit à vingt-neuf personnes depuis la loi sur l'autonomie, contre une soixantaine auparavant. « Ce qui change, c'est d'avoir une majorité. Nous étions auparavant soumis à des négociations incessantes. On ne pouvait pas développer de politique continue. L'ennui, c'est que ça fige les positions. » Les échanges sont souvent assez musclés, « un peu comme à l'Assemblée nationale, les insultes en moins ». Le vote du budget a été repoussé au mois de janvier car l'allocation de l'État n'est pas encore connue. Son budget 2011 sera « certainement » en stagnation, prévoit-il, agacé par « la politique égalitariste » actuelle. Les universités ont connu une augmentation de budget de 13 % en moyenne en 2010 quand la sienne obtenait 3 %. « Les crédits sont moins favorables aux universités de recherche intensive, qui créent pourtant l'innovation. Celles qui avaient le plus d'inscrits en licence, notamment en droit, une matière qui a le vent en poupe, ont été favorisées.  » Raisonnablement optimiste, il qualifie néanmoins la loi LRU de « bonne loi » , mais « c'est réversible, fragile. Il y a encore beaucoup de boulot ! ». LE CHIFFRE420millions dont 350 de masse salariale, c'est le budget de Jussieu en 2010
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DEMAIN, en date du 1 er  janvier 2011, 22 nouvelles universités deviendront autonomes. Elles rejoindront les 55 établissements qui profitent déjà du statut conféré par la loi relative aux libertés et aux responsabilités des universités ( LRU ). Gestion des ressources humaines et contrôle des budgets, auparavant orientés par l'État, sont l'essentiel d'une réforme qui s'est imposée sans heurts dans l'Éducation nationale. Les présidents des universités autonomes racontent leur nouvelle vie de patron et expliquent les enjeux de cette réforme.PAGE 8

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 Notre situation est devenue intenable. Il faut arrêter les palabres et prendre des décisions : un vent de révolte souffle sur les instituts universitaires de technologie (IUT), qui délivrent des diplômes à bac + 2 et accueillent 140 000 étudiants. Jusqu'à la mise en place de la loi sur l'autonomie des universités ( LRU ), en 2008, les 115 IUT de France, tous rattachés à des universités, jouissaient d'une autonomie de gestion. Mais depuis, ce sont les présidents d'université, devenus de véritables patrons, qui leur allouent des crédits. Or, d'après les directeurs et les présidents des IUT qui s'exprimaient hier devant la presse, un peu partout leurs moyens sont en baisse et ils n'ont plus voix au chapitre. Sans vouloir parler de divorce avec les universités, ils proposent de se regrouper dans une structure nationale afin de recouvrer leur indépendance.
 Les IUT sont cités en exemple par la ministre de l'Enseignement supérieur, Valérie Pécresse, pour la bonne insertion professionnelle de leurs étudiants et leur rôle dans la démocratisation du supérieur.
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La Conférence des présidents d'universités a choisi hier Louis Vogel pour préparer la suite du passage à l'autonomie.
UNIVERSITÉS La conférence des présidents d'université est de ces instances dont le visage a été bouleversé par la loi liberté et responsabilité des universités. Il y a encore trois ans à peine, elle était présidée par le ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche, et n'était qu'un service du ministère réduit à enregistrer des circulaires. L'autonomie a changé la donne. Et l'élection du président de la CPU, qui a eu lieu hier, a dessiné les contours du dialogue à venir entre des établissements supérieurs chargés de gérer leurs finances et leur personnel, et un ministère désireux d'aller au bout de l'autonomie. Les débats à venir sur les moyens accordés aux universités et l'éventuelle participation du ministère dans la prise en compte du vieillissement des personnels ou sur la gestion du rapport avec les IUT ou les grandes écoles sont autant d'étapes cruciales pour les mois à venir. Louis Vogel, président de Paris-II Panthéon-Assas, qui vient d'être largement élu, avec 20 voix d'écart, est un partisan proclamé de la loi LRU . Dans un petit livre paru au mois de septembre, L'Université. Une chance pour la France (PUF Quadrige), il esquissait un programme ambitieux pour le traditionnel parent pauvre du supérieur français. Considéré comme «  brillant  » et «  apprécié humainement  », il est professeur de droit privé, diplômé de l'IEP de Paris et agrégé de droit privé. Et son discours de nouveau président, dans la veine de son livre, a fait «  très forte impression  » , au dire de plusieurs personnes présentes. Déjà, la constitution de sa liste se voulait un symbole : autour de lui, Yvon Berlan, président d'Aix-Marseille-III Méditerranée et Anne Fraïsse, présidente de Montpellier-III Paul Valéry. Deux provinciaux pour un Parisien. Mais surtout, le premier, plutôt homme de droite, qui a négocié avec le ministère la réorganisation de la première année de médecine, et la deuxième, plutôt orientée à gauche, latiniste et attachée au maintien de l'enseignement des langues anciennes au lycée. « Révolutionnaire » Au ministère, on veut lire dans cette élection un «  message intéressant  » , voire même «  révolutionnaire  » . Même si l'on remarque qu'à l'heure de la pluridisciplinarité et des grands pôles de recherche et d'enseignement supérieur, les présidents d'universités ont choisi un ticket composé de trois responsables d'universités monodisciplinaires. Mais on retient surtout le dynamisme de Louis Vogel, qui «  s'est saisi tout de suite de la loi LRU , est candidat à la dévolution du patrimoine immobilier, et veut jouer sur toutes les souplesses de la loi .  » Principale préoccupation du nouveau président et de ses deux vice-présidents : tenir compte de la diversité du paysage universitaire français pour éviter que les pôles d'excellence en voie de constitution ne laissent sur le bord de la route les petites universités. Le débat avec l'État se focalisera également sur les transferts de charges envisagés par le ministère pour des universités qui commencent à peine à diversifier leurs sources de financement. Mais avec ce nouveau président, la CPU se veut un acteur majeur de la reconfiguration de l'enseignement supérieur français, et de son entrée dans la compétition internationale.
**** *s_lemonde *annee_2010 *am_2010-12
Les présidents des instituts universitaires de technologie (IUT) ont réclamé, vendredi 10 décembre, que soit revue la structure du réseau des IUT afin que ceux-ci soient dotés d'une personnalité morale leur permettant d'être indépendants des universités. Les présidents des cent quinze IUT de France, réunis en assemblée générale au sein de l'Union nationale des présidents d'IUT (Unpiut), ont adopté à plus de 90 % un texte définissant un projet alternatif préconisant une réforme des IUT .
Il s'agit d'empêcher le démantèlement programmé des IUT , assure l'Unpiut, qui estime que depuis la mise en place de la loi relative aux libertés et responsabilités des universités ( LRU ), il y a deux ans et demi, les dysfonctionnements entre chaque IUT et son université sont de plus en plus nombreux , notamment dans le domaine budgétaire.Les IUT sont une composante de l'université. Avant la LRU , ils recevaient leur dotation directement de l'Etat. Dans le cadre de la LRU , ce sont les présidents d'université qui attribuent les fonds, ce qui a des effets sur l'autonomie de gestion des IUT, ces derniers s'estimant parfois lésés financièrement. UNE AGENCE DE RÉPARTITION AU NIVEAU NATIONAL La solution alternative proposée est de créer au niveau national une structure dotée de la personnalité morale qui aura un rôle d'agence de répartition des moyens et de labellisation des IUT et au niveau régional ou local d'instaurer des IUT labellisés , selon le texte voté vendredi. Interrogé, le ministère de l'enseignement supérieur a affirmé que l'avenir des IUT était dans les universités, à la fois pour leur rayonnement et pour l'intérêt des étudiants . Selon le ministère, les IUT et les universités ont particulièrement renforcé leur dialogue ces dernières semaines sur leurs perspectives conjointes de développement . Le ministère en veut pour preuve le nombre de signatures de contrats d'objectifs et de moyens entre universités et IUT : soixante et un étaient signés ce vendredi et quarante-trois étaient en cours de finalisation .
**** *s_libération *annee_2010 *am_2010-12
Grève. L'étendue de la mobilisation est inédite. Mobilisations dans les universités en Grande-Bretagne, en Italie, jusqu'aux Etats-Unis (lire page 9), résistances persistantes à la loi LRU (réforme Pécresse) en France : le monde universitaire est-il incurablement conservateur ? Ces mouvements inédits - il est rarissime que les universitaires fassent grève - s'expliquent par une redéfinition de la nature de l'université. Depuis le Moyen Age, elle est conçue comme une communauté (universitas) de savants et de lettrés travaillant dans un espace de liberté voué à la réflexion et à la transmission, régi selon des principes de collégialité. C'est ce qui a permis le développement de la recherche fondamentale, dont il est impossible de connaître par avance les résultats et les applications, et dont la finalité peut même être un savoir gratuit. Ce temps semble révolu.
Alors que la production de richesses n'a jamais été aussi importante, le financement du savoir est paradoxalement regardé comme un luxe que les Etats ne pourraient plus se permettre d'assumer. Cette évolution n'obéit pas à une nécessité économique mais à un choix idéologique. Une évidence semble désormais s'être imposée : l'Etat n'a plus pour tâche d'assurer des services publics universels et gratuits financés par la solidarité. A l'heure où s'effondre le dogme de l'autorégulation par le marché, comment justifier son application méthodique à des activités sociales dont la nature est d'échapper à la loi du profit ? On peut gager que personne n'y sera gagnant.
**** *s_humanité *annee_2010 *am_2010-11
Investir dans l’avenir, tel serait l’objectif du «grand emprunt». À cette heure, la seule trace tangible dans les budgets des universités et des laboratoires est l’amputation du prélèvement au titre de la charge d’intérêt supplémentaire (en 2010, 125millions supprimés du budget de la Mires). Pour ne pas rester sur le bord du chemin, en même temps qu’ils se mobilisent pour notre système de retraites, les collègues s’épuisent à répondre aux appels d’offres émis à un rythme insensé. Le gouvernement a élaboré une terminologie, digne des «plans marketing» les plus agressifs, s’appuyant sur «l’excellence» (Equipex, Labex, Inex...) déclinée sous les formes les plus variées (recherche, laboratoire, équipement, chaire, formation...) et éloignées de considérations scientifiques.
À l’instar de l’autonomie, dévoyée par Valérie Pécresse, l’usage de «l’excellence» est une escroquerie sémantique. Qui pourrait douter de l’intention de celui qui voudrait l’excellence, «le meilleur» pour la recherche? Rien de mieux pour faire taire la critique, et faire miroiter ce Graal à de nombreux prétendants. Or, pour conduire au sésame censé ouvrir des financements complémentaires, le processus est extrêmement sélectif et opaque. La concurrence réductrice induite conduit certaines équipes de recherche à élaborer des projets aux limites de leurs thématiques pour coller aux thèmes éligibles de la stratégie nationale de recherche et d’innovation, à renoncer à des coopérations nouées de longue date... à l’implosion. Cette mécanique frappe de plein fouet les collègues en sciences humaines et sociales. Pour être sur les rangs, les regroupements d’établissements (universités fusionnées, grands établissements ou Pres aux «compétences élargies») devront faire la preuve de reculs démocratiques en donnant des gages en termes de «resserrement de la gouvernance des établissements» – critère dominant du processus de désignation des lauréats. La loi LRU permet désormais la réélection immédiate du président d’université par un conseil d’administration singulièrement réduit et à la pluralité considérablement gommée. Or l’intention de Nicolas Sarkozy, reprise depuis par plusieurs rapports (IGAENR, Aghion, Attali...), de faire participer les «personnalités extérieures» des conseils d’administration à l’élection de présidents qui les ont eux-mêmes nommées relève d’un même dessein: figer les équipes de direction et accroître leur emprise sur les libertés des universitaires. La mission interministérielle chargée des «initiatives d’avenir» n’entendra pas ouvrir une possibilité de percevoir des crédits – en fait les intérêts de sommes placées à 3% – à un établissement dont l’exécutif serait enclin à se soustraire à son pilotage. Il n’y aura que très peu d’élus, beaucoup de déçus. La démocratie universitaire ne doit pas être la grande perdante. Stérile, « l’excellence » promue par le gouvernement exténue les collègues, les détourne de leurs missions, affaiblit les équipes et terrasse la capacité de création des universités, en manque criant d’emplois. La défiance du ministère à l’égard des universitaires, dont il considère que seule une minorité serait méritante, renforce un sentiment de culpabilité injustifiée, alimenté par la pénurie de moyens dans laquelle l’université est maintenue. Le temps des priorités pour un service public d’enseignement supérieur de qualité, alliant proximité, coopération, collégialité et démocratie; garantissant l’exercice de la recherche fondamentale; assurant les réponses à des priorités scientifiques débattues démocratiquement avec la communauté scientifique; procurant l’épanouissement de tous les collègues dans leurs missions et la réussite de tous les étudiants... n’a que trop tardé! Par Stéphane Tassel, secrétaire général du SNESUP-FSU. lll Pourquoi il est urgent de définir d’autres priorités pour l’enseignement supérieur 
**** *s_libération *annee_2010 *am_2010-11
Les problèmes sont immenses : un taux de chômage dépassant les 20%, des délais toujours plus longs pour décrocher un CDI, de plus en plus de jeunes vivant dans la précarité... Mais les propositions ne sont pas foisonnantes. Là encore, l'UMP défend ses réformes et s'autofélicite de la loi sur l'autonomie des universités (la LRU ), qui a rapproché les facs du monde de l'entreprise et qui les oblige à se préoccuper désormais de l'insertion professionnelle de leurs diplômés. L'UMP avance tout de même une idée pour aider les classes moyennes à financer les études de leurs enfants : un prêt ascenseur social à des conditions avantageuses, remboursable lorsque l'étudiant obtient son premier contrat et à un pourcentage plafonné par rapport à son salaire , a expliqué Laurent Wauquiez, secrétaire d'Etat à l'Emploi.
Le PS, lui, défend l'idée d'une allocation d'étude , dont le montant n'est pas précisé. Versée à tous les jeunes en formation, elle regrouperait les aides éparses actuelles, y compris la demi-part fiscale des parents, qui serait alors redéployée . Cette aide serait fonction de la situation de l'étudiant, et non plus de celle de sa famille. Pour les jeunes sortis du système de formation, la gauche ajoute un dispositif nouvelle chance comprenant un revenu et la prise en charge d'une formation. Dans le supérieur, le PS préconise aussi d'en finir avec la concurrence stérile entre filières de formation au détriment des universités, par le rapprochement progressif des grandes écoles et des classes prépas avec l'université . Un recul par rapport au texte initial, où il était question de les intégrer . Apparemment, le bureau national n'a pas eu le cœur de les voir disparaître.
**** *s_libération *annee_2010 *am_2010-11
Cinq universités vont bientôt devenir propriétaires de leurs murs dans le cadre de la LRU , la loi sur l'autonomie votée en août 2007, qui avait déclenché une vague de contestations. Clermont-I, Poitiers, Toulouse-I, Corte et Paris-VI devraient signer début 2011 un contrat de dévolution par lequel l'Etat leur cède gratuitement l'immobilier et s'engage à remettre les bâtiments aux normes. Il reste encore à s'entendre sur les dotations que l'Etat va leur verser chaque année pour le gros entretien et le renouvellement de leur patrimoine. Paris-VI est un cas particulier : il lui faudra attendre la fin des travaux à Jussieu, en 2014, pour prendre dans les faits possession de ses murs. But affiché : permettre aux universités de faire mieux que l'Etat, qui a laissé les facs se décrépir.

**** *s_humanité *annee_2010 *am_2010-11
Nouvelle étape dans la privatisation des universités, le gouvernement dévoile aujourd’hui la liste des premiers établissements qui pourront devenir propriétaires de leur immobilier. Une étape de plus vers la privatisation de l’université. La ministre de l’Enseignement supérieur, Valérie Pécresse, doit annoncer aujourd’hui, lors d’une conférence de presse, la liste des universités qui seront les premières à s’engager dans une négociation avec l’État afin de devenir, d’ici début 2011, propriétaires de leurs murs.
Cette compétence est prévue par la loi LRU d’août 2007. Cette dernière stipule, en effet, que toutes les universités doivent accéder à l’autonomie en matière budgétaire et de gestion des ressources humaines d’ici 2012. Mais aussi qu’elles peuvent, à leur demande et à terme, devenir propriétaires de leurs biens immobiliers. À ce jour, neuf des 83 universités se sont portées volontaires pour prendre cette responsabilité, avec l’objectif d’une dévolution de leur patrimoine début 2011. Il s’agit d’Avignon, Cergy-Pontoise, Clermont-Ferrand-I, Corte, Poitiers, Paris-II Panthéon-Assas, Paris-VI Pierre-et-Marie-Curie (UPMC), Paris-Est Marne-la-Vallée et Toulouse-I Capitole. «Toutes viendront ce vendredi pour détailler les projets qu’elles ont en la matière», explique le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, sans préciser combien seront choisies au final. La perspective fait bondir le principal syndicat du supérieur. « La dévolution est pour l’État un moyen de se décharger de la construction et de l’entretien des locaux aux dépens des universités et des régions», souligne le Snesup-FSU qui dénonce ce nouveau désengagement de l’État. «Le risque est plus que probable de voir la location, la vente ou l’hypothèque de bâtiments constituer de nouvelles variables d’ajustement pour des budgets toujours plus étriqués, relève notamment Stéphane Tassel, le secrétaire général du Snesup. Les charges d’entretien et de réfection peuvent également devenir très lourdes et pousser les universités à s’endetter en recourant à l’emprunt.» 
**** *s_humanité *annee_2010 *am_2010-11
Le projet de loi de finances pour 2011 confirme le choix fait par le gouvernement de renforcer sa politique d’austérité mise en œuvre pour «rassurer» les agences de notation et les marchés financiers. Cette austérité se traduit par une augmentation des prélèvements obligatoires. Les services publics, par la remise en cause des dépenses consacrées à la solidarité ou à l’environnement, sont spoliés. Les suppressions massives d’emplois dans la fonction publique (31400 dont 16000à l’éducation nationale) se poursuivent. S’inscrivant dans la ligne du grand emprunt, ce projet confirme un changement radical des structures et des missions des universités et des organismes de recherche.
L’enseignement supérieur et la recherche sont présentés comme étant à l’abri. En fait, c’est le plafond d’emplois qui reste stable, ce qui ne garantit pas que tous les postes de fonctionnaires soient publiés et pourvus. Au contraire, l’aggravation de la précarité est prévisible et la «fongibilité asymétrique» au niveau des établissements peut entraîner des suppressions d’emplois. Avec les conséquences du pacte recherche, de la loi LRU et du passage aux responsabilités et aux compétences élargies, les besoins en emplois d’enseignants-chercheurs, d’enseignants, de chercheurs, d’ingénieurs et de personnels administratifs, techniques et de bibliothèque sont de moins en moins couverts par des emplois statutaires. Or il faut des créations d’emplois et des recrutements dans toutes les catégories. En dépit de l’affichage s’appuyant sur des effets d’annonce pour la période 2011-2013, les crédits de paiement de la mission interministérielle pour la recherche et l’enseignement supérieur augmentent de moins de 2% en valeur, ce qui correspond à une stagnation en euros constants: c’est une situation sans précédent depuis des années. Cette stagnation des crédits revient, en fait, à une réduction des moyens accordés à la plupart des universités, des établissements et aux laboratoires, ce qui accentue la mise en concurrence des établissements, voulue par le gouvernement. De plus, l’augmentation avancée par la ministre de 267millions d’euros pour la recherche (hors crédit impôt recherche) est un moyen de piloter la recherche, dans le sens des objectifs définis par la stratégie nationale de recherche et d’innovation (SNRI), en affectant les fonds principalement à certaines augmentations ponctuelles ciblées (le plan cancer 2, pour l’Inserm, la prise en charge du réacteur Jules Horowitz pour le CEA, la contribution à l’Agence spatiale européenne pour le Cnes...), laissant le reste des laboratoires des universités et des organismes dans la pénurie. Le crédit impôt recherche, dont le coût exorbitant (près de 5milliards prévus pour 2011, soit 20% du budget de la mission interministérielle), est dénoncé dans des rapports des deux Assemblées parlementaires et de la Cour des comptes, mais il est maintenu alors qu’il alimente les profits et ne crée pas d’emploi. Les documents officiels du ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche font miroiter la concrétisation de projets liés au grand emprunt ou au plan campus, qui vont déstructurer profondément l’enseignement supérieur et la recherche. Mais les fonds effectivement disponibles sont conditionnés à la réalisation de partenariats public-privé (PPP) aux crédits incertains, fondés sur les intérêts d’un capital non disponible et à la labellisation dans le cadre de la politique dite d’excellence. Alors que la réussite des étudiants –avec l’objectif d’emmener 50% d’une classe d’âge au niveau de la licence– avait été affichée comme la priorité du gouvernement, aucune augmentation des crédits alloués au plan licence ni aucune création d’emplois n’est prévue, bien que tous les acteurs de la communauté universitaire s’accordent à dire que sans moyens supplémentaires (humains et financiers) l’amélioration de la réussite en licence ne pourra être obtenue. La seule mesure qui pourrait paraître positive serait le versement d’un dixième mois de bourse à condition que son financement soit assuré, ce qui n’est pas le cas. De plus, des restrictions budgétaires sont prévues pour le Cnous et les Crous, avec une diminution de 9,996millions d'euros (moins 3%) de la subvention pour charges de service public, en application des normes transversales d’économies de fonctionnement décidées pour l’État et ses opérateurs. Nous appelons la communauté universitaire et les étudiants à dénoncer ce budget qui lèse la plupart des établissements et des laboratoires, à expliquer partout cette présentation trompeuse et à se mobiliser pour faire connaître les exigences de la communauté universitaire. (*) Snesup-FSU, Snep, SNCS-FSU, Snasub-FSU, SNTRS-CGT, CGT-Inra, Ferc SUP-CGT, SUP recherche Unsa, Unef, SLR, SLU. Par l’INTERSYNDICALE de l’Enseignement supérieur et de la recherche (*). lll POURQUOI LES CHOIX BUDGÉTAIRES GOUVERNEMENTAUX pour 2011 AGGRAVENT-ils LA SITUATION? 
**** *s_humanité *annee_2010 *am_2010-10
lll Pourquoi l’enseignement supérieur et la recherche ont besoin de la mobilisation de tous?
La mobilisation contre le projet de destruction des retraites prend un nouveau tournant. L’ampleur et la force déployées dans la rue s’ancrent dans la durée et dans les esprits. Dans le prolongement des actions diversifiées qui touchent le pays, l’engagement des personnels de l’enseignement supérieur va en croissant rapidement pour cette période de l’année universitaire. Le renforcement des mobilisations par la jeunesse, consciente des risques qui pèsent sur son avenir et sur l’emploi, laisse présager un enracinement durable dans la population de l’enjeu de société porté par ce mouvement. Exaspérée par l’arrogance d’un pouvoir refusant d’entendre ses revendications sur les retraites comme celles, exprimées en 2009, pour le supérieur et la recherche, la communauté universitaire, en nombre dans les cortèges, atteste sa capacité de résistance. En ce moment, se jouent des batailles dont les gains ne peuvent attendre de prochaines échéances électorales. Dans le même temps, écumant des plateaux télé complaisants, Valérie Pécresse met un zèle outrancier à travestir la réalité. Avec aplomb, la ministre distille sa vision du cataclysme imposé à la communauté universitaire depuis plus de trois ans. Non sans servir ses intérêts, à proximité d’un remaniement ministériel pressentant le départ du premier ministre, ces contrevérités ministérielles tentent de nourrir l’illusion d’une « réforme » réussie, présentée à l’instar des retraites comme un marqueur du quinquennat de N. Sarkozy. Cette surexposition médiatique ne trompe aucun spectateur averti. Le gouvernement, privé d’ambition scientifique pour les universités, n’a eu de cesse de les dépouiller des garanties de leur épanouissement pour la société. La destruction de la formation des maîtres, sautant maintenant aux yeux de la population, complète ce tableau calamiteux. La ministre, fervente de chiffres pourvu qu’ils lui soient favorables, a récemment communiqué dans la presse écrite un classement choquant des universités sur la base de l’insertion professionnelle. Faut-il préciser que les cohortes d’étudiants sur lesquelles porte l’étude, témoignant au demeurant de bons résultats, étaient à l’université en 2007, antérieurement à la mise en œuvre de la loi LRU . À cela s’ajoutent une méthode statistique et des échantillons (étudiants et en formations) qui peuvent prêter à caution. Confrontés à la multiplication des appels d’offres liés au «grand emprunt», la plupart des collègues s’efforcent de trouver les moyens pour ne pas rester sur le bord du chemin. Dans cette course aux ressources qui font défaut aux budgets de la plupart des établissements et des laboratoires, la «gouvernance resserrée» reste le critère dominant du processus extrêmement sélectif et opaque de désignation des lauréats. Refusant de revenir sur le crédit impôt recherche, le gouvernement a tout fait pour maintenir un mécanisme profitant essentiellement aux grands groupes et à leurs filiales. Admettant certaines dérives frauduleuses, il a décidé de préserver la deuxième niche fiscale (5millions d'euros, soit 20% du budget de la Mires) du «coup de rabot» préconisé par Nicolas Sarkozy pour rassurer les marchés financiers. Pour être sur les rangs des «EX» (Equipex, Labex, Inex...) triés sur le volet, les universités fusionnées, grands établissements (permettant la sélection des étudiants et l'élévation des droits d’inscription) ou Pres «renforcés» devront faire la preuve de reculs démocratiques. La mission interministérielle n’entendra pas ouvrir une possibilité de percevoir d’hypothétiques intérêts à un établissement dont l’exécutif pourrait échapper au contrôle tutélaire du MESR. Il n’y aura que très peu d’élus, beaucoup de déçus. La démocratie universitaire ne doit pas être la grande perdante. À cet égard, cherchant à allonger la durée de contractualisation des établissements, le ministère a pris le parti de solliciter un à un les présidents des universités pour constituer une nouvelle vague d’habilitations. Ce procédé montre à quel point le ministère contourne toutes les instances de décision impliquant les acteurs de l’enseignement supérieur. Aucun des critères qui ont présidé à l'établissement du périmètre des universités touchées n'a été explicité. Les contraintes calendaires produites par de telles modifications, les risques de dysfonctionnement n'ont pas été mesurés, à commencer par le risque de l’absence d’actualisation des données d’évaluation de la recherche sur une durée portée de quatre à cinqans. À quand le moment où nous pourrons disposer de temps pour la recherche et pour toutes les formations du supérieur? À quand le moment où nous serons libérés des carcans bureaucratiques nous empêchant de renforcer un lien formation recherche qui est facteur de réussite sociale, citoyenne et professionnelle des étudiants? À quand l’élaboration d’un maillage territorial équilibré assurant proximité, coopération, collégialité et démocratie universitaires? À quand une reconnaissance collective des diplômes de licence, master et doctorat? Dès maintenant, ce sont nos rapports de forces qui permettront d’imposer, à l’instar des retraites, des choix qui relèvent d’un enjeu de société. Par Stéphane TASSEL, secrétaire général du SNESUP. 
**** *s_libération *annee_2010 *am_2010-10
Lycéens et étudiants appellent aujourd'hui à de nouvelles manifestations, à la veille des vacances de la Toussaint. Des dizaines de milliers de lycéens dans les rues, des centaines d'établissements perturbés ou bloqués, des incidents violents en marge des manifestations et peut-être, demain, des étudiants entrant à leur tour dans la danse : pour le gouvernement, c'est le pire des scénarios qui est en train de se dessiner. Face à la mobilisation des jeunes qu'il redoute tant, avec ses côtés imprévisibles et parfois même irrationnels, le voilà réduit à espérer que les vacances de la Toussaint, qui débutent samedi, fassent oublier aux lycéens les raisons de leur colère. Mais rien ne dit que la rentrée sera apaisée.
Après les défilés de mardi où les jeunes n'ont jamais été aussi nombreux, la journée d'aujourd'hui risque d'être encore chaude. Les deux principales organisations lycéennes - l'UNL et la Fidl - ainsi que l'Unef pour les étudiants ont appelé à de nouvelles manifestations dans toute la France. Or, si la grande majorité des actions se déroulent dans le calme, la tension est montée ces derniers jours avec l'intervention de casseurs profitant des événements, notamment en banlieue parisienne, mais aussi en plein centre de Lyon (lire page 4), et le déploiement de forces de l'ordre parfois vécu comme une provocation par les manifestants. Flambeau. Hier, alors qu'il s'agissait d'un mercredi, une journée généralement en demi-teinte, la mobilisation s'est poursuivie dans un désordre propre aux mouvements lycéens. Selon le ministère de l'Education, 178 lycées étaient perturbés, alors que l'UNL faisait état de 600. Mais c'est surtout du côté des universités, jusqu'ici restées plutôt à l'écart, que l'on a senti des frémissements (lire page 6). L'Unef signalait 6 universités bloquées, sur 83 au total, quand le ministère de l'Enseignement supérieur parlait de 5 perturbées ou bloquées. Pour le syndicat étudiant, la mobilisation a un temps de retard sur les lycéens, car les facs ont fait leur rentrée après, et qu'il faut plusieurs semaines pour construire un mouvement . Alors que les lycéens partent en vacances, les étudiants, dont beaucoup n'ont pas de congés, pourraient ainsi reprendre le flambeau. Mais rien n'est sûr. Si les assemblées générales attirent plus de monde, les amphis ne sont pas pleins, et l'on reste très loin de la mobilisation des grands jours, contre la LRU (autonomie des universités en 2007 et 2009) et surtout contre le CPE (contrat première embauche) en 2006. Fermeté. Soucieuses de ne pas mettre de l'huile sur le feu après leur offensive contre-productive sur la manipulation de la jeunesse , les autorités sont restées silencieuses. Mais, sur le terrain, il semble bien que les consignes de fermeté ont été données à l'encontre des fauteurs de troubles. Jugé en comparution immédiate, un élève du lycée Joliot-Curie de Nanterre (Hauts-de-Seine), théâtre de violences depuis lundi, a été condamné à quatre mois de prison avec sursis pour violences aggravées . Il est accusé d'avoir jeté une pierre sur la police, ce qu'il nie. En Seine-et-Marne, un autre a écopé de deux mois avec sursis, et 13 mineurs ont été mis en examen après des violences en marge d'une manifestation lycéenne à Combs-la-Ville. En Seine-Saint-Denis, 240 personnes ont été interpellées depuis jeudi dernier, la plupart des mineurs scolarisés. Photo Julien Daniel. MYOP
**** *s_libération *annee_2010 *am_2010-10
Cinq refondateurs posent un diagnostic et avancent des mesures concrètes pour réformer tout le système. Tout semble rentré dans l'ordre. Après le long mouvement de 2009, les universitaires et les chercheurs ont regagné leurs facs et leurs labos. Les universités se sont converties à l'autonomie. Et la ministre de l'Enseignement supérieur Valérie Pécresse se réjouit de l'engouement suscité par la loi sur l'autonomie ( LRU ). Pourtant, derrière cette sérénité, le malaise persiste. Dans un ouvrage, cinq universitaires en appellent à une refondation urgente de l'université promise, sinon, à une mort certaine.
Le juriste Olivier Beaud, le philosophe Marcel Gauchet, les sociologues Alain Caillé et François Vatin, ainsi que le physicien Pierre Encrenaz, ont participé au mouvement. Ils ont été à l'origine d'un Appel pour refonder l'université, réunissant des signataires de sensibilités diverses mais tous partisans d'une réforme radicale du supérieur. Malgré l'échec du mouvement, ils refusent de baisser les bras et font onze propositions pour sortir l'université du déclin. Le péché originel de la LRU est, d'après eux, de n'avoir voulu réformer que l'université. Or, tout le système d'enseignement supérieur - avec son enchevêtrement d'écoles, grandes et petites, de classes prépas, intégrées ou non, d'Institut universitaire de technologie (IUT) et de Section de technicien supérieur (STS)... - est revoir. Avec la démocratisation, l'université est devenue la voiture-balai du supérieur, déplorent-ils. Alors que les autres établissements peuvent sélectionner leurs étudiants et attirer les meilleurs, elle doit accueillir tout le monde et, de plus, avec des moyens bien inférieurs à ceux des prépas et des écoles. Hormis en médecine et en droit, un grand nombre d'étudiants y viennent dès lors par défaut. Du coup, elle se retrouve en concurrence déloyale avec les écoles et se voit reprocher son inefficacité, en raison du fort taux d'échec les premières années. On ne pourra résoudre la crise sans toucher au verrou fondamental que constitue le processus de sélection orientation, qui bloque tout le système, écrivent les auteurs. Il ne s'agit pas de réduire le droit des jeunes Français à poursuivre des études supérieures, mais de faire en sorte que ce droit ne conduise pas à imposer à l'université, et à elle seule, de prendre en charge le public refusé ailleurs, et ne lui interdise pas de créer les filières d'excellence conformes à sa vocation. Le mot tabou est prononcé : sélection. C'est la deuxième proposition des refondateurs : une sélection au minimum au niveau de l'entrée en master , juste après la licence. Le sujet est ultrasensible. Les auteurs concèdent que faire sauter ce principe peut enflammer les étudiants et que chez nombre d'universitaires, il repose sur une conviction de la mission démocratique de leur institution . Mais pour sauver l'université, ils jugent indispensable de le dépasser. A défaut d'introduire la sélection à l'entrée, ils prônent une refonte du système, avec la création d'un grand service public réunissant les prépas, les IUT, les STS et les premiers cycles universitaires, dans l'esprit d'une propédeutique préparant aux études supérieures. Ils font d'autres propositions assez iconoclastes - un capital études alloué à tous les étudiants -, avec l'espoir de susciter le grand débat dont l'université a été flouée avec le mouvement anti- LRU .
**** *s_humanité *annee_2010 *am_2010-10
Christophe Charle est professeur d’histoire à l’université Paris-I Panthéon-Sorbonne, il est l’auteur des Ravages de la «modernisation» universitaire en Europe. Les nouveaux masters d’enseignement sont effectifs. Quels sont les changements?
Christophe Charle. Avant, on pouvait proposer les mêmes cours à ceux qui passaient le Capes et l’agrégation puisque les programmes étaient identiques. Les diplômes demandés pour passer ces concours sont aujourd’hui différents, les candidats ne peuvent donc tenter les deux la même année. Comme les programmes sont différenciés, nous avons été obligés de dédoubler les heures en fonction des exigences différentes des deux concours. Pour le nouveau Capes, le calendrier des épreuves est en décalage complet par rapport au calendrier universitaire (écrit dès novembre, oral en mai et préparation hachée entre les stages en responsabilité avant de connaître les résultats). C’est une réforme qui n’a pas été pensée du tout pour faciliter la vie des candidats. Face à cela, il n’est pas étonnant de voir des boîtes privées proposer des services payants et récupérer un marché que beaucoup d’universités ont abandonné parce que les contraintes étaient trop lourdes pour organiser une préparation sérieuse. C’est une réforme qui sabote délibérément ce qui marchait et profite à un tas d’intermédiaires qui s’improvisent «coach» ou «préparateur» pour des sommes rondelettes. Cette réforme des concours a été un coup d’accélérateur d’un processus de privatisation rampant. Dans un de vos livres, vous parlez d’un modèle de «public management» universel qui gagne du terrain dans les universités françaises... Christophe Charle. Effectivement, les principes des concours de l’enseignement public étaient un des derniers bastions de résistance aux logiques du recrutement sur le modèle privé. On fragilise les gens, on les angoisse et, du coup, on pousse chacun à se diriger vers des enseignements privés. On n’en est pas encore au niveau du «modèle» anglo-saxon en termes de coût. En France, les frais d’inscription restent encore bas comparés à ce qu’on fait payer aux étudiants de l’autre côté de la Manche, de l’Atlantique ou même du Rhin. L’augmentation des frais d’inscription aurait pu être inscrite dans la LRU car elle relève de la même logique de compétition. Si la majorité actuelle est reconduite à la future échéance présidentielle, on peut imaginer que la prochaine étape sera l’augmentation des frais d’inscription au nom de la «compétitivité internationale». Les réformes qui visent l’université sont une manière d’affaiblir des lieux stratégiques où existent encore des espaces de liberté et de pensée indépendants. Est-ce la fin de ces espaces? Christophe Charle. Plusieurs chercheurs ont été mis en cause l’année dernière pour leurs travaux jugés dangereux sur des questions sensibles. Les sciences humaines ne sont utilisables aux yeux des pouvoirs que pour certains buts liés à l’économie dominante et aux discours qui vont dans le sens de l’ordre établi... On voit émerger des formes d’empêchement ou de sanctions indirectes pour décrédibiliser des discours dissonants. Il existe aussi des formes d’incitation à la soumission (missions spéciales, primes...). Les projets les mieux financés sont ceux qui vont dans le sens de certaines orientations et de certaines problématiques calées sur l’agenda gouvernemental. On tolère de moins en moins la fonction critique des sciences humaines. Êtes-vous pessimiste sur l’avenir de l’université? Christophe Charle. Oui, plutôt. Le budget de l’université a été encore largement épargné ces dernières années. On a gardé la plupart des postes, à la différence des autres administrations, et les budgets des recherches n’ont pas baissé. Cette situation est l’aboutissement du rapport de forces instauré lors du mouvement des chercheurs et des luttes du printemps 2009. Par contre, si le gouvernement actuel est reconduit, il reviendra là-dessus avec des mesures beaucoup plus radicales. Ce qui me rend pessimiste, c’est de voir la dégradation des débouchés des étudiants, en particulier en sciences humaines, la baisse du nombre de postes aux divers concours, les difficultés croissantes pour les préparer... Tout cela enlève d’énormes possibilités d’avenir à nos étudiants en sciences humaines. On crée une déception et une rancœur fortes dans la jeune génération. Le décalage entre les capacités des gens et le niveau du travail qu’on leur propose peut créer une explosion sociale, comme on l’a vu dans d’autres sociétés en crise, en Amérique latine ou en Europe du Sud. Je ne comprends pas comment l’autosatisfaction du gouvernement peut être aussi débordante, il n’y a vraiment pas de quoi crier victoire quand on sacrifie la jeunesse diplômée à la seule logique financière. Les ravages de la «modernisation» universitaire en Europe, Syllepse, 2008. 292 pages, 23euros. 
**** *s_lemonde *annee_2010 *am_2010-10
 
En octobre 2008, les trois universités de Strasbourg ont été parmi les toutes premières universités françaises à pour pouvoir, conformément aux orientations de la LRU , organiser le financement, par des fonds privés, de projets innovants au service des étudiants, des personnels et du grand public . La campagne a pour but de récolter des fonds sous forme de dons pour renforcer l'excellence en recherche de l'UDS et développer l'interdisciplinarité , ont indiqué les responsables de l'université lors d'une conférence de presse, précisant que des entreprises et des collectivités s'étaient déjà manifestées pour soutenir l'université. La campagne, qui porte sur 20 millions d'euros, a été placée sous le haut patronage de Jean-Claude Juncker, président de l'Eurogroupe et premier ministre du Luxembourg, ainsi que de Henri Lachmann, président du conseil de surveillance de Schneider Electric. AXA, EXANE, NOBEL BIOCARE Le groupe AXA, les laboratoires Pierre Fabre, ainsi que les sociétés Exane et Nobel Biocare, ont fait des promesses de dons à hauteur d'environ 5 millions d'euros. Des banques et sociétés implantées en Alsace se sont pour leur part engagées pour plus d'un million d'euros en tout. L'UDS ambitionne de compter parmi les meilleures universités de recherche, en s'appuyant sur des équipes de scientifiques de très haut niveau, dont la moitié a un partenariat avec des organismes de recherche français. L'UDS, forte de 40 000 étudiants et de 4 000 scientifiques, est 144e au classement annuel établi par l'université des communications de Shanghai. Trois universités françaises seulement font partie du Top 100 de ce classement.
**** *s_libération *annee_2010 *am_2010-09
 L'excellence est désormais le mot d'ordre à l'université et dans le supérieur. Objectif: percer dans les classements internationaux. Une politique qui fait débat.
Pour la venue de la ministre de l'Enseignement supérieur, les présidents des quatre universités bordelaises ont voulu faire les choses au mieux. Ils ont préparé de superbes powerpoints pour exposer leurs multiples projets. Pour commencer, ils misent sur leurs pôles d'excellence , une dizaine de secteurs où ils sont particulièrement bons, pour décrocher des crédits au titre des initiatives d'excellence . Ensuite ils espèrent que leurs laboratoires les plus en pointe - dans les matériaux, l'optique laser, les neurosciences, etc. - obtiendront le label laboratoires d'excellence , avec les fonds qui vont avec. Ils vont aussi concourir dans la catégorie équipements d'excellence pour moderniser ces labos. Et comme ceux-ci font aussi de la recherche appliquée, ils se verraient bien décerner le titre d' instituts d'excellence , toujours avec les crédits qui vont avec. Transformation. Valérie Pécresse est aux anges. La ministre, qui fait face autour de la grande table au maire de Bordeaux Alain Juppé, était venue constater, le 20 septembre, comment les universités se transforment. En cette rentrée, elle veut célébrer les résultats de ses réformes. Et Bordeaux est une des meilleures élèves. Les universités de la métropole aquitaine ont en effet été retenues dans le cadre du plan Campus, ce qui va leur permettre de rénover leur immobilier - mais il faudra encore attendre car les projets sont très longs à monter. Deux sur les quatre sont devenues autonomes - Bordeaux-III (sciences humaines) et Bordeaux-IV (droit et éco) le seront le 1er janvier prochain. Elles ont constitué un vaste pôle avec 63 000 étudiants - un Pres (pôle de recherche et d'enseignement supérieur) -, ce que Valérie Pécresse encourage pour mettre fin à l'éparpillement hérité de Mai 1968 . Enfin et surtout, elles sont entrées dans la course à l'excellence tous azimuts voulue par la ministre. Dans le cadre du grand emprunt - rebaptisé investissements d'avenir -, elles vont même participer à tous les appels à projets. Après les internats d'excellence lancés dans le secondaire pour les élèves méritants, le mot excellence a envahi le monde du supérieur. On y parle de filières d'excellence , pour désigner par exemple les doubles licences, les classes prépas intégrées ou les cursus renforcés pour bacheliers mention Très bien, de dispositifs d'excellence - pour désigner à peu près la même chose -, de campus d'excellence - devenus des initiatives d'excellence car on risquait de confondre avec le plan campus de rénovation immobilière -, de laboratoires d'excellence , d'équipements d'excellence , etc. Image. Pour la ministre, ce déferlement d'excellence est le signe d'une université qui a retrouvé sa fierté (lire page suivante), et qui ne craint plus de se mesurer aux meilleurs, comme les grandes écoles avec qui elles coopèrent de plus en plus, ou encore avec ses rivaux internationaux. Derrière, elle y voit bien sûr le fruit de la politique engagée après l'élection de Nicolas Sarkozy, des réformes qu'elle a imposées contre vents et marées comme la LRU (la loi sur l'autonomie), et des fonds insufflés dans une université longtemps laissée à l'abandon et qui souffrait d'une image désastreuse. Mais cette rhétorique de l'excellence ne fait pas l'unanimité. A gauche, on dénonce une politique centrée sur les meilleurs et ceux capables d'être dans la course, c'est-à-dire les universités les plus grandes et déjà les mieux dotées. Les dispositifs d'excellence vont leur revenir en priorité, estime-t-on, et les autres n'auront que des miettes. Encore une fois, les universités de sciences humaines seront sacrifiées au profit de celles de sciences dures ou de la Vie dont les projets débouchent sur des innovations palpables intéressant les entreprises. A l'arrivée, cela va encore creuser le fossé entre les universités de premier ordre, avec de puissantes recherches, et les autres, condamnées à former des étudiants en licence et à avoir de modestes équipes de chercheurs. Enfin la masse des étudiants, dont beaucoup se perdent les premières années de fac, ne va guère profiter de tous ces fonds alloués à l'excellence. La ministre oppose le plan Réussite en licence qui finance du tutorat, des profs référents, du contrôle continu ou des dispositifs passerelles permettant de changer de filière. Mais les syndicats répondent qu'il a été inégalement appliqué et qu'il n'a pas foncièrement changé la donne, avec toujours trop peu d'heures d'enseignement, trop de cours en amphi... Au-delà c'est la conception même d'une université compétitive sur la scène internationale qui est au cœur des débats. Pour le gouvernement, la France n'a pas la place qu'elle mérite dans les classements internationaux. Son système est trop morcelé et elle ne sait pas se vendre. Il faut la mettre en position de peser dans la compétition mondiale. Les opposants répliquent que les classements ne sont pas l'alpha et l'omega, que la tradition universitaire française est l'excellence pour tous et que le gouvernement n'a finalement d'autre modèle que celui des prépas et des grandes écoles. Enfin pour rivaliser avec les grandes universités anglosaxonnes, encore faudrait-il disposer de moyens comparables. Or on en est loin. Dotation. Réellement convaincus ou simplement pragmatiques, les présidents d'université se sont lancés dans la course. Et pour cause: ils sont en perpétuelle quête de fonds et les sommes en jeu sont considérables. Sur les 21,9 milliards du grand emprunt, 7,7 milliards sont réservés aux initiatives d'excellence , un milliard aux laboratoires d'excellence , un aux équipements d'excellence . Mais la plupart du temps, il s'agira de dotations en capital : ces fonds seront placés et les universités ne toucheront que les intérêts. Ce n'est pas parce qu'on est gros que l'on est forcément excellent en tout, ce n'est pas parce qu'on est petit que l'on est bon nulle part. Yvon Berland, le président d'Aix-Marseille-II (23000 étudiants) assure que tout le monde sera servi. Très réputée dans les sciences du vivant - nous avons eu trois premiers prix Inserm ces dernières années -, son université va notamment se porter candidate pour un institut hospitalo-universitaire avec le CHU de Marseille dans le cadre du grand emprunt, et pour des équipements d'excellence . Nous n'oublions pas pour autant la formation, ajoute-t-il, nous venons d'acheter pour 500 millions d'euros 50 outils d'excellence, des têtes simulant les réactions des patients pour nos étudiants en chirurgie dentaire . Président de l'université d'Avignon (7100 étudiants), Emmanuel Ethis ne part pas battu : Une université moyenne comme la nôtre doit se situer dans la complémentarité avec les grands pôles voisins - Aix-Marseille, Montpellier et Lyon. Nous avons deux points forts: culture et patrimoine, ainsi que sciences agronomiques, et nous présentons deux projets d' équipements d'excellence . Mais l'excellence, c'est aussi tout simplement réussir partout. Président de Paris-XIII-Villetaneuse, en Seine-Saint-Denis, Jean-Loup Salzmann est monté au créneau après l'attribution de la médaille Fields (l'équivalent du Nobel en maths) au chercheur Ngo Bao Chau : qui sait qu'il a passé six ans à Paris-XIII - personne n'en a parlé - et que nous avons 32 laboratoires adossés aux grands organismes de recherche ? Une occasion de rappeler que l'université est aussi synonyme d'ascenseur social, d'égalité républicaine et de diversité.
**** *s_humanité *annee_2010 *am_2010-09
On parle à juste titre des inégalités sociales croissantes à l’école primaire et au collège mais on a tendance à oublier l’enseignement supérieur. Enseignant pendant dix ans à Nantes, dans une UFR de sociologie, tout en ayant un pied à l’École normale supérieure, dans un laboratoire de recherche, j’ai été frappé par deux choses: d’une part, l’écart considérable de moyens et d’encadrement entre le monde de l’université et celui des grandes écoles; d’autre part, l’omniprésence d’un discours sur la faculté comme «voie de garage» qui, sans nier pour autant les difficultés structurelles de l’université, contredisait ce que je voyais à la faculté: des étudiants qui, une fois passé le cap de la première année, se mobilisent pour réussir leur parcours scolaire.
Rappelons que l’enseignement supérieur français est de plus en plus hiérarchisé. 5% des élèves sont en classes préparatoires, 95% n’iront pas dans les grandes écoles, plus que jamais le lieu de la reproduction sociale (on compte 82% d’enfants de cadres supérieurs et professions intellectuelles à HEC, 77% à Normale sup). L’université, elle-même, constitue un espace socioscolaire hiérarchisé et très sexué. On trouve davantage d’enfants de milieux favorisés en médecine, pharmacie, droit, sciences éco, gestion, davantage d’enfants de milieux populaires en AES, sciences humaines, psychologie, lettres, langues, et les jeunes femmes, plus que les garçons, se dirigent vers les études littéraires. Surtout, l’université se trouve confrontée aujourd’hui à une idéologie de l’orientation scolaire à court terme, qui voudrait que, tout de suite après le bac, les étudiants intègrent une formation en adéquation stricte avec l’emploi. Idéologie qui renforce l’évitement du premier cycle. La politique universitaire du gouvernement, qui se situe dans le cadre du processus européen de Bologne, vise à venir à bout de ce qu’on appelle l’autonomie de la recherche et des universitaires et à libéraliser le système. Cela a été la loi LRU (loi relative aux libertés et responsabilités des universités) fortement contestée par une majorité d’universitaires. Aujourd’hui le versant médiatique de cette politique, son «produit d’appel» (cf. le slogan des 30% de boursiers en classes prépas) vise à sortir des milieux populaires une petite minorité qui pourra accéder à l’élite scolaire à travers les conventions avec Sciences-Po, l’Essec, HEC. Cette politique pourrait se justifier entièrement si elle s’accompagnait, du côté des autres segments d’enseignement supérieur, d’une vraie politique de démocratisation «par le bas», via notamment un élargissement de l’accès au supérieur par une réforme en profondeur et des moyens accrus pour le collège et le lycée. Car, depuis cinquante ans, c’est l’université qui a constitué la voie de promotion des enfants des milieux populaires à travers des études réussies et des accompagnements matériels qui progressivement ont disparu. Ainsi les étudiants boursiers avaient la possibilité de poursuivre leurs études en ayant un statut stable de surveillant ou de maître d’internat qui leur permettait de gagner de l’argent correctement tout en se consacrant à leurs études. Beaucoup de mes collègues sont devenus universitaires grâce à ce système qui est aujourd’hui mis en pièces. Actuellement une bourse ne permet pas de payer une chambre, le restaurant universitaire etc., ce qui fait que le cercle vicieux des petits boulots s’est mis en place. Les enquêtes montrent que ce travail des étudiants des milieux populaires se fait progressivement à temps plein tandis que les études se font «à côté». Dans les centres d’appel les Decathlon, etc., les étudiants sont très recherchés (ils ne font pas grève, sont «gentils», «compétents»), et l’institution universitaire, en se désintéressant de ces contrats de travail qui contribuent à désinvestir les étudiants de ce qui est pour eux essentiel, ne joue pas son rôle de suivi de ses étudiants. Les réformes du gouvernement ont précarisé le statut des enseignants (pour la première fois un poste de maître de conférences en CDD à Rennes!), accru leurs charges si bien que le premier cycle universitaire repose beaucoup sur une «armée de réserve» de précaires, jeunes dans le métier. Pour encadrer des étudiants qui ont besoin d’être accrochés, soutenus pédagogiquement et valorisés, on fait appel à des enseignants, eux-mêmes étudiants de troisième cycle, très occupés à rédiger leur thèse. Ce paradoxe est extrêmement pénalisant pour les jeunes qui entrent à l’université. La politique du gouvernement contribue à aggraver cette situation puisque les universitaires vont maintenant être soumis à une course à la publication qui les amènera à consacrer moins de temps à leur métier d’enseignant. C’est contre cette mise en cause de la mission fondamentale de l’université et de leur métier que beaucoup d’enseignants chercheurs ont manifesté il y a deux ans. On enseigne ce qu’on cherche et on cherche en lien avec les sollicitations des étudiants. Enfin, le risque est une fermeture sociale du milieu des enseignants chercheurs qui va compter de plus en plus d’« héritiers». Or l’originalité des jeunes chercheurs, leurs capacités d’innovations théoriques, leur capacité de transgression des règles académiques ont souvent à voir avec leur trajectoire sociale, scolaire. J’ai eu la chance de travailler avec l’un des grands historiens français contemporains, Gérard Noiriel. Issu d’un milieu populaire, il a été instituteur, puis agrégé, docteur. Depuis vingt ans, il est directeur d’études à l’école des Hautes études. Il a fait des travaux majeurs sur l’histoire des ouvriers, il est le grand historien de l’immigration en France. Lui-même dit que vingt ans plus tard il n’aurait probablement pas pu accéder au plus haut niveau de l’université. La perpétuation du savoir critique de l’université est liée à cet enjeu de la démocratisation de l’enseignement supérieur. Les réformes autour de la loi LRU s’attaquent, fondamentalement, aux savoirs critiques tels que les sciences sociales (sociologie, histoire sociale) ou la psychanalyse. (*) Il est notamment l’auteur de 80% au Bac... et après ? Éditions La Découverte 2004. 
**** *s_humanité *annee_2010 *am_2010-09
À l’occasion de la rentrée universitaire, Valérie Pécresse a présenté hier un bilan trop flatteur pour être honnête. Explications. Des chiffres, mais aussi beaucoup de silences. Alors que la rentrée dans les établissements supérieurs a débuté cette semaine pour 2,3millions d’étudiants, Valérie Pécresse a présenté hier un bilan trop parfait pour être honnête de la situation dans les universités. Comme à son habitude, la ministre de l’Enseignement supérieur a eu le talent d’agiter les bons chiffres, ceux qui permettent d’alimenter les communiqués de presse. Cette année, ce sont les chiffres des vœux formulés sur le site Internet Admission post-bac par les lycéens de terminale.
Au printemps, ils auraient été 13 % de plus que l’année précédente à demander une licence universitaire. Et en cette rentrée, les prévisions d’inscription seraient en hausse de 1,6 % dans les universités. Des chiffres non définitifs mais qui suffisent à Valérie Pécresse pour conclure à un « regain d’attractivité » des universités et avoir la certitude que « le regard que la société française porte sur son université change ». La situation, à l’intérieur de ces universités, n’est pourtant pas aussi rose que veut bien le dire la ministre. Comme le rappelle l’Unef, les dépenses obligatoires à l’université ont continué à augmenter davantage que l’inflation, en raison de la hausse des frais d’inscription (+ 2,4 %) et du coût du restaurant universitaire (+ 3,4 %). De même, les effets de l’autonomie, qui concernera 90 % des universités en janvier prochain, se font durement sentir, assure le Snesup-FSU. « Les collègues sont noyés par la bureaucratie endémique et doivent faire face à l’accroissement des tâches annexes à leurs missions, relève Stéphane Tassel, son secrétaire général. Ils subissent des pressions insidieuses et les effets de la mise en concurrence, individuelle ou collective, conséquente à la loi LRU . » La ministre, enfin, fut peu prolixe sur les chiffres inquiétants dévoilés hier par la Croix sur la désaffection des métiers de l’enseignement, suite à la réforme de la formation des maîtres. Selon le ministère de l’Éducation nationale, le nombre de candidats aux concours externes des professeurs des écoles est, pour 2011, de 55 202 contre 96 714 en 2010 (- 43%), et de 65 000 dans le second degré contre 86 500 en 2010 (- 36,6%). Vous avez dit « regain d’attractivité » ? 
**** *s_humanité *annee_2010 *am_2010-08
lll Quelles conséquences de société la loi sur l’autonomie des universités a-t-elle?
«Juste, nécessaire, équitable»: la publicité gouvernementale s’affiche, dérisoire, chaque soir sur les téléviseurs dans une atmosphère surréaliste, chaque jour plus pesante des collusions de tout type entre la bande du Fouquet’s et le big business; la bataille des retraites est engagée et populaire au sens le plus noble du terme. Moins visible est la continuation de la politique de l’enseignement supérieur inaugurée par la loi relative aux libertés et responsabilités des universités ( LRU ) et poursuivie avec le sourire et la dernière détermination par Valérie Pécresse; il en va ainsi de la casse de la formation des maîtres et de la déconnexion du niveau bac +3 de la recherche; or, entre cette dernière et la contre-réforme des retraites, un premier lien saute aux yeux: suivant qu’on ait en tête l’idée du «travailler jusqu’à en mourir» du Medef, ou au contraire l’idée d’un temps nouveau de la vie hors du travail contraint permettant une réappropriation de savoirs en mouvement par et pour tous et toutes, la question du choix de société est évident. Les enjeux d’une nouvelle étape dans la mise en œuvre de la stratégie de Lisbonne et du processus de Bologne dans l’enseignement supérieur concernent chacune et chacun d’entre nous, le montrer en peu de mots est l’objet de ce qui suit. Le sociologue Olivier Schwartz note cette observation d’un travailleur de la métallurgie à l’époque où cette industrie était un fleuron de notre potentiel national: «Je ne fais jamais ce qu’on me dit de faire même quand je fais ce qu’on me dit de faire.» C’est dire à quel point, dans le travail complexe d’aujourd’hui, la mise en question de savoir-faire, fût-elle sous la contrainte de la pire exigence de rentabilité, la réflexion critique sur les problématiques d’hier, la quête constante de nouveaux degrés de liberté sont une nécessité et déjà une réalité irrépressible. Cette dimension fondamentale de l’être humain est incompatible avec le maintien du système capitaliste qui obéit à une tout autre logique. La recherche n’est rien d’autre que la déclinaison savante et organisée de cette dimension. Elle doit donc trouver sa place dès le début des études supérieures. Elle peut la trouver et la trouve dans un corps d’enseignants chercheurs dont la nécessité d’en adapter les contours aux défis d’aujourd’hui ne sera pas examinée ici. La casse d’un métier, dont la constitution, les règles et l’éthique s’appuient non sur une décennie mais sur la lente décantation de générations entières, est le prototype du crime silencieux qu’il faut empêcher. Mais il y a bien plus. Commentant la chute de l’Empire romain, Charles Parain (1) écrit: «Incriminer le culte de l’argent, la prédominance de l’argent jusque dans la politique, sans doute; la vraie clef est ailleurs: par conservatisme social, l’Empire renonce aux applications pratiques de la science, ce qui, par une conséquence proche, est renoncer à la science elle-même; l’anathème au progrès fait tache d’huile, celui-ci engendre le pessimisme. Vous arrêtez le mouvement, comment croirez-vous encore au mouvement, à la vie, à l’avenir?» Il ne s’agit pas ici, pour des raisons connues, d’envisager la chute du capitalisme mondialisé; au demeurant, la politique du capital européen ne consiste pas à «renoncer aux applications pratiques», mais à les couper de ce qui les fait naître, et c’est là la parenté avec ce qui précède: le renoncement à la science elle-même ou, ce qui revient au même, son confinement dans un carcan sans oxygène. Même punition, même motif. Ne concernant en apparence qu’un nombre limité de travailleurs scientifiques, l’affaire a donc, on le voit, des conséquences résistibles mais qui touchent à l’essence même du progrès de la civilisation. (1) Marc Aurèle, de Charles Parain. Livre Club Diderot 1957 (p.52 et suiv.). Par Olivier Gebuhrer, Maître de conférences Honoraire et responsable Enseignement supérieur et Recherche du PCF. 
**** *s_figaro *annee_2010 *am_2010-07
La loi sur l'autonomie des universités, qui leur permet de gérer leur budget, a trois ans. ÉDUCATION La loi sur l'autonomie des universités fêtera bientôt ses trois ans d'existence. Voulu par Nicolas Sarkozy, ce texte leur permet de gérer leur budget comme elles le souhaitent. Vingt-quatre nouveaux établissements seront autonomes au 1 er  janvier 2011, comme Toulouse-II (le Mirail) ou encore Paris-IV (la Sorbonne), dont les enseignants-chercheurs étaient l'an dernier en première ligne pour contester certains décrets d'application de la loi. Avec cette nouvelle vague, 75 universités seront autonomes l'an prochain, soit 90 % d'entre elles. Les neuf dernières devront passer à l'autonomie avant le 11 août 2012.
Les présidents des premières universités passées à l'autonomie ont présenté hier les conséquences de cette loi, en présence de Valérie Pécresse, au ministère de l'Enseignement supérieur. À les entendre, la réputation de l'université s'est améliorée à l'extérieur. En matière d'insertion professionnelle, la LRU «  a fortement modifié notre image auprès du patronat. On devient un interlocuteur majeur  », affirme Marc Gontard, président de l'université Rennes-II. Le Medef local, avec qui les relations sont devenues plus fréquentes, a ainsi mis en place des actions pour référencer de façon lisible les diplômes universitaires, par compétences. «  Cela a conduit le Crédit agricole à recruter quelques étudiants en psychologie, en sport et en sciences de l'éducation pour les former en interne  », explique-t-il. Si les universités pratiquaient déjà des politiques incitatives, l'autonomie élargit leur champ d'action. L'université de Metz a une souplesse accrue dans la rémunération et la possibilité de primes pour les contrats à durée indéterminée. «  Ce sont surtout les personnels administratifs et la présidence qui en ont profité car c'étaient les plus impactés  », explique Luc Johann. Symbolique de cette souplesse, quelques universités ont aussi recruté cette année des chercheurs réputés à l'étranger comme Paris-VII qui a fait venir un professeur américain, Prix Nobel de physique. Un « stress important » Dans les établissements, le contrôle de la masse salariale et les services financiers ont dû être renforcés. Des cadres issus de la fonction publique territoriale ou hospitalière ont été embauchés, ainsi que des personnes issues du privé. Des primes de quelques milliers d'euros ont par ailleurs été attribuées à des enseignants-chercheurs pour leur implication dans le fonctionnement administratif de l'université ou encore parce qu'ils étaient bien notés par leurs étudiants. Il ne s'agit pour autant pas réellement d'une révolution, selon un maître de conférences parisien. « S eule la recherche compte lorsqu'on veut progresser dans la carrière. Une prime c'est bien mais ça concerne une petite minorité et ça ne change pas les mentalités. L'enseignement et les tâches administratives sont toujours aussi peu considérées  », estime-t-il. Plusieurs présidents sont tombés d'accord pour dire que l'application de la loi générait un «  stress important  » pour les personnels, soumis à de forts changements, tout en précisant qu'il fallait être vigilant sur «  les concurrences parfois excessives entre universités » . Le mode électoral du conseil d'administration continue par ailleurs à provoquer des frustrations. Selon Vincent Berger, de Paris-VII, le mode de scrutin peut amener à des majorités écrasantes, sans alternative, qui «  frustrent une partie des gens  ». A contrario, les deux listes principales (professeurs et enseignants-chercheurs) peuvent se neutraliser et laisser du coup le pouvoir aux étudiants ou aux personnels administratifs. «  Dans un conseil à dominante syndicale, comme le mien, il faut beaucoup discuter. Certaines de mes décisions sur la professionnalisation des formations ont été retardées  », explique Marc Gontard. Sylvie Faucheux, à Saint-Quentin en Yveline, critique quant à elle la persistance de «  bastions  » qui s'opposent aux décisions du conseil d'administration, celui des UFR (unités de formations et de recherche), traditionnellement très soucieuses de leur propre autonomie.
**** *s_lemonde *annee_2010 *am_2010-07
Vingt-quatre nouvelles universités vont passer à l'autonomie au 1er janvier 2011, portant la proportion d'universités devenues autonomes à 90 % en trois ans, a annoncé jeudi 8 juillet la ministre de l'enseignement supérieur, Valérie Pécresse, lors d'un point presse. Après 18 premières universités passées à l'autonomies début 2009, puis 33 autres au 1er janvier 2010, il y aura au total 75 universités autonomes en 2011, sur les 83 universités du pays. Adoptée en 2007, la loi libertés et responsabilités des universités ( LRU ) prévoyait le passage de toutes les universités françaises à l'autonomie d'ici à 2012.
Les 24 nouvelles universités accédant à l'autonomie budgétaire et des ressources humaines (en particulier leur masse salariale) au 1er janvier 2011 sont celles d'Amiens, Arras, Bordeaux III, Bordeaux IV, Caen, Chambéry, Evry, Grenoble II, Le Havre, Le Mans, Lille I, Nancy II, Nîmes, Nouvelle-Calédonie, Orléans, Paris I, Paris III, Paris IV, Paris IX, Perpignan, Reims, La Réunion, Rouen, Toulouse II, selon le ministère.
**** *s_libération *annee_2010 *am_2010-07
Et si la loi sur l'autonomie des universités ( LRU ) adoptée en août 2007, l'une des réformes phares de l'ère Sarkozy, n'était pas tout à fait constitutionnelle ? Il faudrait alors la retoquer, une humiliation pour la ministre de l'Enseignement supérieur, Valérie Pécresse, qui fait le tour des universités passées à l'autonomie, louant l'enthousiasme de leurs présidents. Un coup dur, aussi, pour Nicolas Sarkozy qui compte bien faire de la LRU une pièce maîtresse de son bilan présidentiel. Pour l'instant, il s'agit d'une simple hypothèse. Posée par d'éminents juristes - anciens présidents de jury d'agrégation, professeurs, membres du Collectif de défense de l'université -, la question de la constitutionnalité de la LRU est prise très au sérieux. Le 9 juin, le Conseil d'Etat a envoyé quatre articles de la LRU au Conseil constitutionnel pour vérifier leur conformité. C'est une nouvelle étape dans la bagarre, cette fois juridique, qui se livre autour de la LRU .
L'affaire est complexe - on échange des arguties juridiques et la procédure s'appelle QPC (question prioritaire de constitutionnalité). Mais, au delà, ce sont deux dispositions clés de la LRU , au cœur de la mobilisation de l'an dernier, qui sont visées. Le nouveau mode de recrutement, d'abord, que les juristes dénoncent depuis le début et sur lequel ils estiment avoir le plus de chances d'aboutir. Selon eux, le système mis en place par la LRU viole l'indépendance des enseignants-chercheurs : il accorde des pouvoirs excessifs au conseil d'administration de l'université, qui peut notamment remettre en cause le choix d'un comité de sélection composé, lui, de spécialistes dans le domaine concerné. De plus, avec la LRU , le président de l'université - qui peut être lui-même maître de conférences - a un droit de veto. Or un professeur ne peut être nommé que par un pair, de son corps et de sa discipline. Le second article contesté concerne le statut des enseignants-chercheurs et la fameuse modulation de service que l'on a découverte lors du mouvement de 2009 - la répartition des heures dues à la fac entre enseignement, recherche et diverses tâches. Là encore, avec la LRU , c'est le nouveau conseil d'administration resserré qui la définit. Les plaignants soulignent que les règles vont alors varier d'une université à l'autre. Or cela va à l'encontre du statut de fonctionnaire d'Etat des enseignants-chercheurs, qui ne dépendraient donc plus du cadre national. Mais rien ne dit que le Conseil constitutionnel se rangera à leurs arguments. Valérie Pécresse a les siens à opposer et elle veillera à se faire entendre. Une chose est sûre : si 51 universités, sur 84, sont passées à l'autonomie, les opposants n'ont pas rendu les armes. Le Conseil a trois mois pour statuer. Verdict attendu en septembre.
**** *s_libération *annee_2010 *am_2010-06
Achacun ses primes... Les footballeurs en ont de faramineuses auxquelles ils ont renoncé après leur fiasco sud-africain. Les présidents d'université en ont de bien plus modestes - entre 20 000 et 40 000 euros annuels - qui provoquent la polémique. Plus que le montant, c'est le mode d'attribution, précisé par un décret du 16 juin, qui choque. Si l'essentiel de cette prime est fixe, une partie est en effet directement allouée par la ministre de l'Enseignement supérieur, Valérie Pécresse, pour récompenser les présidents qui, selon elle, ont bien travaillé. Pour les opposants, c'est la marque de leur inféodation au pouvoir et la preuve de la volonté de l'Etat de garder une main sur les universités, même autonomes. Mais, soucieux de leur indépendance, plusieurs présidents ont eux-mêmes déjà fait savoir qu'ils renonçaient à cette partie de leur prime.
En France, les présidents d'université reçoivent un salaire correspondant à leur grade - professeur, maître de conférences, médecin - et à leur ancienneté. En plus, ils touchent une prime d'administration annuelle fixée en 2008 à 18 035,76 euros, cumulable avec la prime de recherche et d'enseignement supérieur (1 228,93 euros). Or avec la LRU , la loi sur l'autonomie votée en août 2007, ils ont acquis de nouvelles responsabilités. A ce titre, Valérie Pécresse leur avait promis une hausse de leurs primes. Mais elle en était restée là, préoccupée de ne rien céder face au mouvement anti- LRU . Il a donc fallu attendre le 16 juin pour avoir confirmation des largesses gouvernementales. Les présidents percevront une prime fixe légèrement revalorisée d'environ 18 300 euros, augmentée de 50% pour ceux dont les universités sont devenues autonomes - 51 à ce jour, la trentaine restante le sera d'ici janvier 2012. Le problème vient ensuite : la ministre pourra augmenter de 20% cette prime au coup par coup, en fonction de critères inconnus. Nous sommes hostiles à cette part modulable, explique Lionel Collet, président de la CPU (conférence des présidents d'université), nous ne sommes pas des recteurs nommés par le ministère. Nous sommes élus par le conseil d'administration de l'université. Nous demandons donc au ministère de trouver une autre solution, par exemple que cette part soit incluse dans la prime fixe. Les présidents estiment ne pas abuser : la moitié de leurs homologues britanniques gagnent plus de 210 000 euros par an, le salaire de l'ex-Premier ministre Gordon Brown.
**** *s_lemonde *annee_2010 *am_2010-06
Voici plus de trois ans que l'un des premiers processus législatifs engagé par le gouvernement Fillon, quelques jours après l'élection de l'actuel chef de l'Etat, venait en débat à l'Assemblée. Affichée comme l'un des socles de la législature, selon le premier ministre, la loi pompeusement baptisée Libertés et responsabilités des universités , connaîtrait-elle à petit bruit le même sort que le trop fameux bouclier fiscal adopté dans le même temps ?
Il ne se passe pas un jour sans que l'ensemble du projet libéral visant le monde de la recherche et de l'enseignement supérieur subisse des à-coups et revers qui, petit à petit, le minent. Ces deniers temps, le Conseil d'Etat, la Cour des comptes..., bientôt le Conseil constitutionnel - ce dernier pourtant non saisi avant la promulgation de la loi LRU par les parlementaires socialistes - s'emparent de divers aspects pointés du doigt depuis l'origine par nombre d'universitaires et singulièrement par leur syndicat le plus représentatif, le Snesup-FSU. Les modalités de recrutement des enseignants-chercheurs et, in fine, le droit de veto des présidents d'université, les distorsions de leur statut et de leurs obligations de service d'enseignement liées aux évolutions institutionnelles inégales des établissements qui pourraient d'ici trois mois être censurées par le Conseil constitutionnel, ne sont que l'une des dimensions juridiques. Sur un autre plan, l'empilement, étroitement contraint par le ministère des structures de PRES (Pôles de recherche et d'enseignement supérieur) qui visaient à faciliter l'émergence d'un petit nombre d'établissements universitaires présentés comme compétitifs, s'avère de fait, aux yeux même des hauts fonctionnaires et magistrats, comme une incroyable machine à fabriquer de la technocratie intermédiaire, provoquant redondances et conflits de compétences. UNIFIER L'ENSEMBLE DU POST-BAC FRANÇAIS DANS UNE VISÉE DE SERVICE PUBLIC DÉMOCRATIQUE Alors que la ministre promouvait sa loi comme la grande opération de rapprochement du monde académique et du monde réel , en particulier des entreprises - figures emblématiques de la société -, l'examen attentif de la présence réelle des personnalités extérieures dans les conseils d'administration des universités en montre le fiasco complet, parallèle, d'ailleurs, avec le très faible rendement de la collecte de fonds via les fondations universitaires. Quant à la logique de professionalisation indifférenciée dont témoignait le slogan simpliste des stages dans tous les cursus de Licence , elle se heurte non seulement à une crise économique d'une rare dureté pour l'entrée dans la vie active, mais à la réelle complexité d'organiser de judicieux stages bien intégrés à la fois dans les cursus universitaires et dans le tissu économique et social lorsque la reconnaissance des diplômes et qualifications n'est pas placée au cœur de la modernisation. Il y a dès à présent deux voies pour dépasser la loi LRU . Celle de la commission Attali relève de la fuite en avant et envisage un pilotage direct de quelques universités par des PDG surveillés par un board of trustees - représentant direct des grands groupes économiques, cherchant à capter l'innovation scientifique et quelques futures élites. Un autre chemin, puisant et renouvelant les traditions universitaires de collégialité, apparaît comme bien plus capable de mobiliser les milliers de personnels aujourd'hui désorientés, soumis à une concurrence stérilisant leur énergie et appauvrissant le pluralisme scientifique. Les étudiants, de leur côté, mesurent l'écart immense entre les annonces et les actes, tant pour les bourses, qu'en matière de dispositifs réels de soutien dont, par exemple, l'aide à l'efficacité pédagogique de la seconde session d'examen. Tous trouvent néanmoins dans les universités, et les futurs bacheliers en feront eux aussi - très nombreux - leur stimulante et fructueuse expérience, une vitalité, une ouverture à des savoirs disciplinaires et croisés, étroitement nourris des recherches les plus actuelles, qui font la richesse du tissu universitaire public. Il est plus que temps d'unifier dans une visée de service public démocratique l'ensemble du post-bac français. C'est à cet objectif, dans des déclinaisons enfin discutées et décidées avec l'ensemble du monde scientifique, qu'il faut consacrer les moyens du budget comme ceux du grand emprunt.
**** *s_humanité *annee_2010 *am_2010-06
En congrès hier et avant-hier, le Snesup-FSU, principal syndicat de l’enseignement supérieur et de la recherche, continue de dénoncer la loi LRU et lance un projet alternatif. Vous venez de boucler votre congrès. Quels en sont les enseignements?
Stéphane Tassel. Face à la politique lénifiante menée par le gouvernement, le but de ce congrès n’était pas de se contenter de protester, mais de commencer à jeter les bases d’un projet crédible offrant un autre avenir à l’enseignement supérieur et la recherche. Concrètement, trois chantiers de réflexion ont été ouverts. Le premier vise à donner une nouvelle ampleur à la recherche, à en faire un terreau de réussite, à la fois sociale, citoyenne et professionnelle, pour les étudiants. Le second réfléchit à l’instauration d’un maillage territorial de qualité, assurant proximité, coopération et collégialité entre les établissements universitaires et de recherche. Le troisième chantier porte, enfin, sur la revalorisation des carrières pour tous les collègues. À nos yeux, l’élaboration de ce projet est concomitante aux luttes que nous menons contre les attaques incessantes du gouvernement. Après la contestation historique qui s’est déroulée l’année dernière, où en est le mouvement universitaire? Stéphane Tassel. Nous n’avons jamais connu une période de contestation aussi dure des réformes gouvernementales. Et cela continue. Depuis trois ans, le gouvernement s’acharne à imposer la loi LRU , censée faire accéder les universités à «l’autonomie». Mais c’est un faux nez. Loin de se préoccuper des besoins spécifiques de chaque établissement, le gouvernement impose, au contraire, le cadrage de toutes nos activités et autonomise financièrement les équipes présidentielles. En fait, jamais les universités n’ont été si peu autonomes et les enseignants et chercheurs autant contraints dans leur liberté! Cette réforme est en train de bouleverser les rapports que nous entretenons entre collègues, entre équipes, entre établissements. La mise en concurrence et l’individualisation de la reconnaissance, avec par exemple la mise en place de primes d’excellence, mettent à mal la démocratie universitaire. 
**** *s_lemonde *annee_2010 *am_2010-05
La gouvernance de l'université doit concilier deux logiques : celle de la science et celle du pilotage. La tension entre ces deux logiques est riche de progrès, elle est aussi porteuse de risques. La compétence appartient à la communauté scientifique : les recrutements, les axes de la politique scientifique, l'évolution des formations et l'évaluation des performances doivent relever des spécialistes. C'est la condition de la qualité, et c'est une règle en vigueur dans tous les systèmes universitaires, quels que soient leur gouvernance et leur financement. Si le débat a émergé sur la gouvernance des universités, c'est en raison de deux évolutions profondes.
En premier lieu, la compétition entre les établissements internationaux a fait surgir la nécessité d'une dynamique collective au niveau de chaque établissement, qui a pu être ressentie comme une menace sur l'exercice des libertés académiques individuelles. Il est vrai que les choix individuels doivent s'inscrire dans un programme collectif, mais le projet d'établissement est élaboré et porté par la communauté universitaire. La dynamique de l'établissement élargit le champ des possibles pour les individus, en même temps qu'elle les invite à chercher une plus grande cohérence d'ensemble. Une seconde évolution, celle du fonctionnement des universités, est venue percuter les modes traditionnels de gouvernance. Il y a belle lurette que la vie universitaire ne se réduit plus à mettre des bataillons d'étudiants dans un amphi devant un professeur qui lit son polycopié. Les formations ont été multipliées et professionnalisées. Les modalités pédagogiques se sont considérablement différenciées. Les prestations qui encadrent l'enseignement stricto sensu se sont étendues. Les attentes sur la qualité des services se sont accrues. La technicité des fonctions de support s'est élevée. Les sources de financement se sont diversifiées. Les échanges internationaux ont pris une place éminente. La valorisation de la recherche est entrée dans les mœurs. Et dans le même temps, les enseignants-chercheurs de plus en plus sollicités par les exigences de la recherche doivent arbitrer dans l'allocation de leur temps. Il s'ensuit que les fonctions de soutien et de pilotage de l'université se sont professionnalisées, alors que la disponibilité des universitaires pour les assumer s'est réduite. D'où la crainte de certains d'entre eux qu'une logique technocratique ne vienne s'imposer à l'exercice des prérogatives académiques. LA DIFFÉRENCIATION DES RÔLES LIBÈRE LES UNIVERSITAIRES Il y a donc la conjonction des deux facteurs : la promotion d'une dynamique collective d'établissement d'une part, et le recentrage des enseignants-chercheurs sur leur cœur de métier d'autre part. La loi LRU [portant sur l'autonomie des universités] et le décret sur les obligations de service des enseignants-chercheurs ont cristallisé une réaction à ces deux tendances longues. Mais au nom de quoi faudrait-il récuser l'évolution ? Est-il attentatoire aux libertés individuelles qu'un établissement décide collectivement de ses priorités scientifiques et organise librement ses recrutements en fonction de ses objectifs ? Doit-on regretter que les enseignants-chercheurs mettent tous leurs efforts et tout leur temps sur l'enseignement et la recherche qui sont leur raison d'être et de travailler ? Faut-il déplorer la montée en puissance des fonctions de pilotage dont dépend de plus en plus la qualité des services rendus à tous ? Veut-on se réfugier dans les bras de l'Etat central au motif affiché qu'il est le garant , à moins qu'on ne compte sur sa vacuité pour préserver le chacun pour soi ? Faut-il craindre la conduite collective des missions de l'université sur le terrain par ceux-là mêmes qui les assurent ? L'évolution de notre système universitaire conduit inexorablement à une différenciation accrue des rôles dans l'université, qu'il convient d'assumer et de maîtriser. Aux universitaires revient la direction de la politique scientifique, tant en matière de recherche que de formation. Et la centralité de cette mission justifie la primauté accordée à la représentation des enseignants-chercheurs dans les instances décisionnelles. Par ailleurs, le pilotage de l'organisation et la dimension stratégique de son projet ne peuvent plus reposer sur l'investissement des seuls enseignants-chercheurs. Ceux-ci ont besoin de s'adosser à l'activité de cadres administratifs et techniques de haut niveau et de s'appuyer sur le conseil de personnalités ouvertes sur l'évolution de l'environnement économique et social au niveau international. Si elle est bien pensée et codifiée, la différenciation des rôles ne réduit nullement l'espace des libertés académiques : au contraire, elle libère les universitaires de contraintes administratives et elle améliore les conditions d'exercice de leur métier. Ce n'est donc pas dans la réaction à l'autonomie de l'université qu'il faut chercher une voie d'avenir, mais plutôt dans l'accompagnement de l'évolution des conditions d'exercice du métier d'enseignant-chercheur, puisqu'il s'agit de cela. Parce qu'elle est un levier d'amélioration du pilotage des universités, l'autonomie est un excellent service rendu aux professionnels de l'enseignement et de la recherche : les universitaires. Laurent Batsch est président de l'université Paris-Dauphine.
**** *s_figaro *annee_2010 *am_2010-05
L'AN DERNIER à la même époque, les enseignants-chercheurs des universités françaises cessaient un mouvement long de quatre mois. En 2008, c'étaient les étudiants qui craignaient une «   fac à deux vitesses  » avec l'entrée en scène de la LRU (loi relative aux libertés et responsabilités des universités), qui a transféré le budget et la masse salariale aux universités. Opposés à certains aspects de cette même LRU , les enseignants ont de leur côté contesté la modification du décret définissant leur statut. La possibilité de moduler leur service - partagé entre l'enseignement et la recherche - a tout de suite été perçue comme une volonté du gouvernement de se servir des enseignants comme de variables d'ajustement budgétaire. Les nouvelles formes d'évaluation prévues par la loi ont également été contestées. « Une réelle avancée »
Mais près de deux ans après le vote de la loi, les universités se l'approprient peu à peu. Cinquante-cinq sur quatre-vingt-trois sont déjà passées aux «  compétences élargies  », les autres suivront dans les deux prochaines années. Pour Jean-Charles Pomerol, président de Paris-VI, « les autres suivront dans les deux prochaines années. Pour Jean-Charles Pomerol, président de Paris-VI,  auparavant nous n'avions pas la maîtrise des moyens et n'agissions qu'à la marge. Aujourd'hui, nous définissons nos enveloppes de formation et de recherche en fonction de nos priorités  ». Selon le rapport annuel du comité de suivi de la loi, diffusé en avril, la possibilité de procéder à des transformations d'emplois est perçue « Selon le rapport annuel du comité de suivi de la loi, diffusé en avril, la possibilité de procéder à des transformations d'emplois est perçue  comme une réelle avancée  » par les universités. Néanmoins, les marges de manoeuvre dégagées par la gestion de la masse salariale « par les universités. Néanmoins, les marges de manoeuvre dégagées par la gestion de la masse salariale  restent à apprécier  », les universités semblant avoir fait preuve d'une « les universités semblant avoir fait preuve d'une  grande prudence en la matière  ». Il est trop tôt pour faire un bilan. Un an après l'adoption du décret sur le statut des enseignants-chercheurs, Marc Gontard, le président de Rennes- II considère toutefois dans un entretien accordé à l'agence AEF que « Un an après l'adoption du décret sur le statut des enseignants-chercheurs, Marc Gontard, le président de Rennes- II considère toutefois dans un entretien accordé à l'agence AEF que  la loi LRU oblige les enseignants à repenser l'équilibre de leurs missions : recherche, enseignement, mais aussi implication administrative, et c'est plutôt une bonne chose   ». Il rappelle aussi qu'avec l'ancien système, quelqu'un qui ne demandait pas de promotion « Il rappelle aussi qu'avec l'ancien système, quelqu'un qui ne demandait pas de promotion  n'avait aucune occasion d'être contrôlé dans son travail. Il n'était pas normal qu'un enseignant-chercheur fasse toute une carrière sans être évalué  ». Il rappelle aussi qu'avec l'ancien système, quelqu'un qui ne demandait pas de promotion Les promotions sont désormais décidées pour une moitié par le CNU (Conseil national des universités) et pour l'autre par l'université. Pour le CNU, le critère essentiel, c'est la recherche. A contrario, pour Rennes-II, le facteur d'implication dans la vie de la faculté est prédominant. M.-E. P.
**** *s_libération *annee_2010 *am_2010-03
Stéphane Tassel, secrétaire général du Snesup. Stéphane Tassel est le secrétaire général du Snesup, premier syndicat des enseignants du supérieur. Il explique à Libération pourquoi il reste hostile à la loi relative aux libertés et responsabilités des universités ( LRU ).
Quel bilan faites-vous de l'autonomie ? Nos craintes étaient fondées. La LRU a introduit de la concurrence entre les universités et entre les collègues. Elle les a aussi écartés des prises de décision et a attaqué les fondements collégiaux de la communauté universitaire. Jamais les entraves aux libertés scientifiques n'ont été si importantes. Pour cela, nous demandons toujours son abrogation. Les présidents ont des pouvoirs exorbitants sur le recrutement des enseignants, allant jusqu'au droit de veto. Le conseil d'administration (CA) est à leurs ordres, avec des personnalités extérieures qu'ils ont nommées. Les présidents peuvent ainsi avoir la haute main sur les carrières. On compte déjà 20% de non-titulaires dans le supérieur et ils peuvent décider de recruter des CDD et des CDI en lieu et place de fonctionnaires. Avec cette nouvelle flexibilité, on risque de voir augmenter la précarité en fonction des besoins du moment de la recherche. Le nombre de publications va compter de plus en plus. Avec des dérives. Prenons l'exemple d'une jeune chercheure qui débute mais dont la thématique ne correspond plus à la politique de recherche de l'université. Elle risque de subir des pressions pour changer de thématique, pour accepter des tâches administratives, voire pour quitter son labo. Elle devra alors trouver seule une autre équipe de recherche, ce qui est très difficile. Voilà un exemple d'entrave à la liberté scientifique. Cela a donc beaucoup changé pour les enseignants-chercheurs ? Oui. Prenons l'exemple des primes. Avec la LRU , la prime d'excellence scientifique s'est substituée à l'ancienne prime d'encadrement doctoral. Les CA décident désormais de leur montant qui peut varier d'une université à l'autre. Selon l'établissement, cette prime peut aller de 3500 euros à 15000 euros. Or environ 20% des enseignants-chercheurs la reçoivent, laissant entendre que 80% n'en seraient pas dignes. Il n'y a plus aucune égalité. Cela creuse même les inégalités. Et rien n'est là pour réguler. La ministre de l'Enseignement supérieur, Valérie Pécresse, avait annoncé une revalorisation historique avec la LRU . Cela n'a pas été à la hauteur - essentiellement pour les débuts de carrière. Pour deux tiers des enseignants-chercheurs, recrutés après 30 ans et de longues études, il faut un peu plus de dix ans pour que leur rémunération se hisse de 1600 euros à 2300 euros mensuels, pour plafonner autour de 3000 euros en fin de carrière. Qu'en est-il de la modulation de service (la possibilité d'imposer plus d'enseignement à un enseignant-chercheur au détriment de ses recherches) au cœur de la mobilisation l'an dernier ? Cette mobilisation a obligé le ministère à publier une circulaire où il rappelle que le service d'un enseignant-chercheur est fixé à 192 heures en moyenne à l'année. Du coup il n'y a pas eu d'alourdissement des services, but initial de cette réforme. Mais il subsiste des pressions informelles. Il faut aussi rappeler le contexte dans lequel la LRU a été mise en place. En 2008, il n'y a eu aucune création de postes. En 2009, près d'un millier de suppressions était prévu mais le gouvernement a dû reculer devant la mobilisation. Au lieu du désengagement actuel de l'Etat, nous réclamons des créations d'emplois publics. Enfin avec la LRU , le plan campus et le grand emprunt, nous assistons à une restructuration du paysage universitaire, à une accélération des regroupements et des fusions d'établissements. L'université de Paris-Dauphine a, elle, pris le statut de grand établissement et fortement augmenté ses frais de scolarité. Nous craignons qu'elle soit précurseur et que beaucoup soient tentées de la suivre, ce qui serait inacceptable.
**** *s_libération *annee_2010 *am_2010-03
Loi LRU , plan campus pour rénover l'immobilier, grand emprunt pour la recherche et pour la création de 5 à 10 campus d'excellence , sans parler des regroupements encouragées au sein des Pres (les pôles de recherche et d'enseignement supérieur) : rarement l'université aura connu autant de réformes qui se succèdent et se superposent. Les présidents enchaînent les réunions pour préparer des projets et participer à des concours où ils pourraient décrocher des fonds supplémentaires. C'est aussi la confusion et la communauté universitaire s'interroge: quel paysage -vastes ensembles unifiés ou universités confédérées?- émergera de ce grand chambardement. 

**** *s_libération *annee_2010 *am_2010-03
Le 1er janvier 2012, toutes les universités françaises auront acquis leur autonomie. Comment le supérieur vit-il ce changement ? Les opposants ont-ils désarmé? Enquête. Deux ans et demi après le vote de la LRU (loi sur les libertés et responsabilités des universités) qui allait susciter un vaste mouvement de contestation, cinquante et une universités, sur quatre-vingt-trois, sont devenues autonomes. Toutes devraient l'être au 1er janvier 2012, date butoir pour qu'elles se conforment à la loi, et également année de l'élection présidentielle.
L'une des réformes phares de l'ère Sarkozy, censée hisser les universités françaises au niveau des meilleures mondiales, se met ainsi en place. La ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche, Valérie Pécresse, qui a tenu bon face aux protestataires, clame qu'elle a gagné et que l'on va enfin moderniser l'université, trop longtemps abandonnée à son sort. En face, les contestataires sont rentrés dans les amphis. Mais le scepticisme, voire l'hostilité, n'a pas désarmé. Pour ces opposants, la LRU s'attaque aux principes mêmes du service public. Elle menace les libertés du chercheur, insuffle un esprit managérial contraire à celui de l'université française, encourage une concurrence stérile, favorise les plus grandes, etc. Mode d'emploi Adoptée en plein été, le 10 août 2007, la LRU est d'abord une réforme de la gouvernance des universités. Le but est de donner davantage de pouvoirs aux présidents, de les responsabiliser pour qu'ils gèrent au mieux leurs établissements, les tirant vers toujours plus d'excellence afin d'atteindre le firmament des classements internationaux, comme celui de Shanghai. Pour cela, l'Etat va désormais leur confier la gestion de leurs budgets et de leurs ressources humaines. Jusqu'ici, les universités ne pouvaient jouer que sur 25% de leurs financements, l'essentiel des dotations étant par avance fléché par le ministère. Simultanément, face aux critiques, l'Etat assure ne pas se désengager, mais plutôt faire passer la France d'un modèle dépassé à celui des grands pays européens. Concrètement, les présidents deviennent des patrons. Le conseil d'administration (CA), seul organe décisionnaire, est resserré. Ils y nomment des personnalités extérieures , notamment des acteurs économiques, et le poids relatif des étudiants est affaibli. Ils héritent aussi d'importantes prérogatives. Ils peuvent décider d'avancements, accorder des primes et créer des dispositifs d'intéressement, recruter des CDD et des CDI, engager des chercheurs étrangers jugés excellents à des salaires très supérieurs aux Français, etc. Nous avons gagné en souplesse et nous nous sentons maintenant vraiment responsables, explique François Germinet, vice-président de l'université de Cergy-Pontoise (Val- d'Oise), par exemple, jusqu'ici dans ses dotations, l'Etat prévoyait les salaires pour tant de postes d'enseignants-chercheurs, tant d'administratifs, de doctorants, etc. Aujourd'hui nous recevons une masse salariale globale. Et nous pouvons décider nous-mêmes si on veut plus d'enseignants ou d'administratifs en fonction de nos projets. Cela nous a permis de créer cette année un labo de recherches sur l'école et les mutations du monde contemporain. Avant il fallait des dizaines de courriers au ministère pour changer une ligne. Le privé se fait attendre En toute logique, les responsables universitaires se disent généralement satisfaits. Pour eux, la LRU ouvre de nouvelles possibilités d'agir, particulièrement à ceux qui ont des atouts - des universités renommées, une recherche de pointe, un bon ancrage local, etc. Certains estiment même que l'Etat ne va pas assez loin dans l'autonomie, restant à mi-chemin malgré les grands discours de la ministre. Comme l'Université Pierre et Marie Curie (Paris VI), la première université scientifique de France, qui demande à devenir propriétaire de ses bâtiments comme la LRU l'autorise et reproche à l'Etat de ne pas vouloir en discuter. Beaucoup se plaignent aussi d'un contrôle trop tatillon du ministère, comme si malgré tout il n'avait pas confiance. Parmi les nouveautés, la LRU permet aux universités de créer des fondations devant - dans l'idéal - apporter de nouvelles ressources. La ministre Valérie Pécresse avait fait miroiter le fait que les entreprises viendraient, attirées par ces universités en voie de modernisation et se préoccupant désormais de l'insertion professionnelle de leurs étudiants. En fait les entreprises ne se sont pas bousculées, plus intéressées à financer une chaire dans leur domaine qu'à investir dans la matière grise, pour la beauté du geste. Pierre Hassairi, 23 ans, est étudiant en master Marchés financiers à l'Université d'Auvergne (28000 étudiants au total à Clermont-Ferrand 1 et 2) qui a été la première à créer une fondation. Avec d'autres étudiants, nous avons monté une junior entreprise, et la fondation nous a aussitôt accordé 1 500 euros pour démarrer. Après, nous nous autofinançons avec les études de marché qu'on nous commande, explique-t-il. Je ne veux pas me faire le propagandiste de la LRU mais pour nous ça a été positif. Scepticisme étudiant Les étudiants sont plutôt indifférents pour la bonne raison qu'ils ne constatent pas de grands changements. C'est trop tôt, explique Lionel Collet, de la CPU (conférence des présidents d'université, lire page IV). On est très loin de la révolution attendue, réplique Jean-Baptiste Prevost, président de l'Unef. La LRU a eu le mérite de remettre l'université au cœur du débat mais elle n'a pas posé la vraie discussion sur ses finalités et n'a rien résolu. Elle a même rendu la gouvernance plus difficile : au CA, le président et les personnalités extérieures se retrouvent souvent opposés à la communauté universitaire . Les critiques des enseignants-chercheurs (lire page IV) portent avant tout sur les nouveaux pouvoirs des présidents ainsi que sur l'intrusion d'intérêts privés à l'université qui vont favoriser les recherches appliquées et les filières scientifiques plutôt que la recherche fondamentale et les sciences humaines et sociales (SHS). La montée de la précarisation inquiète aussi. Avec la LRU , les présidents peuvent embaucher des contractuels en CDD ou CDI de catégorie A (cadres, ingénieurs, etc.) mais pas B et C (agents). Le ministère nous oblige à les recruter pour dix mois puis de les mettre deux mois au chômage, explique François Germinet, cela nous fait mal au cœur. Ce sont des administratifs par exemple qui donnent satisfaction, que l'on reconduit six ans, sept ans, mais qui sont payés au lance-pierre et n'ont aucune évolution de carrière. A l'université de Pau (10 900 étudiants) passée à l'autonomie le 1er janvier dernier, le nouveau statut inquiète. Comme souvent dans les établissements vivant à l'ombre de grands - Bordeaux et ses quatre universités -, on craint un désengagement de l'Etat. Comme si la LRU était faite pour les plus visibles. Beaucoup redoutent que nous devenions une université de premier cycle de proximité, explique Jean Ortiz, responsable local du Snesup, maître de conférences en espagnol. Du coup il y a un climat exacerbé de mise en concurrence car tout le monde a peur pour ses emplois. Et cela se fait toujours au détriment des lettres - trois postes viennent d'être supprimés - tandis que les scientifiques s'en sortent mieux avec des labos financés par Total. La grande réforme de Nicolas Sarkozy suscite encore bien des angoisses.
**** *s_figaro *annee_2010 *am_2010-03
POUR la troisième année consécutive, le Medef a organisé, hier, dans ses locaux, une grand-messe autour des relations de l'école et de l'entreprise. Un sujet qui tient à coeur à Laurence Parisot, qui souhaiterait que les chefs d'entreprise s'impliquent davantage sur les questions éducatives. Car, depuis le vote de la loi LRU , les universités ont pour mission l'insertion professionnelle de leurs étudiants.
Le lien universités-entreprises se tisse donc au premier chef à travers la nouvelle gouvernance des universités, dont les CA accueillent des personnalités extérieures. PAGE 12
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Le Medef organisait hier son 3e forum associant les entrepreneurs, le monde de l'école et l'enseignement supérieur. ÉDUCATION Un coeur tracé à la craie, dans lequel on peut lire « E + E ». École plus entreprise. Tel est le logo du Forum éducation-entreprise qui était organisé hier, et pour la troisième année consécutive, par le Medef. Comme pour dire que les temps ont changé, et que l'idylle est à présent nouée entre la vieille institution de la République et les noyaux durs de la création d'emploi et de richesse. Loin des préjugés anciens, les entreprises vues par les professeurs «  comme au temps de Zola  » et les professeurs «  toujours en grève  », les uns et les autres ont en fait appris, depuis déjà quelques années, à travailler ensemble, de l'école à l'université, et le forum entendait bien le montrer à un parterre de professeurs, de chefs d'entreprise et de représentants des universités et des rectorats.
Depuis le vote de la loi LRU , les universités ont pour mission l'insertion professionnelle de leurs étudiants. «  Cela induit un rapprochement avec les entreprises par le biais d'outils nouveaux, explique Lionel Collet, président de la Conférence des présidents d'université. Les Fondations à venir ne seront pas seulement un réceptacle pour des moyens venus du privé, mais aussi un lieu pour promouvoir à l'extérieur ce que font les universités.  » À l'image de la Silicon Valley Le lien universités-entreprises se tisse à travers la nouvelle gouvernance des universités, dont les CA accueillent des personnalités extérieures, mais également à travers le principe des « clusters », prônés notamment par l'économiste Philippe Aghion dans son rapport de janvier 2010 sur les modèles étrangers d'enseignement supérieur. Clusters, c'est-à-dire agrégats, en un même lieu, d'universités et d'entreprises, parfois fondées par les chercheurs eux-mêmes, à l'image de la Silicon Valley, ou de ce que doit être le pôle de Saclay. «  Les universités sont désormais confrontées à la concurrence internationale, rappelle Michel Pébereau, président du conseil d'administration de BNP Paribas, et en charge des questions d'enseignement supérieur au Medef. Dans la mesure où les entreprises sont à la fois les premières bénéficiaires de la formation, dans la mesure où elles ont besoin de jeunes dotés d'une solide culture générale, qui aient appris à apprendre, et dans la mesure, enfin, où ces entreprises ont déjà affronté la mondialisation, elles peuvent mettre leur savoir-faire au service des universités.  » Le maître mot du forum : le « benchmarking », la comparaison des pratiques. Gérard Tardy, directeur de Mérieux Développement et membre du Cercle d'outre-Manche, le souligne : «  Dans le département informatique de l'université de Cambridge, on trouve quatre-vingts plaques d'entreprises. Les chercheurs travaillent dans, au moins, deux entreprises chacun.  » En France, les Fondations ne fleurissent pas encore. Mais au Medef, on veut croire que la révolution est en marche. Et qu'elle touche l'ensemble du système. Pour Francis Da Costa, président de la commission éducation-formation du Medef, «  le nombre de participants au forum, qui n'a jamais été aussi important, montre un intérêt croissant et réciproque. La relation entre les entreprises et le monde éducatif, de l'école à l'enseignement supérieur, est devenu naturel. Pour les deux années précédentes, l'autonomie des universités nous avait incités à nous centrer sur le supérieur. Et la création des classes de découvertes professionnelles mettait en avant le collège. Cette année, le lycée est au coeur de nos réflexions.  » Semaine école-entreprise impliquant 180 000 élèves, rencontres « Les boss invitent les profs », ou « 24 h avec », où professeurs et chefs d'entreprise se rencontrent et apprennent à se connaître... des initiatives pour faire de ces deux mondes un seul. Du côté de l'institution, Jean-Michel Blanquer, directeur de l'enseignement scolaire, ou Jean-Paul de Gaudemar, recteur de l'académie d'Aix-Marseille, à l'origine de la Semaine école-entreprise, se félicitent de cette « responsabilisation des acteurs ». Pour eux, comme pour l'ensemble des participants au forum, l'entrée à l'école de l'évaluation des compétences sera la clé d'une révolution à venir.
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La Sorbonne boudée par les étudiantsL'université pâtit de ses grèves à répétition. Selon des chiffres récents du syndicat UNI, Paris-IV a perdu près d'un quart de ses étudiants (- 22,7 %) en cinq ans. L'établissement a régulièrement été bloqué par des mouvements de grève (CPE en 2006, contre la loi LRU en 2008, décret enseignants-chercheurs en 2009). Cela nuit à son image auprès des jeunes, comme en témoigne la baisse rapide des inscriptions, affirme l'UNI : - 6,7 % en 2007, - 6,5 % en 2008, - 5,1 % en 2009.

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Valérie Pécresse. défend un système complémentaire avec des passerelles entre université et grandes écoles. La ministre de l'Enseignement supérieur, Valérie Pécresse, défend l'idée de nouveaux liens entre université et grandes écoles.
Le système dual français ne vous paraît-il pas dépassé ? Non. L'idée de la réforme est justement de remettre l'université au cœur de l'enseignement supérieur avec, notamment, le doctorat qui devient le diplôme phare. Nous voulons bâtir un système autour d'universités fortes qui, grâce à la loi LRU [sur l'autonomie des universités], ont une autonomie pédagogique et de gestion, et qui concluent des alliances avec des écoles. On aura ainsi des universités fédérales [les PRES, pôles de recherche et d'enseignement supérieur]. Mais il n'y a pas l'un qui gagne contre l'autre. On encourage les passerelles : les universités ouvrent des classes préparatoires aux grandes écoles, on peut venir d'une école puis passer à l'université ou l'inverse. Je veux un enseignement supérieur de ponts et de portes ouvertes, et non plus d'impasses et de culs-de-sac, afin qu'à 17 ans tout ne soit pas joué, que lorsqu'on n'a pas le bac on puisse aller à l'université, et que si l'on échoue en première année, on puisse rebondir ailleurs. L'université doit accueillir tous les bacheliers alors que les grandes écoles sélectionnent les meilleurs : le jeu n'est-il pas inégal ? C'est une fausse question, une idée reçue. L'université aussi sélectionne. Les IUT [Instituts universitaires de technologie] sélectionnent. Il y a la sélection par l'échec à la fin de la première année. Il n'y a qu'à regarder aussi la première année de médecine où il y a 80 % d'échec. Les différences sont ailleurs, comme dans la qualité de la recherche, meilleure en université, ou dans la professionnalisation, plus avancée dans les écoles. Le problème est qu'on a demandé à l'université de porter la charge de la massification sans lui en donner les moyens et sans réfléchir à de nouvelles missions. Mais nous avons accordé 20 % de moyens de fonctionnement en plus en moyenne aux universités, et nous avons lancé le plan Campus, un programme ambitieux pour rénover l'immobilier. Mais les grandes écoles n'assument plus leur rôle d'ascenseur social... Elles ont tout de même fait des efforts considérables, notamment avec les cordées de la réussite , un réseau où les élèves des écoles et les étudiants d'universités aident les lycéens d'établissements défavorisés proches. Autre exemple, les écoles d'ingénieurs qui ont en moyenne 26 % de boursiers. Le fait d'avoir atteint les 30 % dans les classes prépas va avoir un effet en chaîne. Il ne faut donc pas faire le procès des grandes écoles : le taux de boursiers en deuxième année de médecine ou en master universitaire ne dépasse sans doute pas celui des grandes écoles. L'université doit aussi faire fonctionner l'ascenseur social.
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lll Comment libérer la recherche de la mise en concurrence imposée par le gouvernement?
Avec passion, les enseignants-chercheurs, chercheurs et enseignants accomplissent des prouesses pour allier production, diffusion des connaissances et mener des tâches d’encadrement alors que le manque d’emplois publics statutaires est criant. Éloignées de l’agitation gouvernementale, leurs activités méritent d’être mieux connues. Ils exercent leurs métiers respectifs à égale dignité dans des conditions souvent difficiles. «Fluidifier les passages entre le monde de la recherche et celui de l’enseignement supérieur»: derrière cette prétention, la ministre dissimule le démantèlement du service public d’enseignement supérieur et de recherche. Nul n’en est dupe, les coopérations entre organismes de recherche et universités ne font pas partie des canons ministériels, qui prônent un pilotage autoritaire de la recherche publique. Dans le prolongement des «primes de mobilité pédagogique» incitant les chercheurs à développer une activité d’enseignement, et de la prime d’encadrement doctoral (PEDR) des enseignants-chercheurs gratifiant un surcroît d’activité de recherche, le recours récent à une nouvelle prime dite «d’excellence scientifique» (PES), qui se substitue aux deux précédentes, sème le trouble dans la communauté universitaire et scientifique. En limitant à 20% la part des récipiendaires parmi les 57000 enseignants-chercheurs et les 13000 chercheurs, le gouvernement distille le dénigrement – 80% n’en seraient pas dignes –, discrédite la recherche publique, impose la mise en concurrence – épuisante et stérile – comme seul vecteur d’efficacité et poursuit ses attaques contre les libertés scientifiques. En imposant une obligation d’enseignement (un service de 64heures d’enseignement) à l’obtention de cette prime pour une partie des chercheurs, le gouvernement dénature le statut des chercheurs et cherche à le confondre à celui des enseignants-chercheurs. Ces primes ne sauraient remplacer une revalorisation collective nécessitant une refonte totale de la grille indiciaire, reconnaissant les qualifications obtenues par l’obtention de la thèse de doctorat nécessaire pour exercer les métiers d’enseignant-chercheur ou de chercheur. Favoriser les coopérations et les rapprochements entre organismes de recherche et universités est possible. Pour un enseignant-chercheur, être mis en délégation dans un organisme de recherche sur un emploi focalisé uniquement sur la recherche pour un temps donné doit résulter d’une volonté préalable. Sans constituer la seule condition, cela nécessite la création d’emplois en nombre, dont des postes «supports de délégation». Si la réciproque est possible pour les chercheurs, elle implique une condition supplémentaire: «enseigner est un métier qui s’apprend» et nécessite une formation adaptée, alors que le dispositif existant pour les enseignants-chercheurs vient d’être supprimé. Conçue comme une possibilité de moduler les services d’enseignement (à la hausse pour les chercheurs, à la baisse pour les enseignants-chercheurs), la PES ne constitue pas une réponse à la revalorisation des carrières des enseignants-chercheurs et des chercheurs, mais un cheval de Troie de la loi mobilité et de la révision générale de politiques publiques. Dans la même veine, la création de chaires mixtes à l’université, au recrutement conjoint universités-organismes, génère une catégorie de «superenseignant-chercheur», au service d’enseignement réduit des deux tiers, doté de meilleures conditions matérielles et financières. Cette situation hybride entre l’enseignant-chercheur et le chercheur s’intègre dans la logique gouvernementale de mise en concurrence des personnels entre eux. Loin de chercher à «rapprocher» ces communautés, elle est porteuse de divisions, qui stériliseront un peu plus chaque jour les forces créatrices de la recherche publique. Dans tous ces processus extrêmement sélectifs, l’évaluation tient un rôle majeur. Dans les organismes de recherche ou les universités, il nous faut aborder la question complexe de l’évaluation et de ses modalités. L’agence d’évaluation (dite Aeres), issue du pacte pour la recherche, est à ce titre un modèle d’opacité et d’absence de démocratie. Pilotée directement par le ministère, cette agence ne rend publiques les évaluations des laboratoires et des équipes qu’après leur réécriture par des «professionnels» de l’évaluation. Devenus «évaluateurs permanents», ils se déconnectent progressivement de la recherche. Pour les personnels, l’évaluation ne saurait être pensée – comme le fait le gouvernement – en déclencheur d’une sanction, mais au contraire être formative et conseillère, et relever d’instances majoritairement élues, comme le CNU (conseil national des universités) ou le comité national de la recherche scientifique. Aménager les choix imposés à la communauté universitaire et scientifique (pacte recherche, loi LRU , loi mobilité, RGPP) ou revenir en arrière ne répond pas à nos revendications. Il est donc temps de définir des perspectives ambitieuses et un projet pour l’avenir de l’enseignement supérieur et de la recherche. C’est fondamental pour notre société. Ensemble, nous avons commencé à y contribuer. Ensemble, nous continuerons. Par Patrick Monfort, secrétaire général du SNCS-FSU, et Stéphane Tassel, secrétaire général du Snesup-FSU. 
**** *s_lemonde *annee_2010 *am_2010-01
 Après étude des systèmes universitaires les plus performants dans les divers classements aujourd'hui produits à travers le monde (Shanghaï, Webometrics, Times higher education, etc.), c'est-à-dire essentiellement les universités anglo-saxonnes, le professeur d'économie d'Harvard rappelle le triptyque de l'excellence universitaire : autonomie, moyens et incitations.
Concrètement, pour atteindre l'excellence, un gouvernement doit pouvoir actionner ces trois leviers de façon coordonnée. En même temps, qu'il renforce l'autonomie de ses universités (tant en matière financière et pédagogique qu'en matière de gestion des ressources humaines), il doit accroître les moyens mis à leur disposition de façon significative et développer des incitations , notamment dans l'attribution des fonds de recherche par appel d'offres. Si la France a déjà modifié en partie son organisation universitaire dans ce sens, via la mise en place des Agences nationales d'évaluation et de financement de la recherche (loi recherche, 2006) et la loi d'autonomie des universités ( LRU , 2007), elle se doit de passer une nouvelle étape, estime Philippe Aghion. Notamment en matière de gouvernance des universités ou des ensembles universitaires. L'excellence universitaire repose sur la mise en place d'une gouvernance équilibrée entre légitimités exécutive et académique , précise le professeur d'économie d'Harvard. Ainsi, devraient s'ajouter à un conseil d'administration (CA) resserré, largement composé de personnalités externes - ce qui est aujourd'hui le cas dans les universités françaises - une instance académique (sénat) large, qui conseille le président élu par le CA, ainsi que des comités ad hoc (enseignants-chercheurs internes et externes) qui décident ou non d'entériner les propositions de nominations ou de promotions d'enseignants-chercheurs émanant des départements ou graduate schools (où l'on prépare le master et le doctorat aux Etats-Unis). Absent de l'actuelle loi d'autonomie, cet équilibre a été en particulier demandé par les universitaires afin de limiter les pouvoirs des présidents d'université. Pour l'instant, Valérie Pécresse écarte toute réécriture de la loi pour rééquilibrer la gouvernance des établissements, car les universités peuvent mettre en place dans le cadre de la loi actuelle, et si elles le souhaitent, ces sénats académiques . En revanche, la ministre s'est montrée plus intéressée par la présentation de l'organisation des meilleures universités. Philippe Aghion estime qu'une université d'excellence est avant tout multidisciplinaire, qu'elle offre une formation tant au niveau de la licence qu'au niveau du master et du doctorat (graduate schools), et qu'elle s'organise sur trois niveaux : université à la gouvernance affirmée et équilibrée, composantes (écoles, graduate schools) et départements disciplinaires. Dans le cadre de la préparation de l'appel d'offres lié à la distribution des moyens affectés par l'emprunt national (7,7 milliards d'euros pour dix campus d'excellence), ce schéma d'organisation pourrait être l'un des critères obligatoires de rapprochement des campus candidats.
**** *s_humanité *annee_2010 *am_2010-01
Réforme de la formation, mise en place de «l’autonomie»... Les raisons de la colère exprimée en 2009 sont toujours d’actualité. «Nous ne sommes peut-être plus dans la rue, mais les sujets chauds n’ont pas disparu», assure un enseignant-chercheur de Paris-IV. Un an après le début de l’une des mobilisations les plus longues de son histoire, le monde universitaire reste sous tension. Hier, la première Coordination nationale des universités de l’année 2010 s’est tenue à Paris. Avec, pour objectif, de dénoncer les réformes en cours du gouvernement et d’appeler à une «remobilisation».
Mastérisation : rejet unanime C’est LE sujet qui réunit contre lui l’ensemble de la communauté éducative, des syndicats enseignants jusqu’aux présidents d’université, en passant par les directeurs d’IUFM. Et pourtant, le gouvernement, bien conscient du caractère explosif de ce dossier, continue d’avancer comme si de rien n’était... Depuis début janvier, plusieurs décrets d’application ont précisé le contenu de cette réforme de la formation des maîtres. «Tous confirment sa dimension fondamentalement nocive, note Mathieu Brunet, porte-parole de Sauvons l’université. Le ministère passe clairement en force avec, comme seule et unique motivation, de faire des économies budgétaires.» Chacun dénonce une formation professionnelle des profs réduite à la portion congrue. En témoignent les dispositifs déjà envisagés par différents rectorats. À Montpellier, comme le dénonce le Snes-FSU, les enseignants qui viennent de décrocher leurs concours seront aussitôt nommés sur des postes à plein-temps et ne recevront leur formation pédagogique qu’au mois de février! «Cette réforme va avoir des conséquences dramatiques autant pour les jeunes profs que pour les élèves», souligne Stéphane Tassel, secrétaire général du Snesup-FSU, premier syndicat du supérieur. L’autonomie à marche forcée L’an dernier, le discours des vœux de Nicolas Sarkozy au monde universitaire avait mis le feu aux poudres. Cette année, le président de la République a essayé d’y mettre les formes. «Mais la logique reste la même», constate Stéphane Tassel. À commencer par l’application à marche forcée de la loi LRU . Depuis le 1erjanvier, on compte une cinquantaine d’universités passées sous statut d’«autonomie». Sur le terrain, la gestion de la masse salariale ou encore la mise en place des «primes d’excellence scientifique» ne se fait pas sans difficulté. «Cette réforme pousse à une concurrence interne entre collègues, contradictoire avec les valeurs de collégialité propres de l’université», regrette Mathieu Brunet. La question budgétaire est tout aussi brûlante. Valérie Pécresse parle d’une augmentation de 6% en 2010, à 1,8milliard d’euros? «C’est de l’affichage: les deux tiers sont dévolus à des partenariats public-privé», rétorque Stéphane Tassel, qui dénonce des moyens focalisés sur une dizaine de centres «d’excellence». La mobilisation? «Elle a permis des avancées l’année dernière, mais elle reste plus que jamais d’actualité...» 
**** *s_humanité *annee_2010 *am_2010-01
La ministre demande aux grandes écoles d’intégrer 30% de boursiers d’ici à trois ans afin de «détecter les talents» des classes défavorisées. La formation d’une élite boursière est-elle vraiment la solution ?
Malmenée l’an passé par le milieu universitaire lors des mouvements contre la loi sur l’autonomie ( LRU ), Valérie Pécresse s’engage sur le terrain élitiste des grandes écoles. Le 18janvier, la ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche déclare vouloir atteindre un objectif de 30% d’étudiants boursiers au sein des grandes écoles. D’abord réfractaires, les directeurs d’école y voient un risque de «baisse de niveau» susceptible de nuire à l’excellence de ces établissements. La Conférence des grandes écoles s’est finalement prononcée en faveur de cet objectif tout en fuyant le terme polémique de «quota». Suite à ce consensus, les modalités doivent être rédigées dans une charte dite de «l’égalité des chances». Au menu: cent nouvelles classes préparatoires, des internats d’excellence, gratuité des concours, tutorat et soutien personnalisé... Lors d’une interview accordée à Europe 1, Valérie Pécresse insiste sur «l’accompagnement et la détection de talents». Oui, car, selon la ministre, «est-ce qu’il n’y a pas un Mozart que l’on assassine aujourd’hui?» Pourtant, notre ministre ne parvient pas à imposer son projet qui, jusqu’à présent, ne détient pas de réelles mesures contraignantes auprès des grandes écoles. Tout reste encore bien flou et rattaché à de simples discussions, notamment autour des contenus des concours d’entrée. Selon Jean-Baptiste Prévost, président du syndicat étudiant Unef, «le gouvernement est hypocrite par ces mesures homéopathiques car les grandes écoles procèdent par sélection, tournent en vase clos et ne font que reproduire les élites». Fort imprégné de l’idéologie méritocratique, ce système ne tend pas à contrer les scissions entre le milieu universitaire et celui des grandes écoles. Se pose également la question du sort réservé aux laissés-pour-compte, à savoir les étudiants universitaires. De plus, le critère d’étudiant boursier recoupe des réalités sociales très différentes, et rien ne garantit qu’en améliorant le sort des boursiers, on améliorera celui des plus défavorisés. vingt et un ans dix-neuf ans 
**** *s_figaro *annee_2010 *am_2010-01
L'ancien président de l'université Paris-Sorbonne plaide pour une remise en marche de l'ascenseur social dans l'enseignement, mais pas à n'importe quel prix.
Notre enseignement supérieur n'en finit pas de renâcler à la perspective de toute réforme. Les universités continuent à s'opposer à diverses dispositions de la loi LRU de 2007. C'est maintenant au tour des directeurs de grandes écoles d'élever une voix outragée. De quoi s'agit-il ? Du souhait exprimé par François Fillon et par Valérie Pécresse de compter 30 % de boursiers dans les prépas dès la rentrée 2010, puis plus tard dans les grandes écoles. C'est un objectif éminemment souhaitable, rien de plus. Il n'a jamais été question de quotas imposés, dont chacun sait qu'ils auraient des effets dévastateurs. On comprend que la Conférence des grandes écoles ne veuille pas en entendre parler, afin de ne pas abaisser le niveau des formations et des diplômés. Cela dit, il est urgent de favoriser l'accession aux formations sélectives débouchant sur des emplois d'encadrement des enfants de tous les milieux sociaux, en particulier ceux qui sont défavorisés par l'argent ou la culture, qu'ils soient de souche française ancienne ou issus d'une immigration récente. Sinon, nous vivrons de nouveau l'une de ces révolutions dont les Français ont le secret depuis 1789, ignorant l'art de se réformer à temps, en profondeur et en douceur. Après les émotions populaires de 1830, de 1848 et la Commune de 1870, la III e  République avait favorisé l'ascenseur social et instauré un certain nombre de moyens de progresser en direction de l'égalité des chances pour tous les jeunes Français. L'école gratuite et obligatoire fut un remarquable effort de la nation, mais elle reposait sur l'exigence pour tous. Les hussards noirs de la République et l'ensemble des éducateurs n'imaginaient pas un seul instant d'abaisser la barre pour faciliter la réussite des enfants pauvres. Que faire donc pour dépasser la simple reproduction et remettre en marche l'ascenseur social, sans tomber dans la simpliste discrimination positive ? Beaucoup d'établissements ont pris le problème à bras-le-corps en imaginant des préparations aux concours dans certains lycées de ZEP. Les bons élèves boursiers y sont aidés gratuitement à préparer les concours (cours en ligne, devoirs par correspondance, concours blancs, tutorat et conseils méthodologiques). Et cela commence à marcher. Les différents Instituts d'études politiques le font avec succès dans le cadre de leur programme « Égalité des chances » (30 % des bénéficiaires réussissent au concours), tout comme l'Essec (« Pourquoi pas moi ? ») et bien d'autres établissements. L'association des anciens élèves du CFJ a imaginé un programme « Chance au concours » des différentes écoles de journalisme, auquel certains membres consacrent bénévolement plusieurs samedis par an. Il est nécessaire aussi de diversifier les profils des élèves et les filières d'accès aux grandes écoles, de relativiser certaines épreuves socialement trop discriminantes, telles que les langues vivantes. Il est par-dessus tout urgent de s'atteler au difficile problème de l'orientation des jeunes, laquelle réclame du doigté et du réalisme ainsi qu'une grande attention aux demandes des milieux professionnels. Il faut éviter à tout prix l'accès automatique, faussement démocratique, à des filières dont tout le monde sait qu'elles pratiquent une vigoureuse sélection par l'échec et ne mènent à un vrai débouché que les meilleurs de leurs étudiants. Les universités devront un jour se remettre en question plutôt que de critiquer et de jalouser les « grandes écoles ». Cela dit, on n'empêchera pas les « héritiers » d'être avantagés. Le nier, l'interdire, serait absurde pour notre pays et injuste pour eux, comme pour leurs ascendants qui ont fait fructifier l'héritage qu'ils avaient eux-mêmes reçu ou qui ont su se faire par eux-mêmes. Faudrait-il interdire aux enfants de cadres de passer des concours difficiles et d'y réussir, alors que s'ils reçoivent beaucoup, on leur demande beaucoup aussi ? Cela a déjà été essayé en URSS ou dans la Chine de Mao, avec le succès que l'on sait. Une seule solution : inviter tous les parents à éduquer du mieux qu'ils peuvent leurs enfants, dès leur plus jeune âge. Qu'ils soient lettrés ou non, fortunés ou non, il est essentiel qu'ils structurent la personnalité de leurs enfants, qu'ils comprennent que la rue, la télévision sans contrôle et les jeux vidéo à outrance leur assurent la paix, mais leur préparent, à eux comme à leurs enfants, des lendemains difficiles. L'Éducation nationale ne pourra jamais les remplacer. Pourquoi le président de la république et tous les responsables politiques, majorité et opposition ensemble, ne le diraient-ils pas avec des mots appropriés, aussi positifs que possible, lorsqu'ils interviennent en public et surtout à la télévision sur les chaînes et à des heures de grande écoute ? La France a grand besoin de sa jeunesse, mais d'une jeunesse encadrée, stimulée, joyeusement encouragée à donner le meilleur d'elle-même. «Faudrait-il interdire aux enfants de cadres de passer des concours difficiles et d'y réussir, alors que, s'ils reçoivent beaucoup, on leur demande beaucoup aussi ?»
**** *s_lemonde *annee_2010 *am_2010-01
Hervé J. : Vous évoquez l'existence de dix universités demain. Est-ce un objectif revendiqué ou un risque du grand emprunt ? Jean-François Méla : Le grand emprunt prévoit qu'une somme importante, de 7,7 milliards d'euros je crois, sera donnée à 5 à 10 pôles universitaires. Ce qui n'est pas précisé, c'est la nature de ces pôles. Mais si l'on se réfère aux objectifs que le texte explicite, il est clair que ça n'a de sens que si ces pôles ne sont pas trop larges.
Si l'on mettait dans ces pôles toutes les universités françaises, le plan n'aurait plus de sens. Donc la logique voudrait que ces pôles soient relativement réduits autour des plus grandes universités actuelles. C'est-à-dire celles qui concentrent l'essentiel des grands chercheurs des grands organismes : à Paris, notamment, l'université Paris-VI - Pierre-et-Marie-Curie et l'université Paris-Sud - Orsay. En province, on peut citer l'université de Strasbourg, aujourd'hui réunifiée ; à Grenoble, l'université Joseph-Fourier ; à Bordeaux, l'université Paris-I ; à Lyon, le pôle de recherche et d'enseignement supérieur (PRES), qui s'est constitué il y a quelques années déjà, etc. J. P. :  Quelle est, selon vous, la limite aux fusions et aux rapprochements en cours ? Dix universités en France, cela me paraît tout de même peu... Est-ce seulement pour exister dans les classements internationaux ? Jean-François Méla : La question mérite d'être posée car c'est une rengaine du pouvoir politique. On se réfère en permanence au fameux classement de Shanghaï, et un objectif semblerait être de constituer des pôles universitaires suffisamment gros pour figurer au classement de Shanghaï. Cet objectif peut paraître un peu ridicule lorsqu'on sait que les meilleures universités américaines qui figurent en tête de ce classement sont de taille très moyenne. PNF  : Quand on voit la qualité de vie, de la recherche, des études des grands campus americains, pourquoi y a-t-il des réticences en France à se diriger vers un modèle d'universités autonomes, se raprochant du modèle des facs américaines ? Jean-François Méla : Il y a deux aspects dans votre question. Tout d'abord, on parle de la qualité de vie et de travail dans les campus américains. Cela renvoie au sous-financement considérable des universités françaises, même si un effort a été fait ces dernières années. Deuxièmement, sur le mode de gouvernance, la tradition française est une tradition napoléonienne, centralisatrice, et c'est une véritable révolution pour tous que de passer à un système d'universités autonomes. Révolution culturelle pour les universitaires, mais aussi révolution pour l'administration centrale, qui a du mal - on le voit bien - à abandonner le pilotage centralisé. En dépit des déclarations officielles sur l'intérêt de l'autonomie. SB :  En région parisienne, ne risque-t-on pas de voir disparaître les universités de banlieue, absorbées par les universités plus prestigieuses de Paris-Centre, conduisant à l'émergence de collèges universitaires à l'américaine ? Jean-François Méla : Vous avez parfaitement raison. C'est une question à laquelle je suis d'autant plus sensible que j'ai présidé une université de la périphérie Nord (Paris-XIII - Villetaneuse). L'originalité de sa création, c'était d'implanter, en milieu populaire, un établissement qui soit un instrument de formation, en liaison avec la recherche de niveau international. Ce qui garantissait la qualité des formations qui allaient y être dispensées, contrairement à la formule collège universitaire, coupée de la recherche scientifique. Cela a donné l'occasion à de nombreux jeunes issus de milieux populaires, défavorisés, d'avoir les mêmes chances de carrière que ceux qui sont d'emblée intégrés dans des filières élitistes. Aujourd'hui, on nous dit qu'on va favoriser l'accès des filières élitistes aux jeunes issus de milieux défavorisés, mais quand on connaît la situation des classes préparatoires et des grandes écoles les plus sélectives, cela apparaît comme une vaste rigolade. Je crois qu'il est essentiel de maintenir des institutions intermédiaires qui ne soient pas simplement des collèges à vocation professionnelle. De ce point de vue, une centralisation exagérée de l'université parisienne serait une mauvaise chose. Aussi bien d'un point de vue économique que d'un point de vue démocratique. OPI : N'existe-t-il pas trop d'universités, et pas assez d'établissements qui préparent aux BTS ou d'IUT (instituts universitaire de technologie) ? Jean-François Méla : Oui, on peut le considérer. Il y a aujourd'hui, en chiffres ronds, 100 000 étudiants en IUT et 200 000 étudiants en BTS. Alors que, par exemple, les Community Colleges aux Etats-Unis rassemblent 6 millions d'étudiants. Et il serait bon d'augmenter les effectifs, par exemple, des IUT, mais à condition qu'ils aient une vocation à accueillir plus largement les bacheliers technologiques ou professionnels. Alors qu'aujourd'hui, ils se sont donné une image relativement élitiste en prenant une majorité de bacheliers généraux, voire de bacheliers S, qui auraient davantage vocation à aller dans les filières générales. Donc oui, ce secteur doit être développé, mais à condition de le démocratiser lui aussi. Delly :  Que vont devenir les autres universités? Et les UFR (unités de formation et de recherche) décentralisées des grandes facs, qui permettent, d'une part, de dynamiser les petites villes par l'apport d'étudiants, et, d'autre part, aux étudiants moins riches de poursuivre des études supérieures en restant chez leurs parents ou avec un loyer plus faible ? Jean-François Méla : Oui, vous avez parfaitement raison. Ce serait une erreur magistrale, même d'un point de vue économique, et encore plus d'un point de vue démocratique, que de réduire nos préoccupations au développement de quelques pôles de recherche dans l'espoir d'avoir davantage de brevets et d'innovations en France, car le développement économique, par exemple, est une question globale dans laquelle la formation de personnels qualifiés à tous les niveaux est aussi importante que le développement de quelques pôles de recherche de pointe. De plus, comme je l'ai dit en réponse à la question précédente, si l'on veut donnner leur chance réellement aux jeunes de milieux populaires, ce n'est pas en les incitant à rejoindre les filières les plus élitistes, qui sont déjà trustées par les enfants des couches supérieures ou des professions intellectuelles, mais en leur donnant de façon rapprochée des possibilités réelles de promotion. VCT :  Les effets du grand emprunt se feront-ils ressentir à court terme pour les étudiants ? Comment ? Jean-François Méla : Il y a deux aspects dans votre question. La rapidité des effets : donner 7 milliards d'euros, même à dix campus, cela peut paraître énorme, mais il s'agit d'une dotation en capital, qui va procurer à ces établissements les revenus de ce capital. Donc peut-être 30 ou 40 millions d'euros, 3 à 4 millions par campus. C'est beaucoup, mais peu par rapport à l'ampleur des problèmes. Sur l'aspect : cela va-t-il profiter aux étudiants ? Là, c'est encore plus douteux, car il s'agit essentiellement d'argent qui ira à la recherche pure et appliquée et à l'innovation. Donc il est douteux que les formations en récupèrent une partie importante. D'ailleurs, c'est là une des grandes lacunes du grand emprunt, de sa déclaration d'objectifs : on ne parle que d'innovation et de recherche, avec un objectif élitiste. Pour les étudiants, cet objectif élitiste est rempli par les grandes écoles. Donc on n'aborde pas vraiment la question d'un rapprochement grandes écoles-universités, ou, en tout cas, on ne donne aucun moyen important pour faire avancer ce problème. Comme si l'on se satisfaisait de l'organisation actuelle et que l'on ne se focalisait que sur la recherche et l'innovation. Or, si l'on regarde les Etats-Unis, la qualité d'une grande université, c'est autant la qualité des étudiants, la qualité de leur formation, que la qualité des laboratoires. Fred :  L'université française n'est-elle pas aussi victime de l'hypocrisie d'un système secondaire qui délivre un bac, fût-il scientifique, ne donnant plus aucune assurance quant à la capacité à suivre dans le supérieur ? Jean-François Méla : Je ne pense pas qu'on puisse dénoncer de façon aussi nette la mauvaise qualité du baccalauréat. Il est certain qu'on n'a pas la même exigence lorsqu'on veut donner le baccalauréat à 80 % d'une classe d'âge, aujourd'hui à 60 %, que lorsque le bac était réservé à une petite élite. Mais la qualité du bac S, par exemple, prépare bien les élèves à suivre un enseignement scientifique de niveau universitaire. Si l'on veut bien rester modeste dans les objectifs moyens. Rien n'empêcherait les universités d'installer des filières plus élitistes que d'autres à l'intérieur de leur formation, de façon à traiter différemment les meilleurs et les moyens. SB :  Lors d'une future alternance gouvernementale, verriez-vous un gouvernement de gauche modifier la loi d'autonomie des universités ? Si oui, quel(s) point(s) vous paraissent, avant tout, nécessaires de modifier ? Jean-François Méla : Je pense que le principe de l'autonomie ne sera pas remis en question. En revanche, certains aspects de la loi dite d'autonomie, la LRU (loi relative aux libertés et aux responsabilités des universités), devront être amendés. Notamment ceux qui touchent à l'équilibre des pouvoirs à l'intérieur de l'université. La LRU a adopté une idéologie présidentialiste et installe une confusion des pouvoirs, notamment les trois niveaux de pouvoir qui devraient être distingués : le niveau du conseil d'administration, qui doit fixer les grands principes et les grands équilibres ; le niveau du président, qui doit être un PDG de l'institution au service des principes fixés par le conseil d'administration ; et le niveau de la communauté académique, qui doit exercer pleinement les compétences qui lui sont propres, notamment en matière de recrutement, de promotion et de pédagogie. Cet équilibre des pouvoirs devra être revu. Alex : Monsieur Méla, ne trouvez-vous pas que l'un des premiers problèmes de nos universités est la concentration de la notoriété ? Je m'explique : quelques universités sont connues, reconnues et voulues par les étudiants, ce qui laisse les autres facs dans un marasme intellectuel. Ne devrait-on pas se concentrer sur les universités qui manquent de soutien ? Jean-François Méla : Oui, encore que compte tenu de notre système où, comme certains le disent, l'université est la voiture-balai du système, je ne pense pas que cet effet de notoriété joue un grand rôle auprès des étudiants au niveau de la licence, dans la mesure où les meilleurs cherchent désespérément à s'intégrer dans les filières sélectives. En revanche, il y a un effet notoriété aux niveaux master et doctorat, qui est un effet beaucoup plus compréhensible dans la mesure où certaines universités rassemblent la majorité des laboratoires et des chercheurs des grands organismes. Cependant, cette concentration ne doit pas être recherchée a priori, mais en fonction des nécessités de la recherche. Je m'explique : vous avez des domaines de la biologie ou de la physique qui exigent de très grands équipements. Ceux-ci ne peuvent pas être dispersés dans tous les établissements du pays. Il est donc normal qu'une concentration s'opère sur certains pôles. En revanche, dans une discipline comme la mienne, les mathématiques, il n'y a aucune nécessité à concentrer les chercheurs dans un petit nombre de campus. La discipline fonctionne sur la base d'un réseau national qui donne entière satisfaction. C'est le cas pour bien d'autres disciplines, et je pense qu'il serait malsain de prendre la concentration comme un principe de base a priori. Visiteur : Quelle serait, selon vous, La mesure à prendre de toute urgence pour l'université française ? Jean-François Méla : La mesure de toute urgence serait de lui donner les moyens de son autonomie. Car il ne sert à rien de donner aux universités une liberté qui resterait purement formelle si elles n'ont pas les moyens de développer leur propre politique.
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Pour le membre du conseil d'administration de la Conférence des présidents d'université, le gain d'autonomie des universités ne signifie pas pour autant que ces dernières perdent leur âme. L'université n'est pas une entreprise. Cette vérité doit être rappelée alors que beaucoup continuent à voir dans la loi Libertés et responsabilités des universités ( LRU ) l'intrusion de la logique de la sphère privée dans l'un des derniers sanctuaires consacrés aux missions régaliennes de l'État. La LRU a en effet mis sur le devant de la scène, comme jamais auparavant, la question de l'analogie université-entreprise. Cette question trouve toute son actualité alors que 33 nouvelles universités viennent de franchir le 1 er  janvier 2010 le cap de l'autonomie ; plus de la moitié des universités françaises sont aujourd'hui devenues « autonomes ».
Une première évidence : l'université n'est pas une entreprise parce que son objectif principal n'est pas et ne saurait être la poursuite du profit. L'université relève fondamentalement d'une mission de service public. Elle constitue même, et il faut non seulement en avoir conscience mais aussi le défendre, l'un des principaux piliers de ce modèle français fondé sur l'égalité d'accès au savoir et à la connaissance : égalité sociale, égalité territoriale. Une deuxième évidence : l'université n'est pas une entreprise parce que ses personnels sont très majoritairement des fonctionnaires qui ont délibérément choisi de servir l'État et l'intérêt collectif. Les évolutions ont été majeures : la massification de l'enseignement supérieur, la professionnalisation des cursus, la compétition scientifique exacerbée... L'université a su répondre aux défis qui lui étaient lancés. Une troisième évidence : l'université n'est pas une entreprise parce que l'essentiel de ses ressources provient de l'État et partant des contribuables. L'université est un bien collectif : c'est bien la somme des contributions individuelles de chaque Français, qui permet d'assurer à travers le budget de l'État la pérennité du financement nécessaire à l'exercice des missions de l'université. Le financement de l'université française est, et doit rester, indépendant du cycle économique, de la situation des marchés. L'université n'est pas une entreprise mais son rôle et son statut dans la société française lui confèrent une responsabilité particulière et par conséquent une obligation de résultat et de performance. L'enseignement supérieur connaît une mutation profonde, une ouverture à la concurrence internationale qui n'est pas sans rappeler, précisément, celle qu'ont connue les entreprises françaises il y a vingt ans. Le modèle universitaire français doit se défendre et innover. Innover en élaborant et en formalisant des projets de développement originaux tenant compte des spécificités, forces et faiblesses, contexte territorial, de chaque établissement mais avec une logique commune : l'intérêt des étudiants et la performance des actions entreprises. Les outils sont disponibles, ce sont ceux du management stratégique. Innover en misant sur sa principale richesse, le capital humain, par le déploiement de véritables politiques de gestion des ressources humaines en lieu et place d'une administration du personnel. Une gestion des ressources humaines qui consacre la place et le rôle des personnels des universités au coeur du dispositif de formation et de recherche et qui encourage les engagements de chacun. Se priver d'utiliser les dispositifs, en termes d'incitation, de promotions, de carrières et de politiques de formation, qui ont permis ailleurs de mobiliser et de valoriser les compétences individuelles autour d'un projet collectif partagé serait une erreur. Innover en développant des systèmes d'information et de gestion qui permettent de disposer d'une auto-évaluation permanente des choix et des actions. L'université est assurée d'inscrire ses actions dans la durée ; c'est un atout majeur dans un monde où le temps ne cesse de s'accélérer. À condition bien sûr de tirer partie de cet atout par la mise en place de démarches économiques pluriannuelles, seules susceptibles de permettre d'apprécier la pertinence des options choisies. Les méthodes et les outils du contrôle de gestion, des projections pluriannuelles, des scénarios de développement sont incontournables pour servir une telle exigence. L'université française n'est pas une entreprise, mais elle n'est pas non plus un îlot abrité dans un océan international de l'enseignement supérieur en pleine métamorphose. L'enjeu est bien aujourd'hui de passer d'une situation dans laquelle les universités françaises étaient administrées par le haut, par une tutelle ministérielle et administrative omnipotente et omnisciente, à une autre dans laquelle une communauté universitaire se voit attribuer les moyens globaux nécessaires au déploiement du projet collectif qu'elle s'est choisi. Si cette véritable mutation est bien plus stimulante et potentiellement source de meilleurs résultats, elle réclame toutefois une évolution conséquente des méthodes et outils utilisés au service de cette ambition collective. Ces outils existent, ce sont les mêmes que ceux qui ont été développés pour les entreprises et qui trouvent un intérêt particulier dans le domaine du management public. « L'université française n'est pas une entreprise, mais elle n'est pas non plus un îlot abrité dans un océan international de l'enseignement supérieur en pleine métamorphose »
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LE FIGARO. - La loi liberté et responsabilité des universités va fêter ses deux ans d'existence. Quel bilan en dessineriez-vous ?
Valérie PÉCRESSE. - Le 1 er  janvier 2010 constituera véritablement une charnière, puisque plus de la moitié des universités françaises seront alors autonomes. On peut donc dire que l'expérience de celles qui étaient déjà passées à l'autonomie a donné envie aux autres, malgré quatre mois de conflit très rude. Par l'accompagnement, nous avons réussi le « service après-vote ». Ce sont 5 milliards d'euros de crédit et 100 000 emplois qui ont ainsi été délégués aux universités. Aujourd'hui, nous pouvons tirer un premier bilan : des initiatives sont nées, des tabous ont été levés, notamment en matière de lien avec les entreprises ou avec les grandes écoles. L'autonomie libère des énergies, car les universitaires ont pu constater que les moyens suivent. Le plan campus, les capitaux du grand emprunt, tout cela n'aurait pas été possible sans des établissements autonomes. Les universités peinent à communiquer sur l'insertion professionnelle. Allez-vous leur donner des outils ? Le 1 er  décembre, nous avons lancé un questionnaire national sur l'insertion professionnelle auprès de toutes les universités, de sorte que nous aurons en juin le résultat filière par filière. C'est un devoir de transparence que nous devons aux étudiants. Et cela va avec l'autonomie. Celle-ci va changer la logique des relations entre l'État et les universités ; nous allons vers une logique de contractualisation et un financement au projet. La communauté universitaire s'est d'ailleurs approprié ces nouveaux outils car elle a le sentiment que l'on peut bâtir quelque chose en s'appuyant sur les projets d'établissement et que c'est avantageux en termes de moyens. Cette réforme modifie un paysage universitaire qui était longtemps demeuré inchangé. Pensez-vous que la nature de l'université française s'en trouve modifiée ? On a fait la démocratisation, dans les années 1960, sans jamais redéfinir le rôle de l'université. On ne peut plus la laisser dans la fiction d'une vocation purement académique. Avec la loi LRU , nous avons aussi voulu réaffirmer le rôle de premier acteur de la recherche en France que doit jouer l'université. Et d'autre part, l'afflux d'un million cinq d'étudiants doit poser la question de l'insertion professionnelle. L'une et l'autre sont également essentielles. Bien sûr, l'État est garant de la carte des formations, et il nous appartient de travailler pour que les disciplines rares ne disparaissent pas. Mais, globalement, l'autonomie a permis d'ancrer les universités dans leur territoire. Et l'on peut même dire que les plus petites en tirent grand profit car elles s'appuient sur le dynamisme. natacha polony
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Trente-trois nouvelles universités vont suivre le sillon des dix-huit pionnières. ENSEIGNEMENT Après avoir survécu à deux importants mouvements, celui des étudiants à l'hiver 2007, puis celui des enseignants au printemps 2009, la loi sur l'autonomie poursuit son chemin au pas de charge. Ce 1  er janvier 2010, trente-trois nouvelles universités ont choisi de passer à l'autonomie budgétaire. Elles suivent le sillon tracé par dix-huit pionnières en 2009.
Selon le secrétaire général de l'OCDE, Angel Gurria, il s'agit de l'une des réformes « structurelles les plus importantes », engagées par la France ces dernières années. Grâce à la loi votée en 2007 qui permet une dévolution des ressources (patrimoine immobilier, budget, ressources humaines), les universités sont davantage maîtresses de leur destin. La maîtrise de leur masse salariale leur permet de dégager des marges de manoeuvre pour conduire leur politique en matière de décharges de services ou de recrutement, notamment. Les conseils d'administration peuvent définir une politique salariale différenciée en attribuant des primes. L'université d'Aix-Marseille-II a ainsi attribué une prime de 20 000 eur à sa « meilleure équipe pédagogique ». Elle a aussi choisi d'attribuer une prime d'«  excellence scientifique  » à 20 % de ses enseignants chercheurs. L'université de Nancy-I a, quant à elle, décidé d'alléger le temps d'enseignement de ses jeunes maîtres de conférences pour qu'ils se consacrent davantage à leurs recherches. Les établissements déjà passés à l'autonomie budgétaire ont tous dû étoffer leurs services de ressources humaines, de gestion et de finances. Des cadres ont été embauchés, notamment en transformant des postes de catégorie C en catégorie A. Dans leur rapport d'information traçant un bilan de la loi, cet été, les sénateurs ont pu constater que la mise en oeuvre de l'autonomie avait «   renforcé l'attractivité des postes administratifs des universités, les profils des secrétaires généraux ou secrétaires généraux adjoints témoignant d'un élargissement de la sphère de recrutement  ». Il convient de noter, observaient-ils par ailleurs, que les dépenses de masse salariale des universités dites « autonomes » n'ont connu « aucun dérapage majeur ». Prudence « excessive » L'heure est donc au satisfecit, même si les premiers mois d'exercice de l'autonomie ont surtout été marqués par la « prudence ». Prudence « de fait » des universités, qui exercent un nouveau métier, mais prudence « excessive » des rectorats, selon les sénateurs, qui « sembleraient confondre dans certains cas contrôle budgétaire et contrôle de gestion ». Ce reproche d'une administration trop « tatillonne » est toujours fait par certains présidents d'université, mais, au ministère, on indique que « les rectorats ont été rappelés à l'ordre ». Même si les universités ont désormais presque toutes mis en place des bureaux d'aide à l'insertion professionnelle pour les étudiants, toutes sont encore loin de délivrer des informations précises sur ce sujet délicat. La mise en place des critères de performance relatifs à l'insertion professionnelle se fait lentement. L'ensemble de ces informations seront disponibles au plus tôt en 2013. Concrètement, ceci signifie que la première allocation des moyens en fonction de ce critère ne serait possible que dans huit ans... La dernière étape de l'autonomie, la gestion de l'immobilier, n'a pour l'heure été réclamée que par neuf universités. Côté syndical, on continue à regretter que les présidents d'université « soient devenus tout-puissants, quasiment sans contre-pouvoir ». C'est d'eux que tombe la décision finale en matière de carrière d'un enseignant, par exemple. Des accusations injustifiées pour les présidents, qui assurent ne pas pouvoir gouverner autrement que collectivement. La loi LRU aurait même, selon eux, davantage renforcé le pouvoir des différentes instances de l'université que celui du président. Au reste, affirment-ils, le Conseil national universitaire (CNU) continue à décider de la moitié des promotions d'enseignants-chercheurs dans chaque université... L'autonomie reste relative.
**** *s_libération *annee_2009 *am_2009-12
Nicolas Sarkozy a annoncé hier la création de dix sites d'excellence, financés à hauteur de 10 milliards d'euros grâce au grand emprunt. Comment faire rentrer pleinement la France dans cette nouvelle économie de la connaissance basée sur l'enseignement supérieur, la recherche et l'innovation ? Pour Nicolas Sarkozy, qui a scrupuleusement repris les préconisations de la commission Juppé-Rocard dans ce domaine, la clé de la compétitivité de demain est d'avoir en France les meilleures universités du monde . D'où cette priorité accordée à l'enseignement supérieur qui, avec 11 milliards d'euros - dont un pour l'apprentissage et la création d'internats d'excellence (pour les lycéens méritants) -, sera le tout premier poste d'investissement du grand emprunt. Décryptage de cette nouvelle donne de l'excellence universitaire.
Comment l'argent sera-il dépensé et est-ce suffisant pour rattraper le retard français ? 10 milliards d'euros viendront financer cinq à dix campus universitaires d'excellence. L'essentiel de cette somme servira à doter chacun des campus d'un milliard d'euros en fonds propres, sanctuarisés dans une fondation. Placé, cet argent rapportera des intérêts qui pourront être investis dans des projets mais sans entamer le capital. Soit, au taux actuel de 3,5% sur dix ans environ, un total de 350 millions d'euros par an. Rapporté à la dépense que les Etats-Unis consacrent annuellement à leur enseignement supérieur en pourcentage du PIB, la France - où ce taux a diminué entre 1995 et 2006 - reste très loin du compte. Il y est aujourd'hui de 1,9% par an contre 3,5% outre-Atlantique : pour rattraper le meilleur élève de l'OCDE dans l'enseignement supérieur, la France devrait dégager 30 milliards d'euros par an. Soit pas loin de 100 fois ce que vont rapporter les futures fondations universitaires. Il s'agit d'une réponse conjoncturelle en une seule fois à un problème structurel qui nécessiterait un investissement annuel massif pour rattraper le retard français,analyse Olivier Ferrand, de la Fondation Terra Nova, proche du Parti socialiste et rapporteur de la commission sur le grand emprunt. Cela impliquerait une réorientation massive de nos finances publiques. Hier, on a aussi entendu que le gigantesque campus de Saclay, la future Silicon Valley française, bénéficierait d'1 milliard d'euros là où Harvard dispose de 30 milliards de dollars (20 milliards d'euros) placés sur les marchés ! Aurais-je aimé faire plus ? s'est interrogé Sarkozy. Oui, mais c'est déjà pas mal. De quels campus d'excellence parle le Président ? C'est une grande idée de Sarkozy : faire émerger des pôles universitaires prestigieux capables de rivaliser avec Harvard ou Berkeley. Dès novembre 2007, il a annoncé que l'Etat allait vendre 3% du capital d'EDF pour financer des universités d'excellence qui allaient faire la fierté de la France. La ministre de l'Enseignement supérieur, Valérie Pécresse, a alors été chargée de mettre en musique le dessein présidentiel. Et, en février 2008, elle a lancé l' opération campus . Ce plan, de 5 milliards d'euros, est présenté comme un effort exceptionnel en faveur de l'investissement immobilier. Objectif : Faire émerger des campus d'excellence qui seront la vitrine de la France et renforceront l'attractivité et le rayonnement de l'université française. Universités et grandes écoles sont alors appelées à s'unir pour présenter des projets. Soixante-six dossiers sont présentés. En novembre 2008, six projets sont retenus - Bordeaux, Grenoble, Lyon, Montpellier, Strasbourg, Toulouse. Puis quatre en février 2009 - Aix-Marseille, Paris-Aubervilliers, Saclay, Paris intra-muros. Deux sont rajoutés dans le cadre du plan de relance - les universités de Lille et de Lorraine. Et neuf obtiennent un lot de consolation avec le label campus prometteurs et innovants . Mais il faudra choisir : Sarkozy a parlé de faire émerger cinq à dix campus d'excellence ayant les moyens, la taille critique et les liens avec les entreprises qui leur permettront de rivaliser avec les meilleures universités mondiales . Ce plan va-t-il favoriser la présence du secteur privé au sein de l'université ?Si l'intérêt des entreprises pour les chaires et les fondations s'accroît en partie grâce à la loi sur l'autonomie des universités ( LRU ), la part de financement privée de l'enseignement supérieur français reste faible. Numéro 1 des partenariats public-privé (PPP) en France, l'Ecole d'économie de l'université de Toulouse a recueilli 30 millions d'euros de financement privé. Dans nos prévisions pourtant très prudentes - à la différence d'autres secteurs -, l'effet d'entraînement de l'investissement public sur le privé à l'université est proche de zéro , note Olivier Ferrand. Que deviennent les autres universités ? C'est bien là la faiblesse : le fossé va encore se creuser entre les grands centres d'excellence, avec une puissante recherche, sur lesquels l'Etat concentre ses efforts, et les plus petites universités, sans grands moyens, condamnées à devenir des collèges universitaires de seconde zone , comme le dénonçait hier le Snesup, préparant des licences et faisant peu de recherche. Le syndicat dénonçait aussi cette stratégie du gigantisme, alors que c'est de coopérations dont a besoin la recherche et non de concentration des moyens sur quelques pôles de compétitivité .
**** *s_lemonde *annee_2009 *am_2009-11
Les relations sont tendues entre les directeurs des instituts universitaires de technologie (IUT) et les présidents d'universités. Les personnels de direction des instituts doivent manifester, mardi 10 novembre, devant l'Assemblée nationale et le Sénat, après une rencontre entre l'association des directeurs d'IUT (ADIUT) et Valérie Pécresse, la ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche. Jusqu'en 2008, les instituts bénéficiaient de crédits directement attribués par le ministère. Mais l'application de la loi relative aux libertés et responsabilités des universités ( LRU ) conduit à la pleine intégration des IUT dans leurs universités de rattachement. En 2009, ils obtiennent leur financement de l'université, sur la masse du budget global de celle-ci.
 Sur 116 IUT, nous en avons recensé 59 où règnent des situations problématiques, qu'il s'agisse de perte d'autonomie, de suppression de poste à l'IUT au bénéfice de son transfert vers l'université , constate Jean-François Mazoin, le président de l'ADIUT. Le chiffre est contesté par le ministère qui évoque une dizaine de cas litigieux. Pour la conférence des présidents d'université (CPU), les crédits accordés par les universités aux IUT en 2009 sont constants, voire en hausse. Au-delà de problèmes de mise en place, le conflit actuel traduit l'inquiétude d'une filière de l'enseignement, courte et professionnalisante, créée en 1966, et dont le succès ne s'est pas démenti depuis au point de prendre les meilleurs élèves aux premiers cycles universitaires. Les directeurs d'IUT vivent mal de tomber sous l'autorité d'un monde universitaire auquel leurs établissements, jusqu'à ce jour, constituent une alternative.
**** *s_humanité *annee_2009 *am_2009-11
lll Comment le gouvernement est prêt à sacrifier le lien enseignement-recherche-société ?
En cette période de débat budgétaire, la ministre manipule les chiffres sans pour autant parvenir à masquer que la priorité affichée pour l’enseignement supérieur et la recherche vise essentiellement à mettre le potentiel et les financements publics au service des intérêts privés, et rien ne permet d’affirmer que dans l’enseignement supérieur, cette année verra progresser les conditions de la démocratisation, pourtant nécessaire pour le pays, de l’accès et de la réussite des étudiants dans ce domaine (licence, master, doctorat...). Au contraire, la recomposition à l’œuvre du tissu universitaire, focalisant les ressources sur quelques campus d’excellence, à commencer par Paris intra-muros, contribue à priver le pays de ses universités de proximité, à affaiblir les formations et les laboratoires qui participent à la richesse et à l’implantation de l’université dans son territoire. Sur l’autel des classements –celui de Shanghai, ou encore le classement européen à venir, évoqué par Valérie Pécresse– et celui de la valorisation immédiate de la recherche, le gouvernement veut imposer un profond remodelage de l’enseignement supérieur et de la recherche. Pour gagner une, voire deux places dans de tels classements, il est prêt à sacrifier durablement la force créative et novatrice de la communauté universitaire, à sacrifier le lien enseignement-recherche-société qui doit caractériser l’ensemble de l’enseignement supérieur. Sans aucun débat démocratique sur les réelles priorités pour la recherche et l’enseignement supérieur, la stratégie nationale de recherche et d’innovation (SNRI) a été lancée le 22janvier 2009 par Nicolas Sarkozy à l’occasion d’un discours qui a surtout frappé par le mépris qu’il manifestait à l’égard de la communauté scientifique. Cette vision politique constitue le canevas d’une refondation complète de la recherche. «Faire fructifier l’excellence scientifique», c’est ce que la ministre attend de cette «stratégie» programmatique, dont la mise en concurrence et la discrimination sélective constituent les principaux moteurs, et qui renonce au financement récurrent de la recherche fondamentale. Alors qu’opposer innovation et recherche fondamentale, insertion professionnelle et formation par la recherche constitue un non-sens, le gouvernement veut cantonner les ambitions de la recherche à la seule production de brevets valorisables et limiter l’insertion professionnelle à la seule adaptation immédiate aux postes de travail. Or si l’université se voit enserrée dans le carcan d’une vision étriquée de la performance et de la concurrence comme seul vecteur d’efficacité, c’est son inventivité et sa créativité qui se voient durablement bâillonner. Avec la modification du statut des enseignants chercheurs et son corollaire de pressions multiples sur toutes leurs activités, c’est un pan essentiel de l’intérêt et de l’attractivité du métier qui vole en éclats. Sourd aux protestations et aux exigences qui ont marqué l’an dernier quatre mois d’un conflit sans précédent dans l’enseignement supérieur et la recherche, le gouvernement veut faire passer toutes les activités des universitaires sous ses fourches Caudines. Pour entraver les libertés scientifiques, c’est toute une chaîne de décisions qui est mise sous contrainte: renforcement du rôle des rectorats, «dialogue de gestion» arbitraire pour répartir les financements d’état, développement des fondations et des partenariats public-privé, poids des présidents sur les personnels et leurs carrières (logique indemnitaire pour tous, précarisation croissante...). Cette mainmise sur l’ensemble des activités universitaires est inacceptable et stérilisante. La ministre vient de confier à Philippe Aghion un rapport dont l’objectif est, par la transposition de pratiques glanées à l’étranger, de conforter les dérives de l’autonomie déjà contenues dans la loi LRU . On doit rappeler que cet universitaire, dont les travaux réclament en vain depuis des années un accroissement significatif du financement public du système français d’enseignement supérieur et de recherche, vante, au nom de l’autonomie, les vertus du modèle anglo-saxon et a également participé à la commission Attali dont le rapport préconisait que l’entrée dans la carrière universitaire devrait être précédée par 3 CDD de quatre ans successifs! Devant tant de gâchis, la recherche d’alternatives confortant et développant le service public d’enseignement supérieur et de recherche, dans toute sa richesse et sa diversité, constitue un impératif. Garantir l’accès et la réussite aux études du plus grand nombre de jeunes et d’adultes, les libertés scientifiques et pédagogiques des collègues, leur capacité d’initiative pour un service public répondant aux besoins de société, l’égal traitement des formations et de la recherche sur l’ensemble du territoire, s’opposer à la précarisation de tous les personnels et à la généralisation des primes au détriment d’une revalorisation des salaires et des carrières, tels doivent être les objectifs visés. Inverser la logique gouvernementale doit constituer un engagement sans ambiguïté pour toutes les forces progressistes. La communauté scientifique et universitaire dans son ensemble, ouverte sur la société, doit être entendue ! 
**** *s_libération *annee_2009 *am_2009-11
La Toussaint, pour les universités, est la saison des palmarès. Pour les plus grandes, c'est capital. Etre dans le top 100 des universités mondiales distinguées par le classement de Shanghai conforte leur prestige. Elles peuvent ensuite espérer attirer les meilleurs chercheurs, nouer des partenariats avec les établissements les plus prestigieux, etc. Les plus petites universités, avec une recherche modeste, sont résignées : elles ont peu de chances d'y figurer. Mais les classements, tant décriés au début, font désormais partie du paysage. La ministre de l'Enseignement supérieur, Valérie Pécresse, qui veut insuffler l'esprit de compétition, en est une grande adepte : elle en promet bientôt un européen. Les opposants aux classements restent, eux, sur leurs positions : les critères sont trop quantitatifs (nombre de prix Nobel et de médailles Fields, de chercheurs cités, d'articles publiés, etc.) pour refléter la valeur d'un établissement et ignorent la dimension enseignement.
Comme chaque année depuis le premier classement de Shanghai en 2003, les Anglo-Saxons raflent les premières places et, parmi les françaises, l'université Pierre-et-Marie-Curie (Paris-VI) tient le haut du panier : 40e, elle a gagné deux places. Par discipline, en mathématiques où la France fait un carton, elle s'est fait doubler d'une place par Paris-Sud (Paris-XI), 6e. Suivent Paris-Dauphine (35e), l'Ecole normale supérieure de Paris (47e) et Paris- Diderot (49e). Simultanément, le centre pour le développement de l'enseignement supérieur allemand CHE donnait son palmarès où, pour la première fois, il a inclus les sciences humaines. Dans ce domaine, aucune université française ne figurait dans le classement chinois. Le classement allemand en distingue huit : cinq en économie (Lille-I, Toulouse-I, Paris-I, Paris-Dauphine et Paris-XIII) et trois en psychologie (Paris-Descartes, Aix-Marseille-I et Lyon-II). Pour les classements comme pour la LRU (la loi sur l'autonomie des universités), les résistances se sont tues. Mais elles n'ont pas disparu. Après la longue mobilisation de l'hiver dernier, l'heure semble davantage à la réflexion. L'Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS), qui avait été un haut lieu de la contestation, vient ainsi de lancer un séminaire alternatif. Premier thème abordé mercredi devant un amphi plein : Enjeux et futur du mouvement universitaire , autour notamment du philosophe Marcel Gauchet, du sociologue Luc Boltanski ou d'Isabelle This Saint-Jean, présidente de Sauvons la recherche. Le prochain séminaire, le 18 novembre, sera consacré aux régimes d'évaluation . Nous voulons relancer la réflexion, qui s'était arrêtée, sur ce qu'est la recherche, la science, le monde de la connaissance, explique l'ethnologue Michel Agier, l'un des trois initiateurs. C'est donc un séminaire classique que les étudiants peuvent valider. Mais nous voulons aussi être aussi un lieu de veille face à la politique menée. 
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PME et PMI ont besoin de ces étudiants issus des sections de techniciens supérieurs, des IUT ou des filières universitaires. IL N'Y A PAS que les grandes universités internationales dans la vie pour réussir sa carrière professionnelle. L'enracinement dans le territoire permet aussi à des jeunes d'accéder à des métiers innovants. C'est le message que veut transmettre la FMVM (Fédération des maires des villes moyennes). Dans un contexte où l'insertion professionnelle des jeunes - diplômés ou non -, marque sérieusement le pas en période de crise, les attentes de ses adhérents sont intéressantes à relayer.
Selon l'enquête qu'elle a réalisée, plus de 87 % des maires des villes moyennes interrogés se disent inquiets quant à l'avenir de l'enseignement supérieur de proximité. Motif ? La loi LRU (loi relative à l'autonomie et aux responsabilités des universités) risque de recentrer les efforts vers les universités des grandes agglomérations au détriment de leurs antennes dans les villes moyennes. « Dans nos villes, il y a une palette de formations, des sections de techniciens supérieurs aux grandes écoles et universités. Or notre tissu économique est composé de PME-PMI qui ont besoin d'innovation pour rester concurrentielles. Dans ces conditions, le lien direct entre développement économique et présence de la formation supérieure est essentiel » , souligne Bruno Bourg-Broc, député maire de Châlons-en-Champagne et président de la FMVM. Campus à taille humaine et enseignement supérieur de proximité attirent près de 13 % des étudiants. Ils plaisent aux entreprises dès lors que les programmes d'enseignement et de recherche investissent des domaines d'excellence et coïncident avec les besoins de la région. Formations pointues Exemples, l'université de Savoie (Chambéry et Annecy) s'est notamment développée dans le secteur de la montagne et des énergies nouvelles et a su attirer les sociétés. Laval a choisi de créer trois clusters qui réunissent écoles et entreprises autour de programmes de recherche dans l'industrie automobile, l'agroalimentaire et la réalité virtuelle. « Dans l'Ouest, notre pôle de compétitivité correspond à l'activité industrielle dominée par l'agroalimentaire » , précise le maire de Quimper, Bernard Poignant. « Aujourd'hui, pour que nos entreprises soient compétitives, il faut former les étudiants sur des créneaux plus pointus » , plaide José Levices, PDG de MVS, société installée à Saint-Dié-des-Vosges, leader dans les logiciels destinés à la presse. Sur les 17 développeurs que compte son entreprise, sept ont été formés à l'IUT de Saint-Dié. Et, pour José Levices, l'alternance est une orientation indispensable. « Elle facilite la connaissance de nos besoins auprès des enseignants. Or, comment faire pour un étudiant si l'entreprise dans laquelle il effectue son alternance se trouve soudain à des kilomètres de son lieu de formation ? » souligne-t-il. La demande des entreprises ne laisse pas indifférent ; restent les réticences d'une partie du monde universitaire. Pour le PDG d'Ambalia Cornouaille (emballage alimentaire pour les commerces de proximité), entre formation universitaire et monde de l'entreprise, le décalage reste encore à combler. Côté collectivités, si 63 % des maires des villes moyennes déclarent avoir tissé des liens avec les acteurs économiques du territoire en vue de l'insertion professionnelle des jeunes diplômés, ils sont seulement 24 % à se dire effectivement associés à la stratégie universitaire.
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La Coordination nationale des universités (CNU), en partie à l'origine du mouvement universitaire de l'hiver dernier, s'est réunie mercredi 30 septembre, pour la première fois depuis la rentrée. Elle a d'ores et déjà appelé à une journée de manifestations le 17 novembre. Nous avons encore plus de raisons d'être en colère et de nous battre que l'an dernier , a déclaré cette douzième coordination réunie à l'université de Paris-VIII Saint-Denis, en réaffirmant son refus de la loi LRU [loi relative aux libertés et responsabilités des universités] d'août 2007 sur l'autonomie des universités.
Elle a aussi appelé à bloquer l'élaboration et la remontée des maquettes des futurs masters métiers de l'enseignement , liés à la réforme de la formation des enseignants, qui prévoit de recruter à l'avenir ceux-ci au niveau master 2 (bac + 5). Une nouvelle réunion de la CNU est prévue le 27 octobre dans une université parisienne qu'il reste à choisir. Depuis le vote de la loi LRU , dix-huit universités sont déjà passées à l'autonomie et trente-trois nouvelles y passeront à partir du 1er janvier 2010, sur un total de quatre-vingt-trois universités françaises.
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C'est l'un des grands clichés : la fac forme des chômeurs... La LRU , la loi très contestée sur l'autonomie des universités adoptée en août 2007, a attribué deux nouvelles missions à l'université : l'orientation et l'insertion professionnelle - en plus de la formation et de la recherche. Chaque établissement doit désormais avoir des bureaux chargés de trouver des stages aux étudiants, de les accompagner dans la recherche d'un premier emploi, de suivre les débouchés des différentes filières, etc. Là encore, la situation est très variable. Certaines universités ont transformé leurs anciens services d'information et d'orientation en BAIP (Bureaux d'aide à l'insertion professionnelle), mais sans changer grand-chose ni mettre plus de moyens. D'autres ont vu plus grand, considérant que c'était une priorité.
L'université de La Rochelle se veut exemplaire. Elle a ouvert une Maison de la réussite et de l'insertion professionnelle avec 18 permanents. En lien avec des entreprises de la région, elle propose des stages sur son réseau Intranet, organise des petits-déjeuners sur des thèmes... En mai 2009, Lille-II a lancé un site où les étudiants peuvent laisser des CV, et les entreprises des offres de travail. Chaque composante de la fac gère son propre réseau, avec les étudiants, les anciens et les entreprises. A Paris-II-Panthéon-Assas, la plus grande université juridique de France, cela a été une priorité du président : préparer un annuaire des anciens, à l'instar des grandes écoles, dont l'une des forces est le réseau des anciens élèves. Réseau ou pas, en ces temps de crise, les BAIP vont avoir du travail.
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Trente-trois universités deviendront autonomes le 1er janvier, ce qui portera leur nombre total à 51, sur 85. La LRU - la loi sur l'autonomie des universités d'août 2007 - accorde d'importants pouvoirs aux présidents et confie aux universités la gestion de leurs ressources humaines. Si l'université de la rentrée 2008 était une université qui changeait, l'université de cette rentrée 2009 est une université qui avance. 
Valérie Pécresse le 17 septembre 2009 0,5% C'est la baisse des inscriptions des bacheliers à l'université cette année. Les filières sélectives ont poursuivi leur hausse : + 1% pour les IUT (Instituts universitaires de technologie) et + 2,5% pour les classes prépas, selon le ministère de l'Enseignement supérieur.
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Le président de Rennes-II a reçu un seau de lisier sur la tête le jour de la prérentrée. DEPUIS quatre ans, l'université de Rennes-II subit les attaques régulières d'une cinquantaine d'«  anarcho-autonomes  » sans parvenir à y mettre un terme, au grand agacement de l'équipe dirigeante, exaspérée par la réputation sulfureuse qui entache l'institution.
Il y a quinze jours, son président, Marc Gontard, a reçu un seau de lisier sur la tête alors qu'il accueillait ses étudiants de première année. Les tracts lancés par la dizaine de personnes cagoulées qui l'ont agressé, revendiquaient la création d'une «  université populaire  » avec «  assemblée générale permanente  » et affirment vouloir «  faire tomber Rennes-II  ». «  Bonne année ! La fête recommence  », ont-ils écrit. Ce groupe, Marc Gontard le connaît : «  Ils squattent l'université depuis trois ans. Il s'agit d'un problème de droit commun. Je ne peux plus me battre contre ces gens en tant que président d'université. Cela relève plus de la police et de la préfecture. » Antoine, un jeune homme de 21 ans, a depuis été entendu par la police dans le cadre de cette agression avec d'autres jeunes gens. Ce meneur, «  un intellectuel spécialiste de la subversion  », selon le président Marc Gontard, n'est même pas étudiant, mais «  en recherche d'emploi  ». Il avait d'abord tenté de créer des troubles à Nantes, en 2008, contre la loi LRU , avant d'atterrir à Rennes. À la fin des manifestations universitaires, en avril dernier, le jeune homme surnommé « la Baleine » par les vigiles de la fac en raison de sa corpulence, s'est employé a briser une grande porte vitrée à coups de pied et a été condamné cet été pour ces faits par la justice à 70 heures de travail d'intérêt général et à rembourser la porte. Appels aux autorités publiques «  Visiblement, il a cherché à se venger  », soupire Danielle Charles-Le Bihan, vice-présidente de l'université. Antoine, affirme-t-on à Rennes-II, est entouré d'un groupuscule d'individus qui errent d'université en université et y agite les esprits. Ils profitent des mouvements revendicatifs pour s'infiltrer dans les assemblées générales. Même le syndicat SUD, qui a pu avoir quelques complaisances avec eux, a rompu tout lien ces derniers mois. Toulouse-II, Caen, Orléans, Nantes, Brest ont fait les frais de leurs exactions. Sous prétexte «  d'égalité  », certains ont ainsi pillé un supermarché à côté de l'université bretonne. Mais ce ne sont pas des denrées alimentaires qu'ils ont volées, plutôt de l'alcool, des logiciels et des téléphones... Les présidents des universités de Bretagne occidentale, de Bretagne-Sud et de Rennes-I se sont récemment émus «  de cette dérive d'un mode d'expression et de contestation basé sur la violence qui fait suite à l'agression de Pascal Olivard en mars dernier  ». Ce dernier, président de l'UBO (université de Brest-Bretagne occidentale), a porté plainte, fin mars après avoir été agressé dans une brasserie, proche de sa faculté de lettres. Trois personnes cagoulées ont déversé sur lui un seau d'eau glacé ainsi que des déchets. Le président de Rennes-II s'est, quant à lui, vu reprocher sa «  mollesse  » par une association de parents l'an dernier face à ces agissements. Il a pourtant plusieurs fois fait appel aux autorités publiques : «  Les policiers craignaient qu'une intervention aggrave le problème. L'aide a tardé  », affirme Danielle Charles-Le Bihan. Le campus de Rennes-II, à Villejean, ouvert à tous les vents avec ses dix-sept bâtiments et sa centaine de portes est, il est vrai, très exposé aux intrusions et aux blocages intempestifs. Au printemps dernier, pour que les examens se déroulent correctement, la présidence a donc fait appel à une société de vigiles répartis sur le campus. En dépit de cette ambiance parfois mouvementée, Rennes-II gagne des étudiants. «  Nos effectifs sont en légère hausse par rapport à l'an passé, ce qui atteste que notre université reste attractive  », affirme la direction.
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UNIVERSITÉS Pour éviter les échecs en première année, les établissements s'adaptent. ELLE EST le point aveugle du système éducatif, la statistique qui dément toutes les autres : 50 % d'étudiants échouent en première année d'université. C'est le seul véritable indicateur du niveau des élèves, et les satisfecit qui accompagnent chaque année les résultats du baccalauréat ne sont là que pour faire oublier ce gâchis. Le Plan pour la réussite en licence, lancé par Valérie Pécresse en décembre 2007 dans la continuité de la loi LRU , et qui entre peu à peu en vigueur, se veut une réponse au problème, une façon de proposer des solutions à des étudiants angoissés par cette nouvelle « constante macabre ».
« J'avais demandé une classe préparatoire, explique Aurélie, fraîchement inscrite en histoire après un bac ES mention assez bien, mais mon dossier de terminale n'était pas suffisant. Bien sûr, j'ai peur de me retrouver noyée, de ne pas m'en sortir avec les cours magistraux, la prise de note... Et puis, je ne sais pas comment il faut faire quand on commence à perdre pied, à qui il faut s'adresser. » « Orientation active » Les bacheliers qui arrivent aujourd'hui en première année de licence n'ont pas le profil d'il y a vingt ans. Moins autonomes, ne maîtrisant pas les bases, même dans le domaine qu'ils ont pourtant choisi, ils découvrent dans l'anonymat des amphithéâtres la fragilité de leur formation. Et pour éviter le naufrage collectif, les universités tentent de s'adapter. Dans un nombre croissant d'établissements, les traditionnelles journées d'intégration, avec présentation du campus ou initiation à l'informatique, ont laissé place à des stages de prérentrée, véritable propédeutique au monde universitaire. L'université d'Évry, dans l'Essonne, entend ainsi « désacraliser l'université » aux yeux des étudiants, tout en rappelant quelques connaissances de base. Cours disciplinaires de trois à six heures, travaux sur la prise de notes, les recherches en bibliothèques... le tout proposé gratuitement aux étudiants, alors que les officines de soutien scolaire se lancent activement dans les stages de remise à niveau à destination des étudiants. À Évry, 400, parmi les 1 000 étudiants inscrits en première année, ont répondu à l'appel. Les 730 millions d'euros mis sur la table par le ministère de l'Enseignement supérieur pour rénover la licence permettent de financer notamment le dispositif d'« orientation active » : les élèves de terminale signalent leurs choix d'études supérieures sur Internet. L'université repère les étudiants les plus faibles et leur suggère d'autres parcours ou leur propose un tutorat. Ou comment traiter en aval les carences du primaire et du secondaire.
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Les loyers des studios ne baissent pas. Et pour cause... Sur ce créneau, il y a un vrai déséquilibre entre l'offre et la demande. Notamment en raison des besoins des étudiants. Face à une population de plus de 2,2 millions d'étudiants, le parc public et privé de logements collectifs ne serait que de 300 000 lits. La demande non satisfaite serait de 842 000 lits environ dans les quinze premières villes de France. Les étudiants se tournent donc massivement vers le locatif privé. Mais, avec un revenu mensuel moyen de 582 euros, pas moins de 180 000 étudiants auraient de grandes difficultés à trouver un hébergement. Depuis lundi, l'association Jeudi noir occupe un immeuble du XI e  arrondissement de Paris pour dénoncer la pénurie persistante de logements étudiants. Elle appelle le gouvernement à intervenir pour réguler les loyers.
La loi LRU de 2007 sur l'autonomie des universités et le plan Campus de 2008 ont relancé ce chantier. Le gouvernement met en avant l'ouverture de 25 résidences universitaires et la création de 30 000 chambres depuis 2005 (11 500 selon le Centre national des oeuvres universitaires et sociales). Et des initiatives nouvelles, comme le partenariat signé en 2008 entre le ministère de l'Enseignement supérieur et le ministère de la Défense pour la création de 6 000 logements étudiants dans d'anciens sites militaires d'ici à 2012. Sans intervention publique, la pénurie encourage en tout cas les investisseurs. Le cabinet spécialisé dans l'immobilier CB Richard Ellis voit ainsi dans ce marché une « nouvelle classe d'actifs » qui présenterait l'avantage d'être peu sensible à la conjoncture...A. D.
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ENSEIGNEMENT Plusieurs établissements ont démenti les accusations portées par l'Unef sur les « frais illégaux » et sont rentrés dans le rang. LE RAPPORT du syndicat étudiant Unef, publié le 16 juillet dernier, a conforté la ministre de l'Enseignement supérieur et de la recherche, Valérie Pécresse, dans sa volonté de supprimer définitivement tous les frais illégaux dans les universités. En en faisant son cheval de bataille pour la seconde année consécutive, la ministre s'est engagée à ce qu'il n'y ait pas de frais illégaux à la prochaine rentrée. Alors que la liste de l'Unef est à l'étude au ministère de la Recherche, plusieurs universités sont déjà rentrées dans le rang, comme c'est le cas à Aix-Marseille-III.
À la suite d'une décision de la juridiction administrative en juin 2007, condamnant l'université d'Aix-Marseille-III pour avoir prélevé des frais illégaux, le nouveau président de l'établissement, Marc Péna, arrivé en février 2008, a en juin 2008 abrogé définitivement les frais encore subsistants. Alors qu'en juillet 2008, le syndicat étudiant s'aperçoit que perdurent pour l'IAE (Institut d'administration des entreprises) des frais illégaux, ce dernier s'entretient avec Marc Péna qui dans la droite ligne de la politique qu'il avait impulsée jusqu'alors les supprime. Le site Internet de l'IAE est mis à jour, et les chèques d'acompte des étudiants ne sont pas encaissés. Interrogé sur la question des moyens alloués à l'université, le président d'Aix-Marseille-III reconnaît qu'il y a eu un «  manque à gagner important avec la suppression de ces frais illégaux  » mais que la loi LRU (loi relative aux libertés et responsabilités des universités), adoptée par le Parlement en août 2007, a été une très bonne nouvelle pour les universités. Avec désormais un financement public très complémentaire et la mise en place d'une cohérence dans le financement, le président affirme que son université a tout à fait les moyens de financer l'intégralité des diplômes qu'elle propose. Pour Marc Péna, la campagne de l'Unef sur les frais d'inscription illégaux «  laisse supposer que l'université n'aurait pas les moyens de fonctionner, or c'est absolument faux  », insiste-t-il. D'autre part, plusieurs universités, comme celles de Cergy, de Savoie ou de Strasbourg par exemple, se sont empressées de publier des communiqués de démenti. Alain Beretz, président de l'université de Strasbourg, assure que les accusations portées par l'Unef à l'encontre de son université sont fausses, «  le montant des prestations supplémentaires s'élève tout simplement à zéro euro  ». Si de tels frais ont existé par le passé, la situation a été totalement clarifiée, d'après Alain Beretz. Rivaliser avec les écoles de commerce Les IAE (Instituts d'administration des entreprises) rattachés aux universités, essuient les plus vives critiques de l'Unef, puisque pour eux 27 % des frais illégaux recensés proviendraient de ces formations. À Grenoble II, où l'Unef fait grimper le prix d'une inscription à l'IAE à 4 558,93 euros, l'université affirme que si tous les frais supplémentaires sont comptabilisés, le prix exact ne dépasse pas 1  050 euros. Ces frais supplémentaires, non-obligatoires, serviraient par exemple à l'accès à une salle informatique jusqu'à 22 heures, dont l'ouverture tardive est coûteuse et très difficilement finançable par l'établissement lui-même, d'après un responsable. Pour l'université de Grenoble-II, il s'agit en réalité de rivaliser avec les écoles de commerce, et, dans le cas où un étudiant souhaitant accéder à ces prestations facultatives ne pourrait s'acquitter de ces frais, son cas passe en commission d'exonération. Ainsi, si des spécificités perdurent, la tendance est cependant à une résorption de ces frais illégaux qui devraient à terme disparaître totalement. De quoi satisfaire la ministre.
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33 C'est le nombre d'universités qui vont devenir autonomes au 1er janvier 2010, en même temps que six établissements - dont Normale Sup Ulm et Lyon. La ministre de l'Enseignement supérieur, Valérie Pécresse, qui recevait vendredi à Paris leurs responsables, s'est félicitée du beau succès qui dément bien des pronostics de la LRU (la loi sur l'autonomie), avec au total 51 universités (sur 83) qui disposeront dans six mois de compétences élargies, notamment pour gérer leurs ressources humaines.

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 Ils appellent leurs collègues de bonne volonté à participer dès la rentrée universitaire à l'élaboration collective d'une charte de l'université qui déterminerait les principes de base sur lesquels une vaste majorité d'enseignants-chercheurs se reconnaît et sur lesquels ils ne céderont pas .
 L'enseignement supérieur est devenu aussi important que l'école primaire. Il faut que la collectivité se saisisse de son destin , rappelle le philosophe Marcel Gauchet, l'un des tout premiers refondateurs. Le directeur d'études à l'Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS) estime que loin d'être un aboutissement, la loi LRU [la loi sur la liberté et responsabilités des universités] est d'abord un point de départ à partir duquel les universitaires doivent travailler . A eux donc, à rêver l'université. 5 000 SIGNATURES Ce mouvement s'est cristallisé autour de La Revue du Mauss (Mouvement anti-utilitariste en sciences sociales) et de son numéro sur l'université en crise, sorti en mai. Piloté par le sociologue Alain Caillé, cet ensemble d'articles est écrit au moment où les universités connaissent un hiver et un printemps de protestation contre la politique de la ministre de l'enseignement supérieur, Valérie Pécresse. Les signataires de l'appel viennent de tous horizons. Certains ont apporté leur soutien à la loi LRU mais estiment que si elle n'est pas bien comprise, elle ne peut être endossée. D'autres y sont clairement opposés , rappelle M. Caillé. Aujourd'hui, d'autres les ont rejoints, comme Dominique Plihon, le président du Conseil scientifique d'Attac France. Depuis mi-mai, en effet, Alain Caillé, et les premiers signataires surfent sur la vague porteuse des 5 000 signatures. Ils organisent une première réunion en mai, une seconde le 27 juin. A cette date, ils se mettent d'accord sur le texte diffusé aujourd'hui. L'université est née au XIIIe siècle d'un acte d'auto-création. Elle est née de la rencontre d'étudiants et de professeurs. Aussi faut-il périodiquement réactiver cette dimension. C'est bien le but de ce groupe qui a conscience de ne représenter que le mouvement qui pourrait émerger de cet appel et espère qu'à la rentrée vont s'organiser des débats dans les universités.
**** *s_lemonde *annee_2009 *am_2009-07
L'observateur : Pourquoi les refondateurs , que l'on n'a guère entendu pendant des décennies, se mobilisent-ils dans l'urgence alors même que, pour la première fois depuis bien longtemps un gouvernement entreprend des réformes ? Ne faudrait-il pas plutôt aider aux réformes en cours, y compris par des critiques constructives, plutôt que chercher à faire le grand soir des universités ? Marcel Gauchet : Les critiques que formulent les refondateurs sont constructives. Rien n'empêche un gouvernement de bonne volonté de s'en emparer. Il nous a semblé simplement que les réformes proposées, sur lesquelles nous sommes en grand désaccord, passent à côté d'une partie décisive des problèmes.
Nous proposons de les prendre autrement. Il est inexact, par ailleurs, de dire que les refondateurs se sont tus depuis des décennies. Il y a eu beaucoup de réflexions et de propositions significatives. Simplement elles sont tombées dans un puits sans fond, personne ne les a entendues. Nous avons saisi la chance que nous offrait une situation de blocage manifeste pour essayer de faire entendre un peu de raison et une démarche plus juste. schimeline : Croyez-vous qu'il est possible que l'Université comme institution devienne aussi prestigieuse et importante pour les Français comme elle l'est dans le reste de l'Europe ? Marcel Gauchet : Le prestige des grandes universités françaises ne me semble pas moindre que dans les autres pays d'Europe. Même si aujourd'hui ces institutions sont handicapées d'une manière que ne connaissent pas, en effet, quelques universités privilégiées comme Oxford et Cambridge. Mais le problème français a son équivalent, sous des modalités diverses, ailleurs en Europe. Nous ne sommes pas les seuls à avoir des problèmes. Patrick : Pourquoi ne pas mettre en place une sélection à l'entrée des universités, comme c'est le cas dans bon nombre d'autres pays, afin de mettre fin au nombre catastrophique d'échecs en premier cycle ? Marcel Gauchet : La sélection n'est pas la réponse au problème de l'échec en premier cycle. Il faut raisonner autrement. Sélection veut dire, dans ce qu'il y a de juste dans l'idée, choix des étudiants par les universités en fonction des compétences réclamées par le cursus qu'ils ont pu suivre. Mais en même temps, il faut que tout le monde trouve une place. Si l'idée de sélection passe si mal en France, c'est qu'elle est comprise comme une idée malthusienne. Il y a des gens qui n'auront pas accès à des études universitaires. C'est de cela qu'il faut sortir. La bonne politique, c'est de trouver à chacun une formation adaptée à ses possibilités, au niveau universitaire, dans la diversité des formations que cela réclame. C'est l'uniformité trop grande de notre système qui nous a conduits dans une impasse. Paul H. : Le système universitaire souffre d'un déséquilibre dans la répartition des étudiants dans les différentes filières, en comparaison avec les opportunités professionnelles offertes par ces mêmes filières. Peut-on s'accommoder d'une telle situation ? Sinon comment y remédier ? Marcel Gauchet : Y remédier demanderait d'abord une beaucoup plus grande information sur les débouchés des différentes filières. Nous souffrons d'un déficit d'orientation et d'information des étudiants. On s'aperçoit, en parlant avec eux, que très souvent ils ne savent pas. C'est précisément une des choses que font bien ou les grandes écoles ou les différentes écoles professionnelles de niveau enseignement supérieur. Leur force, c'est de donner à leurs étudiants une image claire des débouchés qui s'offrent à eux. Il faudrait généraliser cette dimension dans toute l'Université, en commençant même, avant l'Université, par le lycée. Nous ne donnons pas suffisamment de cadre aux étudiants qui vont dans des études supérieures, qui sont pour eux un territoire inconnu. David_Miodownick : Deux jours après les résultats du baccalauréat, ne peut-on pas dire que cette illusion pédagogique qui pousse des étudiants qui n'y sont pas nécessairement préparés vers l'enseignement supérieur est un énorme mensonge ? Marcel Gauchet : Il faut redonner à ce problème toute sa profondeur. Il y a dans nos sociétés un mouvement de fond vers l'allongement de la période de formation. Pour une grande partie de la société, les gens qui en ont les moyens, comme ceux qui parfois ne les ont pas, le bac ne constitue pas un sésame pour l'entrée dans la vie active. Ce n'est pas quelque chose de clair dans l'esprit des gens, mais il va de soi pour eux que jusqu'à 22, 23, 25 ans, on est dans une période de formation. C'est lié à mon avis à l'allongement de la durée de la vie, qui allonge la période d'éducation. Il faut bien répondre à cette demande, qui crée un grave problème d'orientation. On y revient. Il faut informer les étudiants qui, en effet, au sortir du bac, n'ont aucune vocation professionnelle précise. Il faut leur permettre d'acquérir cette image du paysage social où ils vont devoir entrer. Et encore une fois, l'une des forces des filières sélectives et du système classes préparatoires-grandes écoles, c'est d'informer beaucoup plus leurs élèves. Il faut généraliser ce qui n'est pour le moment qu'un privilège. Asanya : Pourquoi ne pas intégrer les classes préparatoires dans les universités ? Marcel Gauchet : C'est une question dont nous avons longuement débattu entre nous, à l'intérieur du groupe de refondateurs. Ce ne sont pas des choses qui se décident d'un trait de plume. Les classes préparatoires sont un acquis historique tout à fait propre au système d'enseignement français. Il n'y a aucune raison d'en dilapider les acquis, qui sont réels. Il s'agit bien plutôt d'en tirer des leçons pour l'ensemble du système d'enseignement supérieur. Il ne s'agit pas de diluer les classes préparatoires dans les universités, il s'agit de permettre aux universités de faire aussi bien que les classes préparatoires, même si cela se fera dans une autre perspective, moins tendue vers des concours, notamment. karim : Comment comptez-vous par votre réforme diminuer le fossé qui existe entre les grandes écoles et les universités ? Marcel Gauchet : Il y a deux problèmes très différents. La compétitivité intellectuelleet les avantages sociaux. Il ne s'agit pas de rabaisser les grandes écoles pour les mettre sous la toise des universités, il s'agit de donner aux universités les moyens d'une compétition à égalité avec les grandes écoles. Qu'il y ait des établissements d'excellence, pourquoi pas ? C'est très bien, mais donnons à ceux qui ne sont pas dans cette position privilégiée des moyens qui leur permettent de soutenir la comparaison et de partir sur une ligne de départ équivalente. villegagnons : L'Université est-elle responsable du déclassement social ? Marcel Gauchet : Non, elle n'en est pas responsable. Le déclassement social, malheureusement, est un phénomène social, comme son nom l'indique. L'Université n'a aucun pouvoir d'action directe sur la structure sociale et l'organisation des emplois. La pire des réponses serait de dire : puisque certains emplois se raréfient, raréfions en amont la capacité de formation. lol06 : Le système anglophone de programme à la carte permet de raisonner non pas en année scolaire mais en nombre de points pour obtenir un diplôme et permet d'éviter les redoublements et autres sessions de rattrapage de septembre. Cette solution ne laisserait-elle pas plus de liberté à l'étudiant ? Marcel Gauchet : Mais c'est déjà largement ce qui se passe avec les systèmes de crédits qui sont incorporés dans la réforme dite LMD, qui uniformise les parcours européens. Pourquoi pas ? Mais ce n'est pas une idée révolutionnaire. Elle est déjà en œuvre. Timmy : Les universités françaises font pâle figure dans les grands classements internationaux. Les réformes envisagées souhaitent-elles privilégier l'apparence (l'illusion de meilleurs classements) ou le fond (la qualité des institutions, qui impliquera aussi de meilleurs classements) ? Marcel Gauchet : La bonne réponse à ce fameux classement de Shanghaï, en particulier, c'est de le soumettre à une bonne analyse, et d'en proposer éventuellement de meilleures. Personne ne peut interdire à personne d'opérer des classements des établissements à l'échelle internationale. C'est normal. Mais on peut en proposer d'intelligents. C'est, je crois, une idée en gestion au niveau européen. Je ne sais pas où elle en est. Mais n'oublions jamais que ces classements classent essentiellement deux secteurs disciplinaires : les sciences exactes et les sciences économiques. Le reste compte aussi, mais il ne se mesure pas du tout de la même façon. Là est la difficulté. Le rôle des universités au service de la collectivité est ce qu'il y a de plus difficile à apprécier. Et pourtant, c'est bien sûr le plus déterminant. Asanya : Les sciences humaines (philosophie, littérature, sociologie... sont souvent critiquées en raison des flots d'étudiants qu'elles accueillent en l'absence de débouchés suffisants. Ces disciplines sont-elles à réformer en priorité ? Marcel Gauchet : Du point de vue de l'intérêt du pays, je vous signale que dans l'autre sens, l'absence d'étudiants en sciences exactes est un problème tout aussi grave, et peut-être encore plus crucial pour l'avenir. Si nous n'avons plus demain d'enseignants valables en sciences, où en sera le pays ? C'est une éventualité qui n'est nullement à exclure. Le vrai problème est en fait le développement, à côté de l'Université, d'un réseau d'écoles qui se développent hors de tout contrôle, en offrant des perspectives pseudo-professionnelles, qui représentent parfois une véritable duperie pour les familles qu'on fait payer cher pour des formations dont personne ne peut garantir la qualité. S'agissant des sciences humaines et sociales (SHS), la vraie réforme est en amont. Elle consiste dans une information et une orientation des étudiants dès le niveau lycée, qui empêcheront d'en faire, comme c'est le cas aujourd'hui, des choix par défaut. C'est moins de l'intérieur qu'elles posent problème que dans le rôle qu'on leur fait jouer. Mais pour cela, il faut raisonner à l'échelle de l'ensemble du système d'enseignement supérieur. C'est notre cheval de bataille prioritaire. David_Miodownick : Etes-vous opposé à l'introduction de modules consacrés à la vie de l'entreprise afin de ne pas déconnecter les filières d'humanités (histoire, langues, sociologie) du marché de l'emploi ? Marcel Gauchet : Non, personnellement, je n'ai aucune opposition de principe. Ce n'est qu'une affaire d'exécution. Il faut bien réfléchir à la manière de le faire pour que cela réponde à une demande. Et on peut tout imaginer dans ce domaine. Larkinsky : L'autonomie des universités semble être un succès (33 nouvelles en janvier 2010). La prochaine réforme ne devrait-elle pas en être facilitée ? Marcel Gauchet : Que veut dire succès dans ce cas précis ? C'est tout le problème. Succès est un mot absurde. On offre aux universités une possibilité, qu'elles adoptent ou non, étant entendu qu'elles seront obligées d'y venir tôt ou tard. Donc le succès est purement chronologique. Le processus va plus vite qu'on ne l'avait anticipé. Sur le fond, le problème, sur lequel il y a débat à l'intérieur même de notre petit groupe, est de savoir si cette autonomie est une base de départ opératoire ou si c'est une voie par principe néfaste, qui rendra plus difficile les aménagements ultérieurs. Pour le moment, ce débat ne sera tranché qu'à l'épreuve de l'expérience. Il y a un problème de gestion des universités, pour laquelle l'autonomie, telle qu'elle est définie dans la loi dite LRU , est peut-être une solution valable, en tout cas acceptable. Mais la gestion n'est qu'un moyen, il y a d'autres questions, en particulier celle de la qualité scientifique des universités. Et là-dessus, on peut en revanche avoir des doutes. Pour me résumer, l'autonomie n'est qu'un mot, et un mot piège. Quand on a dit autonomie , on n'a rien dit. Le problème, c'est de définir le contenu de cette autonomie. C'est là que le bât blesse. Et c'est une question difficile à expliquer en dehors de l'Université tant elle recoupe des choses diverses. Paolo Maldini : L'Université est gratuite en Norvège. A contrario, elle est très chère aux Etats-Unis. Quelle est la bonne politique à adopter pour les frais d'inscription ? Marcel Gauchet : La gratuité a en France pour elle notre culture de l'école républicaine. Si l'Université devient une université de masse, elle devient au fond un prolongement de la scolarité générale gratuite. C'est pourquoi cette idée est tellement populaire dans le pays, et c'est normal. On le comprend très bien. En même temps, il faut bien voir que la formation universitaire reste dans une génération un privilège relatif. Tous n'y ont pas accès. Ce privilège est en plus un multiplicateur de privilèges, puisqu'il permet d'accéder à des positions sociales globalement avantagées. A tout le moins, il serait logique de donner à ceux qui n'ont pas accès à l'Université une compensation de ce que coûtent les études universitaires. Et devant ce privilège, on est bien obligé de se demander si l'Université relève de la même logique que la scolarité obligatoire, de la maternelle au lycée. Ou bien est-ce qu'elle est quelque chose à part, où il s'agit de demander à ceux qui en bénéficient de participer aux frais considérables que cela représente pour le pays, selon les règles générales de la justice sociale. On paie en fonction de ses moyens. C'est un énorme débat, qui doit être posé devant le pays. Personne ne peut le trancher sans une consultation très large de l'opinion. C'est un débat fondamental de choix politique. Les Norvégiens ont les moyens de s'offrir ce luxe. Ils en ont fait une priorité. C'est un choix collectif. A nous d'en faire un vrai sujet de débat public. Ce n'est pas à des ministres de trancher une telle question tant elle est lourde de complications. Utilisateur5 : Dans ce que vous dites, il y a beaucoup de principes. Mais quelles actions concrètes proposez-vous ? Marcel Gauchet : Mais nous n'avons pas la prétention de nous substituer aux politiques. Nous essayons de faire émerger une conscience publique des enjeux de ce problème de l'Université et des choix qu'il demande. Nous n'allons pas nous installer dans la position de décideurs imaginaires, ce serait ridicule. Nous essayons de mettre en circulation des idées d'abord compréhensibles par tout le monde, et ensuite capables d'inspirer des politiques plus justes et plus pertinentes. C'est tout. David_Miodownick : Le syndicalisme enseignant n'est-il pas le principal frein à une véritable refondation du monde universitaire ? Marcel Gauchet : Non, je crois qu'il serait absurde de dire qu'il est un frein. Je crois que la chose se passe autrement. Il est très peu représentatif, tout le monde le sait. Il est en même temps l'interlocuteur obligatoire des pouvoirs publics. Faute d'autres interlocuteurs. En effet, un ministre, quel qu'il soit, ne peut pas s'adresser individuellement à l'ensemble des enseignants supérieurs ou d'ailleurs. Nous sommes dans une sorte d'apesanteur sociale. C'est plutôt comme cela qu'il faut définir la situation. L'essentiel, encore une fois, ce sont les idées qui peuvent être discutées aussi largement que possible qui permettent de faire des choix raisonnés et qui peuvent recueillir un consensus minimal des acteurs. C'est en effet ce que le syndicalisme ne permet pas aujourd'hui, il faut donc trouver d'autres voies. Entropie_maximum : Quand on lit la déclaration de M. Tassel, responsable du Snesup, dans Le Monde récemment, peut-on être optimiste quand on sait que le Snesup émet des mots d'ordre qui conviennent très bien aux aspirations du ventre mou universitaire, non syndiqué mais qui ne veut surtout pas que les statuts et les obligations de service soient modifiés ? Marcel Gauchet : Je ne partage pas votre diagnostic sur l'adéquation des mots d'ordre du Snesup à la grande masse des universitaires. Je crois que le sentiment qui domine cette grande masse des universitaires est l'inquiétude devant des évolutions peu compréhensibles et inspirées par des considérations qui échappent à tout le monde. Ce pourquoi, d'ailleurs, notre accent principal porte sur la nécessité de procéder tout autrement dans une démarche de réforme, quelle qu'elle soit. Ce qui jette la grande masse dans les bras des syndicats, c'est l'absence d'information et de politique lisible. David78 : Bonjour, je suis étudiant en droit, et je m'interroge sur l'apolitisme de votre mouvement des refondateurs . N'est-ce pas masquer l'aspect fondamentalement politique des débats actuels, au profit d'une vision naïvement œcuménique consistant à croire que tous les problèmes peuvent se régler dans la concorde et la bonne entente ? Marcel Gauchet : Mais nous avons au contraire une idée politique qui me paraît plus sophistiquée que cette vision naïve d'une politique qui consiste dans l'affirmation abstraite de positions qui ne tire pas à conséquence. La vraie politique, dans la démocratie, consiste dans des compromis négociés entre des visions opposées. C'est très exactement ce que nous faisons. Nous partons d'analyses très différentes, et sur l'Université et sur la politique générale, mais nous sommes bien convaincus qu'il faut aboutir à des compromis acceptables relativement par tout le monde. françois : Dans une société qui caricature la culture, ne vivons-nous pas une nouvelle période de haine du savoir, de la culture et des valeurs non marchandes ? Marcel Gauchet : Le vocabulaire de votre question me gêne un peu, parce que je ne suis pas sûr que l'idée d'une haine du savoir ou de la culture soit la bonne. Après tout, n'oublions jamais que nous sommes devant un mouvement historique d'élargissement de l'accès libre par les individus au savoir et à la culture. Et dont l'Université est une des composantes, mais pas la seule. Ce qui est vrai, c'est que s'agissant de l'Université, mais d'une façon qui me paraît correspondre à une logique technocratique aveugle bien plus qu'à une haine spécifique du savoir ou de la culture, les réformes en cours menacent une certaine idée du savoir et de la culture. Elles tendent à déculturer un savoir qui devient une caricature de savoir, et elles tendent inconsciemment à séparer le savoir de la société, à en faire une sorte de ghetto ésotérique fermé sur lui-même. Là est le grand péril du mouvement en cours, et qui ne se réduit pas à la loi LRU . C'est une évolution qui vient de bien plus loin et qui est d'une extension générale, qui touche tout le monde dans le monde. C'est une des raisons fortes, à mon sens, du combat que nous menons. Il est aussi un combat pour défendre une certaine idée de la connaissance dans un domaine dont la particularité est qu'il retentit sur l'ensemble de la société. On peut ne pas connaître la physique la plus avancée, il est difficile aujourd'hui d'ignorer ce que les sciences de l'homme et de la société ont apporté au XXe siècle à la compréhension du monde de tout un chacun. C'est la dimension la plus profonde de la bataille en cours actuellement. Et à mes yeux, c'est le véritable enjeu de toutes ces affaires. Ce n'est pas simplement le statut des universitaires, c'est la place du savoir, dont l'Université est un des canaux privilégiés, dans la vie de nos sociétés.
**** *s_lemonde *annee_2009 *am_2009-07
Trente-trois nouvelles universités vont passer à l'autonomie à partir du 1er janvier 2010, annonce Valérie Pécresse, la ministre de l'enseignement supérieur, jeudi 8 février. Après 18 premières universités passées à l'autonomie début 2009, il y en aura au total 51 autonomes l'an prochain, sur les 83 universités du pays. La loi relative aux libertés et aux responsabilités des universités ( LRU ) prévoit le passage de toutes les universités françaises à l'autonomie d'ici 2012. La ministre recevra les présidents des 33 universités vendredi. Contrairement à toute attente , il y aura donc 60 % d'universités autonomes dès 2010, a déclaré Mme Pécresse sur France 2, alors qu'elle n'avait jusqu'alors donné son feu vert qu'à 21 nouvelles universités autonomes l'an prochain. Les premières universités déjà autonomes ont donné envie aux autres , l'aspiration à l'autonomie ne se dément pas , a ajouté la ministre.
Les 18 établissements universitaires déjà passés à l'autonomie budgétaire et des ressources humaines au 1er janvier dernier sont Aix-Marseille-II, Cergy-Pontoise, Clermont-Ferrand-I, Corte, Limoges, Lyon-I, Marne-la-Vallée, Montpellier-I, Mulhouse, Nancy-I, Paris-V (Descartes), VI (Pierre-et-Marie-Curie) et VII (Diderot), La Rochelle, Saint-Etienne, Strasbourg, Toulouse-I et l'université technologique de Troyes. Les 33 suivantes, autonomes le 1er janvier prochain, seront Aix-Marseille-I et III, Angers, Avignon, Besançon, Bordeaux-I et II, Brest, Clermont-Ferrand-II, Compiègne, Dijon, Grenoble-I, Lille-II, Littoral Côte d'Opale (Dunkerque), Lorient, Lyon-III, Metz, Montbéliard, Montpellier-II, Nantes, Nice, Paris-II (Assas), XI (Orsay), XII (Val-de-Marne) et XIII (Villetaneuse), Pau, Poitiers, Rennes-I et II, Toulouse-III, Tours, Valenciennes et Versailles-Saint-Quentin, indique un communiqué du ministère.
**** *s_libération *annee_2009 *am_2009-06
Après un mouvement exceptionnellement long - quatre mois -, les cours ont repris, les étudiants passent leurs examens. La crise est-elle surmontée ? Olivier Beaud : Je ferais un bilan en demi-teinte. La mobilisation a été très forte. C'est même la première fois, depuis quarante ans, que l'on a vu les universitaires ainsi dans la rue. Les résultats sont toutefois assez maigres. Le ministère a fait des concessions mais mineures. Et il a fait passer ses deux réformes - sur le statut des enseignants-chercheurs et sur la formation des enseignants - sans toucher à leur cœur. Pour le statut, sujet que je connais le mieux, il s'agissait de faire des enseignants-chercheurs un personnel à la disposition des présidents d'université. Or les universitaires, très attachés à leur liberté, ont peur de l'arbitraire présidentiel car la LRU [la loi sur l'autonomie des universités votée en août 2007, ndlr] a été bâclée et ne prévoit aucun contre-pouvoir. Le danger de cet arbitraire demeure.
Craignez-vous une relance du mouvement à la rentrée ? OB : Je ne peux rien prédire. Je ne suis pas pour la grève, toujours. Je n'avais moi-même jamais fait grève avant. Mais les gens sont très déçus, amers, parfois désespérés, notamment en ce qui concerne la mastérisation , la réforme de la formation des enseignants. Elle était censée être suspendue. Or elle a été précipitée, car le gouvernement pense avoir gagné. C'est une sorte de provocation. Bernard Ramanantsoa, même si HEC n'a pas été touché par des grèves, vous avez suivi la crise. La comprenez-vous ? B.R : D'abord je crois qu'il faut arrêter d'opposer les deux mondes. Moi-même, j'ai fait plusieurs DEA à l'université, ainsi qu'une thèse. Je ne me sens donc pas en opposition identitaire. Je comprends cette crise. Je partage même certaines craintes. La France s'est très peu occupée de son enseignement supérieur et de sa recherche pendant des années. Cela va mieux depuis quelques années où il y a un intérêt renouvelé, un début de prise de conscience j'espère. Aujourd'hui, la déconsidération du métier d'enseignant-chercheur, de professeur, est un phénomène social. Rien que pour cela, je comprends qu'il y ait eu cet agacement, cet énervement, cette colère pour certains. Je ne suis donc pas surpris. OB : Ce que vous dites sur la déconsidération du métier d'universitaire est tout à fait juste. La seule chose dont on peut faire crédit au gouvernement, c'est d'avoir rompu avec l'immobilisme. Depuis quinze ans, les ministres qui se sont succédé ont tout fait pour ne rien faire : ils ne voulaient pas d'ennuis. On a laissé la situation pourrir à un point insupportable. Il y avait déjà un terreau : la très importante dégradation des conditions de travail des universitaires. Ceci explique en partie la fuite de beaucoup de très bons chercheurs à l'étranger, pour des raisons financières mais aussi pour de meilleures conditions de travail - des moyens, du temps libre, des labos, des bibliothèques pour le droit et les sciences humaines. Mais les universitaires sont aussi en partie responsables car ils se sont laissé trop longtemps imposé des réformes. Ils se sont révoltés cette année car il y avait une conjonction de réformes. Mais il aurait fallu réagir avant. Cette déconsidération touche aussi les grandes écoles ? BR : Socialement, elle ne s'arrête pas à l'entrée d'HEC ou de Polytechnique. Il faut toutefois reconnaître, notamment concernant les conditions matérielles, qu'une institution comme HEC est dans un meilleur environnement qu'une université. On a plus de moyens que nos collègues universitaires, on est donc moins tristes. La Chambre de commerce nous aide très significativement. Depuis quelques années, on a en outre un complément de la fondation HEC qui réunit des entreprises et des donateurs individuels. En même temps, à HEC, nous sommes tous persuadés que l'on fait face à une concurrence internationale en termes de recherche et d'attractivité, c'est-à-dire de capacité à attirer les meilleurs étudiants. Le jeu est international. Un sentiment qui n'est pas toujours partagé au sein des universités. Jugez-vous que le gouvernement ne met pas assez de moyens dans le supérieur ? BR : Il est clair, y compris à HEC, que nous n'avons pas les moyens de nos meilleurs collègues étrangers. Si l'on regarde nos performances - à partir de deux critères, la capacité à attirer les meilleurs élèves et la publication dans les meilleures revues mondiales -, nous ne sommes pas ridicules. Mais c'est de l'ordre du miracle. Et je ne suis pas convaincu que ça va durer. Car il y a un grand problème de moyens, au-delà des rémunérations, cela signifie des équipes, des bases de données, des bibliothèques, des budgets pour les déplacements... La recherche dans le supérieur est un investissement très coûteux. Mais je ne suis pas persuadé que le gouvernement doive financer cela à lui seul. Pour les universités aussi, il faut poser la question des sources de financement. OB : J'ai une divergence sur cette idée de compétitivité selon laquelle il faudrait rémunérer davantage les meilleurs professeurs. Cette course à l'excellence, c'est aussi un peu l'idée de Valérie Pécresse : donner des primes d'excellence, dégager une sorte d'élite des universitaires. Je ne suis pas sûr que ce soit la meilleure solution. Je suis pour la concurrence. Quoi qu'on dise, elle existe déjà : un enseignant commence dans une petite université, puis s'il est reconnu, mute dans une autre plus réputée. Je suis un peu inquiet devant cette idée que l'on va améliorer l'université si l'on paie énormément certaines stars. Qui décide qui sont les stars ? Les présidents d'université ? Attention à la dérive. Avant d'entrer dans cette logique, il faut assurer de bonnes conditions de travail. Le mathématicien d'origine russe Gromov, qui a eu le prix Abel cette année, travaillait aux Etats-Unis où il gagnait beaucoup plus. Il est venu en France car on lui donnait ce qu'il n'avait pas : de la liberté, du temps. Tout n'est pas question de rémunérations - même si celles en début de carrière sont indécentes. Je ne suis pas pour un marché des universitaires comme pour les joueurs de foot. On sait ceux qui marquent les buts, une telle objectivité n'existe pas pour nous. On risque une inflation des coûts et des traitements, et que cela se répercute sur les étudiants. Aux Etats-Unis, les frais de scolarité ont explosé à Harvard, en partie parce que l'on a voulu attirer à prix d'or des universitaires. BR : Ce n'est pas un problème de stars. Mais il y a des équipes de chercheurs d'où émergent certains leaders, ceci à l'échelle mondiale. Il faut être capable de les attirer. C'est bien un problème de rémunérations, mais aussi d'environnement et de contexte de recherche. Ça ne peut être la décision d'un seul homme, qu'il soit directeur d'une école ou président d'université. L'évaluation d'un chercheur par les pairs est très importante. Ce ne peut être la responsabilité d'un seul. Mais cela ne doit pas empêcher de pouvoir évaluer. Sur ce point, vous auriez presque pu défiler avec les universitaires qui voulaient continuer à être évalués par leurs pairs. Mais quelle réforme ensuite ? OB : On nous a reproché d'être uniquement dans la défensive : vous protestez, vous êtes contre mais que proposez-vous ? Il nous a effectivement manqué une force de proposition. Nous n'avions pas le temps, il a fallu nous défendre contre une agression . C'est pour cela que j'ai rejoint l'appel à une refondation dont les sociologues Alain Caillé et François Vautin sont à l'origine. La grande idée de ce manifeste, c'est qu'on ne peut penser l'université sans voir ce qu'il y a à côté. Le diagnostic initial de Vautin est que les étudiants fuient l'université. Elle est très déconsidérée en France pour des raisons historiques, pas seulement conjoncturelles. On y va lorsqu'on ne peut aller ailleurs. Les universitaires se retrouvent dès lors face à un public très hétérogène. Je fais un cours de droit constitutionnel en première année à 600 étudiants au niveau hétérogène, c'est très compliqué. Quand on nous accuse d'avoir des taux d'échec trop importants, je trouve cela scandaleux. Il faut essayer de penser l'enseignement supérieur dans sa globalité. Nous ne contestons pas l'idée démocratique selon laquelle tout bachelier a droit d'accéder à l'enseignement supérieur. Mais pourquoi l'université serait-elle le seul endroit qui n'aurait pas le droit de choisir ses étudiants à un moment donné ? Est-elle destinée à rester la voiture-balai de l'enseignement supérieur ? Les étudiants font le choix d'aller dans les grandes écoles, ou lorsqu'ils ne peuvent pas, dans les filières courtes - BTS (brevet de technicien supérieur), IUT (institut universitaire de technologie) - et, dans le secteur privé, des écoles qui prolifèrent et qui n'offrent aucune garantie de qualité. Les universités étant le second choix, les étudiants arrivent démotivés. Or, souvent, ils ont affaire à des universitaires de qualité. Il y a là une contradiction. Il paraît que c'est un tabou de parler de sélection. Dans le manifeste, nous en parlons pourtant pour entrer en M 1 (la première année du master, à bac plus quatre. Actuellement la sélection se fait à l'entrée du M 2). Il faudrait que les universités puissent choisir les étudiants pouvant aller dans telle ou telle filière. On devrait avoir le droit de dire : vous avez la capacité d'aller dans cette filière, mais si vous ne maîtrisez pas la langue française - comme certains en première année -, c'est difficile de faire des études de droit. BR : L'opposition grande école-université est un cliché un peu facile. Les choses ont énormément changé sous l'impulsion du ministère de l'Enseignement supérieur. Les très grandes écoles ont un corps professoral permanent, fortement évalué par la recherche. A HEC, nous avons 110 professeurs permanents qui enseignent et cherchent. Il y a cinquante ans, il n'y avait que des vacataires. La plupart des écoles de gestion sont obligées d'être évaluées par une commission officielle : pour pouvoir délivrer des grades de master, elles doivent prouver qu'elles font un minimum de recherche. La notion de voiture-balai doit être affinée. Les classes prépas ne font pas le plein. Et il y a des universités où les étudiants se précipitent : pour le droit à Paris-II ou l'éco-gestion à Dauphine (qui a un statut particulier de grand établissement lui permettant de sélectionner à l'entrée). OB : Que l'université soit un second choix est un fait. A ma connaissance, la France est même le seul pays au monde où cela fonctionne ainsi. Il y a en outre une concurrence inégale entre les grandes écoles et les universités. Une inégalité qui risque de s'accroître. Puisqu'on les dote d'un corps professoral permanent qui fait aussi de la recherche, les grandes écoles vont venir faire leur marché et débaucher des universitaires. Il faudrait que les universités soient à armes égales. Comment cela se fait-il que Sciences-Po ait pu recruter récemment une dizaine de professeurs de droit ? Son directeur arrive à créer des postes et fait venir des professeurs mieux rémunérés. Face à cela, les universités sont complètement démunies. C'est cela la concurrence déloyale : on ne peut recruter les étudiants qu'on veut et maintenant on risque de perdre des universitaires attirés par les meilleures conditions des grandes écoles. C'est un débat de fonds pour les dix prochaines années. Il faut un minimum d'équité. L'Etat doit garantir une concurrence libre et loyale. Or il est juge et partie et il favorise systématiquement Sciences-Po par le simple fait de lui octroyer des postes. On cite les écoles de médecine, les facs de droit. Mais beaucoup d'étudiants de médecine, ou de droit, réussissent la première année en payant des formations privées. C'est une vraie inégalité sociale. Les syndicats étudiants comme l'Unef, qui défendent la non-sélection, ne voient pas qu'elle se retourne contre les gens d'origines modestes. De ce point de vue, la gauche a complètement raté sa politique universitaire. Elle n'a pas su donner les conditions matérielles pour que tous, quelle que soit leur origine, réussissent à l'université. BR : Les conditions de la concurrence ne doivent évidemment pas être déloyales. Elles l'ont été longtemps et le sont encore majoritairement. Mais je constate que l'université de Toulouse, avec son Ecole d'économie (après le master), ou Dauphine sont capables d'attirer les meilleurs chercheurs. Mais le grand problème, ce sont surtout les premières années à l'université... OB : Certains suggèrent de supprimer les classes prépas. Je suis très sceptique : c'est dangereux de supprimer une chose qui fonctionne bien pour une autre qui ne marche pas si bien - le système universitaire. Nous proposons, nous, de réformer le premier cycle et de créer une propédeutique sur un an ou deux. L'idée est de dire que l'université a trop spécialisé ses formations, et cela trop tôt. Il faut qu'elle retrouve des formations plus générales - c'est la force des prépas. BR : La propédeutique à l'université, c'est très bien. L'idée lancée par Valérie Pécresse d'ouvrir des prépas à l'université, également. Là où je tilte un peu, c'est lorsque je vois dans le manifeste qu'il faudrait que les classes prépas soient dans les universités. Ce serait détricoter quelque chose qui marche, sans savoir quel tricot on va faire.
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Zaki Laidi est directeur de recherche à Sciences-Po. Il est l'auteur d'une douzaine d'ouvrages consacrés aux relations internationales et aux affaires européennes. Son dernier ouvrage est intitulé, La norme sans la force. L'énigme de la puissance européenne (Presses de Sciences-Po 2008). A partir de ses travaux, il s'est intéressé aux enjeux politiques français notamment la difficulté de la gauche à se penser face à la mondialisation. Ancien conseiller spécial de Pascal Lamy, il est également le fondateur de Telos, agence intellectuelle en ligne, où plus d'une centaine d'universitaires commentent l'actualité pendant l'année. Il est enfin membre du comité national de suivi de la loi LRU . Tous les samedis, l'actualité vue par un intellectuel, un écrivain, un artiste. La semaine prochaine : Pierre Hanot. Le mouvement social affectant la parution des journaux ce week-end nous a contraints à décaler exception-nellement la parution de cette chronique. Toutes nos excuses.

**** *s_libération *annee_2009 *am_2009-06
Dans les universités, durant les trois derniers mois, s'est développée une mobilisation inédite, tant dans sa durée et son intensité que dans son unité. Elle manifeste l'ampleur du refus - que le Snesup a exprimé dès l'été 2007 - de la communauté universitaire aux choix qu'on veut lui imposer. L'adoption de la loi dite libertés et responsabilités des universités ( LRU ) dans le prolongement du pacte recherche de 2005, présentée comme la priorité du quinquennat de Nicolas Sarkozy, a confirmé le processus de déstructuration en profondeur du service public d'enseignement supérieur et de recherche.
Depuis deux ans, l'empilement des décrets de mise en œuvre des principes de la loi LRU s'est produit à un rythme accéléré. Il a été en particulier marqué par le passage en force d'un décret sur les conditions de recrutement des enseignants-chercheurs, puis d'un décret sur leur statut, les exposant aux pressions locales, remettant en cause les libertés scientifiques et pédagogiques. A cela s'ajoute le processus de démantèlement des organismes de recherche, et une modification profonde de la formation et du recrutement des professeurs des écoles, des collèges et lycées. Alors que le budget 2008 ne présentait aucune création d'emploi - situation inédite depuis quinze ans -, celui de 2009 a créé la stupeur dans les universités et les organismes de recherche en prévoyant plus de 1 000 suppressions d'emploi dans l'enseignement supérieur et la recherche. C'est l'ensemble de ces attaques que nous condamnons, en portant nos revendications solidaires sur le recrutement et le statut des universitaires, la formation des maîtres, les moyens et les emplois pour le service public, le développement en coopération de la recherche universitaire et des grands organismes. Malgré ses contradictions et ses formulations culpabilisantes envers les universitaires, l'appel des refondateurs de l'université (le Monde du 16 mai) révèle la gravité des coups portés à l'université. Certes avec les précautions d'usage, ce texte porte les stigmates d'une conception de l'université à deux vitesses. Sans les nommer, des collèges universitaires ouverts à tous les bacheliers, sortes de propédeutiques aux accès contingentés, prépareraient à une entrée sélective en master. A ce niveau d'études, il conviendrait de laisser les établissements autonomes jouer leurs propres atouts dans une concurrence devenue loyale , par l'adjonction massive de moyens. Cette conception est fondamentalement en rupture avec notre exigence de démocratisation de l'enseignement supérieur et de la recherche. Mais, même si la ministre prétend dans sa réponse ( Refonder l'université française : notre défi commun , publié dans le Monde du 19 mai) que ce texte témoigne des possibilités d'accord sur sa politique, le passage du manifeste traitant de la gouvernance de l'université est révélateur. Que les signataires considèrent comme indispensables de réels contre-pouvoirs face aux présidents d'université ; une réforme du recrutement des universitaires qui permette d'échapper au clientélisme et au localisme ou encore de mettre un terme à la concurrence généralisée entre équipes, induite par la généralisation du financement contractuel justifie une fois de plus le bien-fondé des luttes engagées par le Snesup. Face aux dernières mobilisations, le gouvernement a alterné provocations et concessions mais, en fin de compte, a dû reculer par rapport à ses visées initiales, sur les emplois, sur une augmentation généralisée des services d'enseignement, sur les promotions des collègues... Ce sont autant d'accrocs à la politique gouvernementale à mettre au crédit de plus de trois mois d'une exceptionnelle mobilisation. Pour autant, le gouvernement refuse d'entendre les raisons profondes de la colère des universitaires. Non, nous ne sommes pas tous perdants ! Non, la contestation n'est pas prête à s'éteindre ! Nous ne sommes pas tombés dans le piège, tendu par le pouvoir en place, qui consiste à opposer poursuite de la mobilisation et validation de l'année universitaire. Notre capacité à résister dans la durée avec le soutien de l'opinion est porteuse des germes à même d'impulser un nouveau cadre législatif, garant d'un service public d'enseignement et de recherche unifié, riche, diversifié, permettant l'accès aux études du plus grand nombre, fondé sur la collégialité et sur la réponse aux besoins de société.
**** *s_libération *annee_2009 *am_2009-06
Au 1er janvier 2010, 21 universités deviendront autonomes en matière budgétaire et de ressources humaines au 1er janvier 2010. Elles suivront les 18 qui sont déjà autonomes depuis le 1er janvier, dans le cadre de la loi LRU qui prévoit que les 83 universités françaises le deviennent d'ici à 2012. Ces 21 établissement sont Aix-Marseille-III, Besançon, Bordeaux-I et II, Brest, Clermont-Ferrand-II, Lille-II, Littoral Côte d'Opale (Dunkerque), Lyon-III, Metz, Montpellier-II, Nice, Paris-II, XI et XII, Toulouse-III, Tours, Valenciennes, Versailles-Saint-Quentin, ainsi que les universités technologiques de Montbéliard et Compiègne. Les deux écoles normales supérieures de Lyon s'ajoutent à ces universités. Plusieurs dispositions de la loi LRU ont été au cœur du mouvement de grève dans les universités.

**** *s_humanité *annee_2009 *am_2009-05
Rappel des faits Les universités françaises et les organismes de recherche viennent de vivre quatre mois d'une intense mobilisation. À l'origine de
la colère, la loi sur les libertés et responsabilités des universités ( LRU ) du 10 août 2007. Alors que celle-ci avait déjà fait l'objet de nombreuses protestations, la présentation par le gouvernement de ses décrets d'application a mis le feu aux poudres. «À budget comparable, un chercheur français publie de 30 à 50 % en moins qu'un chercheur britannique dans certains secteurs. Évidemment, si l'on ne veut pas voir cela, je vous remercie d'être venus, il y a de la lumière, c'est chauffé... on peut continuer, on peut écrire. » Le 22 janvier 2009, le monde de l'université et de la recherche est pris de stupeur en prenant connaissance du discours, prononcé à l'Élysée devant un parterre de scientifiques, du président de la République. Déjà soumis depuis plusieurs années à la dégradation constante de leurs conditions de travail, inquiets des conséquences concrètes de la loi LRU , dont ils perçoivent plus précisément les effets avec la modification du statut des enseignants-chercheurs et les nouveaux pouvoirs donnés aux présidents d'université, les enseignants, les chercheurs, les étudiants, les personnels de la recherche et de l'université mesurent brutalement le degré de mépris dans lequel ils sont tenus par le pouvoir. Dans une lettre ouverte adressée à Nicolas Sarkozy, Wendelin Werner, médaille Fields 2006, membre de l'Académie des sciences, se fait alors le porte-parole de l'indignation de l'ensemble de la communauté scientifique. L'intransigeance du gouvernement, son refus de toute discussion transforment rapidement cette indignation en colère. Et la grève gagne l'ensemble des universités, ponctuée par d'importantes manifestations. Sans rien céder sur le fond, le gouvernement a finalement fait quelques concessions, tout en multipliant les intimidations et les mesures de rétorsion. À l'heure qu'il est, les examens approchant, la reprise est quasiment générale, mais personne ne s'aventurerait à dire que le mouvement est terminé. Au contraire, la prise de conscience de la cohérence des projets en cause s'est approfondie en même temps que s'exprime la volonté de mettre les questions de l'université, de la recherche, de la formation au centre du débat public en France et en Europe. C'est ce dont témoigne cette table ronde de l'Humanité.
**** *s_lemonde *annee_2009 *am_2009-05
Si la grève s'est essoufflée ces derniers jours sur les campus de l'Hexagone, après quatre mois d'âpres tractations au sujet de la loi LRU sur l'autonomie des universités, elle se poursuit à Toulouse-II Le Mirail, paralysée depuis le 5 mars. Réunis lundi 25 mai en assemblée générale, 70 % des 1 500 étudiants présents se sont ainsi prononcés en faveur de la reconduite du blocage. Une nouvelle assemblée générale est d'ores et déjà prévue mardi après-midi avec les personnels sur la question délicate des examens, a précisé un porte-parole des étudiants, réclamant un système de validation automatique du semestre ou bien une solution équivalente . Nous nous opposons à la tenue d'examens envisagés par la présidence , a-t-il insisté.
Dimanche, le président de l'université, Daniel Filâtre, avait affirmé dans un communiqué que sans une réouverture au plus tard mercredi matin, la première session (d'examens) prévue en juin devrait être reportée en septembre . Dans aucune autre université il n'y a eu de validation automatique ou de neutralisation du semestre, solutions totalement impossibles au regard de la réglementation nationale mais aussi des principes de l'université publique que nous défendons , avait-il prévenu. Une position de fermeté partagée par le recteur de l'académie de Toulouse, Olivier Dugrip, qui a exclu toute validation automatique du semestre ou de l'année universitaire .  
**** *s_libération *annee_2009 *am_2009-05
C'est une question de vie ou de mort : soit l'université se réinvente, soit elle va droit dans le mur. Convaincu de l'urgence, un groupe d'universitaires vient de lancer une pétition pour une refondation  (1). Une façon peut-être de rebondir après un conflit exceptionnellement long et douloureux, qui laisse dans son sillage de nombreuses frustrations et même un goût de désespoir. Quatre des initiateurs - le philosophe Marcel Gauchet, le juriste Olivier Beaud, les sociologues Alain Caillé et François Vatin -, tous engagés dans le mouvement, participaient jeudi à un débat à l'EHESS (l'Ecole des hautes études en sciences sociales) à Paris. Il s'agissait d'expliquer leur démarche et de tester l'écho qu'elle rencontre.
Le manifeste a déjà recueilli près de 4 500 signatures. Mais rien ne dit encore qu'il débouchera sur le vaste débat qu'ils appellent de leurs vœux au sein des universités. Filières sélectives. Point de départ du manifeste : au-delà de la LRU (la loi sur l'autonomie d'août 2007) et des autres réformes contestées, l'université française agonise. Les étudiants s'y inscrivent de moins en moins, préférant les filières sélectives qui, elles, prolifèrent - les classes préparatoires, les grandes écoles, les écoles d'ingénieurs, de management, etc. La raison principale en est que l'université est injustement traitée, véritable voiture-balai de l'enseignement supérieur : alors que les autres sélectionnent et font payer leurs étudiants (hormis quelques exceptions), elle doit accueillir tout le monde, avec des droits d'inscription limités. L'Etat dépense en outre beaucoup plus pour un élève de prépa que pour un étudiant de fac. Conclusion : on ne peut réformer l'université sans toucher au reste comme le fait le gouvernement, l'enseignement supérieur doit être pris dans son ensemble. Les refondateurs , dont des anti et des pro- LRU , font une série de propositions pour redonner sa place à l'Université - rapprocher toutes les filières en premier cycle, donner un capital minimum de départ aux étudiants, etc. Ils soulèvent aussi certains tabous - la sélection, les droits d'inscription - sans toutefois trop s'aventurer, le but étant de rassembler... Manifestement soucieuse de recoller les morceaux, la ministre de l'Enseignement supérieur, Valérie Pécresse, a tenté de récupérer l'initiative, évoquant ses convergences dans Le Monde. Les quatre initiateurs ont repoussé l'assaut à l'EHESS, s'étonnant d'un accord de vues qu'ils n'avaient jamais perçu jusqu'ici. Etats généraux. La ministre a gagné une bataille mais pas la guerre qui se joue désormais, entre autres, sur le plan intellectuel , a résumé Marchel Gauchet. Pour les refondateurs , le temps de l'action et de la contestation est d'une certaine façon passée. Il faut passer à celui de la réflexion pour déboucher, dans l'idéal, sur des états généraux de l'Université. Au passage, ils écornent les syndicats, enseignants mais aussi étudiants, peu représentatifs et sans vision alternative. Mais si vous êtes là, c'est bien parce qu'il y a eu le mouvement , a lancé un prof de philosophie de Paris-VIII, demandant comment l'initiative allait s'articuler avec la Cordination nationale des universités , fer de lance de la contestation. Personne ne sait encore. (1) Sur le site 
**** *s_figaro *annee_2009 *am_2009-05
La réputation des universités en sciences humaines, en pointe lors de ce conflit, sera sans doute durablement écornée. MÊME s'il est encore tôt pour dresser un bilan du plus long mouvement universitaire français, force est de constater que dans le match des gagnants et des perdants, la balance ne penche pas du côté de l'université. Dès la rentrée prochaine, les établissements perturbés de façon répétitive risquent de traîner une mauvaise image, en France comme à l'étranger. Un phénomène qui a déjà pu être observé en 2006 avec les manifestations anti-CPE, et en 2007 avec celles contre la loi LRU . La réputation des facultés de sciences humaines, en pointe lors de ce conflit, sera sans doute durablement écornée.
L'université Rennes-II, qui vit cette année son troisième blocage en trois ans, a perdu 14 % de ses étudiants entre 2005 et 2008. Sur la même période, plusieurs universités « agitées » ces dernières années ont connu une baisse du nombre des étudiants, selon le ministère, notamment Toulouse-Le Mirail, Montpellier-III et Paris-IV (la Sorbonne). « Souplesse de fonctionnement » La question d'une dévalorisation inévitable de certains diplômes ne manque par ailleurs pas de se poser, alors que les universités perturbées affirment pouvoir compenser une dizaine de semaines d'interruption des cours en seulement deux ou trois semaines ! Curieux paradoxe, enfin, qui veut que l'Université française, que Nicolas Sarkozy avait promis de revaloriser, ressorte finalement de ce conflit affaiblie. Les suppressions de quelques centaines de postes annoncées cette année dans les établissements, alors que le gouvernement augmentait parallèlement, et de façon importante, le budget de l'enseignement supérieur, n'ont pas été comprises et ont mis le feu aux poudres. Même si le gouvernement a fini par annuler les suppressions de postes prévues à l'université pour les deux ans qui viennent. La loi sur l'autonomie des universités, votée en juillet 2007, était chargée de redorer le blason de l'université française, mal classée sur un plan international et parent pauvre d'un système éducatif français qui lui préfère les grandes écoles élitistes. L'idée était d'aboutir à une véritable autonomie, que les présidents d'université réclamaient depuis vingt ans. Même la candidate socialiste à l'élection présidentielle, Ségolène Royal, l'appelait de ses voeux. Pour Lionel Collet, président de la Conférence des présidents d'universités, le bilan n'est pas si noir, même si la loi reste perfectible. « La déconcentration de la gestion et des ressources humaines qu'apporte la loi sur l'autonomie est fondamentale, car elle crée de la souplesse de fonctionnement.  » Sur le statut des enseignants-chercheurs, le gouvernement s'est en revanche heurté à un mur de corporatisme et, surtout, au mal-être d'enseignants qui s'estiment paupérisés et peu reconnus par rapport à d'autres pays. Malgré les concessions apportées, le gouvernement estime aujourd'hui « avoir sauvé l'essentiel ». Vingt universités sont déjà passées à l'autonomie cette année, d'autres suivront l'an prochain.
**** *s_humanité *annee_2009 *am_2009-05
Après sa rencontre avec les organisations étudiantes, Valérie Pécresse devrait accorder un mois de bourse supplémentaire aux étudiants dont les examens vont être décalés en raison du conflit universitaire. Cette mesure ainsi que d'autres dispositions relatives au logement et au déroulement des épreuves « sont de nouvelles garanties » mais « ne permettent pas de lever les inquiétudes qui s'expriment sur le fond », a réagi l'UNEF, qui demande « des gestes d'apaisement supplémentaires ». Sur le terrain, les blocages se poursuivent. À l'université de Provence, l'AG a voté hier la poursuite de la grève, tandis qu'à Toulon, onze étudiants ont entamé une grève de la faim pour réclamer le retrait de la loi LRU et des réformes Pécresse-Darcos.

**** *s_lemonde *annee_2009 *am_2009-05
Onze étudiants de l'université du Sud Toulon-Var, qui réclament notamment le retrait de la loi LRU (libertés et responsabilités des universités) sur l'autonomie des universités, ont engagé lundi à 9 heures une grève de la faim collective sur le campus, a-t-on appris auprès d'un de leurs porte-parole.
 Nous réclamons le retrait de la loi LRU et ses décrets concernant les enseignants-chercheurs, la neutralisation du deuxième trimestre et la démission du président de l'université , a déclaré à l'AFP Alexandre Picazo, porte-parole des étudiants grévistes. Les grévistes de la faim se sont installés dans le campus face au bâtiment administratif. Nous allons recevoir des toiles de tente, comme les Don Quichotte, et nous allons rester sur place vingt-quatre heures sur vingt-quatre en espérant être entendus par le gouvernement , a ajouté Alexandre Picazo. Pour assurer la sécurité sanitaire des grévistes de la faim et les soutenir dans leur démarche, des étudiants vont se relayer nuit et jour à leurs côtés. Depuis quatorze semaines, l'université du Sud Toulon-Var est le cadre de manifestations diverses. La semaine dernière, le président de l'université, Laroussi Oueslati, avait réclamé au préfet du département l'intervention des forces de l'ordre pour débloquer les portes du campus. Le 11 mai, les policiers ont délogé sans heurts la centaine d'étudiants qui bloquaient depuis une semaine les entrées à l'aide de barricades formées de pneus, de palettes en bois et de gravier.
**** *s_libération *annee_2009 *am_2009-05
Universités . Fillon brandit la menace d'interventions policières. La Conférence des présidents d'université (CPU) a demandé hier que cessent toutes les formes d'exploitation politique de la situation, d'où qu'elles viennent, et que personne ne mette de l'huile sur le feu . Pensait-elle à la déclaration du Premier ministre ? Hier dans le Figaro, François Fillon a tonné : J'ai dit aux présidents d'université que nous ferions intervenir les forces de l'ordre à chaque fois qu'ils le demanderaient. Le Premier ministre réduit le mouvement universitaire au refus de l'autonomie , une formulation ubuesque. Et demande à sa ministre de l'Enseignement supérieur, Valérie Pécresse d'examiner le report des examens en septembre et l'organisation des épreuves hors de l'enceinte des universités bloquées . Deux propositions irréalistes, puisque seules les universités et les universitaires sont en droit et en mesure d'organiser les examens.
Cette volonté de dramatisation est dénoncée par la CPU qui souligne que seul un petit nombre d'universités sont réellement bloquées . Un décompte du ministère montre qu'environ 60 000 étudiants de six universités (Caen, Grenoble-III, Paris-III, Paris-IV, Paris-X et Toulouse-II) sont concernés par ce type de situation, confirmant l'analyse de la CPU. La coordination nationale des universités et une intersyndicale (Unef, Snesup, CGT, SLU, SLR) appellent à valider le semestre, ce qui laisse penser que les solutions seront trouvées par les universitaires afin que les étudiants ne payent pas le prix de cette crise et finissent leur année sans diplôme. Par ailleurs, quelques milliers de manifestants ont participé à des rassemblements hier, à Paris, Caen, Reims, Lyon ou Marseille. Pendant ce temps, Nicolas Sarkozy a reçu les présidents des vingt universités passées à l'autonomie dès le 1er janvier 2009 selon la loi LRU . Valérie Pécresse a déclaré à cette occasion que l'Etat sera engagé aux côtés des universités comme il ne l'a jamais été. 
**** *s_figaro *annee_2009 *am_2009-05
UNIVERSITÉ La prestigieuse faculté des lettres et des sciences humaines est toujours bloquée. La responsabilité de la crise est imputée, par beaucoup, à son président. Dans la petite rue de la Sorbonne, un attroupement s'est formé devant la seule porte donnant accès au dédale de salles et de couloirs de la plus vieille université de France. Derrière les vigiles impuissants, un amas de chaises et de tables, gardé par une dizaine de jeunes gens auxquels font face des professeurs et des étudiants consternés. Une jeune fille s'éloigne, en larmes. On est le mercredi 13 mai. Les cours n'ont pas eu lieu depuis quinze semaines et le délai pour l'organisation des examens est dépassé. Paris-IV ne validera pas son semestre. Ne reste plus aux étudiants qu'une hypothétique validation automatique, qui ferait peser des doutes sur la qualité des diplômes. Alors que la plupart des universités françaises ont repris le travail et s'emploient à rattraper le temps perdu, Paris-IV s'enfonce dans la crise.
Déjà, le problème dépasse largement la question du semestre sacrifié. Ce mouvement larvé met désormais en péril l'année 2009-2010 et, à long terme, l'image de la prestigieuse faculté des lettres et des sciences humaines. Les partenariats engagés avec des universités étrangères pour l'accueil de leurs étudiants sont, pour l'heure, compromis. Pis, une université américaine a d'ores et déjà réclamé le remboursement des frais consentis pour ce semestre. D'autres risquent de suivre. S'y ajoutent le remboursement d'une partie des frais de scolarité des 24 000 étudiants, qui ne tarderont pas à faire valoir leurs droits, et la baisse prévisible de 25 % des demandes d'inscription pour la rentrée 2009 : le budget de Paris-IV n'y survivrait pas. Qui porte la responsabilité du désastre ? « Le gouvernement est seul fautif , répond Guillaume, étudiant en histoire, qui soutient encore le mouvement. Il a clairement joué le pourrissement du conflit, et refusé toute négociation. » Même son de cloche chez les Ater (attachés temporaires d'enseignement et de recherche), qui distribuent des tracts place de la Sorbonne. Des enseignants divisés Un peu court pour expliquer une situation bloquée, une communauté enseignante divisée et des étudiants excédés, qui crient à longueur de blog sur Internet leur colère devant les salles fermées et les cours annulés. Si la Sorbonne fut, lors des précédents mouvements du monde universitaire - sur le contrat première embauche comme sur la loi LRU  -, le théâtre d'épisodes violents, allant jusqu'à la dégradation d'ouvrages anciens par des groupes anarchistes, rien ne laissait présager l'actuel champ de ruines. Et beaucoup de ceux qui s'opposaient à la première mouture du décret sur le statut des enseignants-chercheurs, et à la refonte des concours de recrutement des professeurs, marquent aujourd'hui leur hostilité à ce nihilisme mortifère. Laurent Cugny, professeur de musicologie, évoque ainsi sa consternation et sa lassitude devant les innombrables assemblées générales : « Je ne vais pas à la messe le dimanche, ironise-t-il, ce n'est pas pour y aller le lundi. Nous sommes dans l'ordre du religieux, et cette thèse selon laquelle toute modification du statut actuel nous ferait basculer dans un autre système est de l'ordre de l'irrationnel. Tout cela relève en fait d'un pessimisme radical, doublé d'une carence profonde dans le dialogue social. » Pour Vincent Moriniaux, maître de conférence de géographie, qui a correspondu avec ses étudiants pendant tout le conflit, leur expliquant par mail pourquoi, bien qu'il soit opposé aux réformes, il ne faisait pas grève, « il n'y a pas de cause structurelle à cet accès de radicalité, mais u ne somme de facteurs conjoncturels » . Ce qui signifie que la Sorbonne, même si elle n'est pas, comme le veut sa réputation, une université marquée à droite, n'a aucune raison de basculer dans un gauchisme échevelé. Du moins aucune raison autre que la gestion très particulière du mouvement par son président, Georges Molinié. « Je crois pouvoir dire que Georges Molinié a, littéralement, mis la Sorbonne en grève , résume Vincent Moriniaux. Dès le 16 février, il a envoyé un mail »informant toute la communauté universitaire qu'aucun recensement des personnels grévistes ne serait transmis*. À partir de là, la grève est apparue comme une aubaine pour tous ceux qui n'étaient pas préoccupés par l'intérêt supérieur des étudiants. Le début du mouvement est donc clairement à mettre sur le compte d'une décision de la présidence et d'une réaction du personnel Biatoss (Bibliothécaires, ingénieurs, administratifs, techniciens, ouvriers, de service et de santé, NDLR) qui, en toute impunité, a pu fermer les centres au motif que la sécurité n'est plus assurée dès lors qu'un trop grand nombre de personnels est en grève... Les collègues sincèrement grévistes se sont, en quelque sorte, fait voler leur grève. » Le même constat amer est fait, sous couvert d'anonymat, par nombre de professeurs qui ne laissent pas de s'interroger sur les motivations de leur président, actuellement en voyage en Israël alors que son université est en pleine crise. Il y a ceux, bien sûr, que le personnage agace. Car ce spécialiste de philologie et de stylistique était jusqu'à présent connu pour son langage volontiers abscons, des analyses littéraires ponctuées de phrases à la compréhension improbable : « Le système est appréhendé comme un caractérisème de littérarité, c'est-à-dire comme une détermination langagière fondamentalement non informative (même fictionnellement) dans le fonctionnement textuel. » Avec un goût prononcé pour les regards admiratifs d'étudiantes passionnées. Mais c'est bien le conflit autour du statut des enseignants-chercheurs et de la « masterisation » qui semble avoir révélé le président à lui-même. Celui qui avait signalé en 2007 son soutien à Ségolène Royal, sans pour autant jouer les foudres de guerre, est aujourd'hui tout feu tout flamme. Alors que ses communiqués soufflent avec prudence le chaud et le froid, appelant à la poursuite du mouvement tout en demandant la réouverture des sites, ses interventions embrasent les AG d'étudiants. « On va nous dire que nous sommes des casseurs , haranguait-il le 10 février. Les casseurs, ce sont eux ! (...) Ils sont en train de préparer des incarcérations. » Standing ovation assurée. Inquiets pour leur avenir Du côté de l'équipe de Georges Molinié, on plaide non coupable. « Il n'a jamais été possible de comptabiliser des grévistes en fac, argumente Michel Fichant, vice-président de Paris-IV. Quant aux derniers communiqués, ils ont été approuvés par les trois conseils de Paris-IV, le conseil d'administration, le conseil des études et de la vie universitaire et le conseil scientifique. Une trentaine d'énergumènes pose problème en bloquant les sites, mais il est logique qu'une université de lettres et de sciences humaines soit davantage confrontée à ces phénomènes : c'est là que les étudiants sont le plus inquiets pour leur avenir. » Pour Alain Renaut, professeur de philosophie politique et éthique, c'est bien l'insertion professionnelle des étudiants qui est au coeur du clivage qui déchire Paris-IV. Le précédent président, Jean-Robert Pitte, en avait fait son cheval de bataille, devançant la loi LRU , proposant des formations professionnalisantes. Le premier acte de Georges Molinié, au lendemain de son élection, fut de supprimer le panneau indiquant, au 18, rue de la Sorbonne, l'antenne mise en place par son prédécesseur pour aider les étudiants à créer leur entreprise... « La loi LRU , analyse Alain Renaut, a politisé les élections de président d'université, et notamment à Paris- IV, où Jean-Robert Pitte, pendant son mandat, avait affirmé des convictions marquées en faveur de l'autonomie. Bien que majoritaire auprès des professeurs, il a été battu par le vote des maîtres de conférence, des étudiants et des personnels administratifs. Une alliance hétéroclite dont Georges Molinié est aujourd'hui l'otage. » Rien là qui s'apparente à un clivage gauche-droite, le syndicat AutonomeSup, classé à droite, ayant soutenu Molinié avant de prendre ses distances. Mais, par-delà les oppositions personnelles, se joue symboliquement à la Sorbonne une part de l'avenir des universités françaises. Alain Renaut le rappelle : « Il y a chaque année cinq cents étudiants en master de philosophie à Paris-IV. Et soixante places au capes et à l'agrégation de philosophie pour la France entière. » L'université française n'a pas répondu au défi de la massification : concilier l'indispensable autonomie du savoir pour les futurs chercheurs et l'insertion professionnelle pour les autres. La trentaine de jeunes qui bloquent encore Paris-IV, avec ou sans la bénédiction du président, n'ont à proposer que le naufrage pour tous. Par-delà les oppositions personnelles, se joue symboliquement à la Sorbonne une part de l'avenir des universités françaises.
**** *s_humanité *annee_2009 *am_2009-05
Si ce n'est pas de la provoc, ça y ressemble furieusement. Hier, alors que le monde universitaire défilait contre la loi LRU , Nicolas Sarkozy recevait à l'Élysée les présidents des vingt universités passées à l'autonomie le 1er janvier dernier pour faire le point. « Il y a beaucoup d'inquiétudes qui sont souvent des inquiétudes excessives », a commenté à sa sortie Lionel Collet, le président de la Conférence des présidents d'université (CPU), en référence aux mobilisations de ces derniers mois. Ce qui a dû bien réjouir le président de la République. Quelques heures plus tard, cette même CPU a publié un communiqué demandant qu'il n'y ait ni « dramatisation » ni « exploitation politique » de la situation dans les universités. On n'ose imaginer qu'il s'agit d'une remontrance au chef de l'État...

**** *s_lemonde *annee_2009 *am_2009-05
 Alors que les positions de ces personnalités ont divergé sur la loi sur l'autonomie des universités, dite LRU , toutes souhaitent mobiliser d'une même voix la communauté universitaire et scientifique autour d'un texte qui ambitionne de refonder l'université.
Un signal fort du fait de la personnalité des signataires, mais aussi par sa tonalité résolument réformatrice. Les quatre pages partent du constat du déclin de notre université et de l'urgence qu'il y a à proposer une véritable refondation, émergeant du monde universitaire lui-même. Une solution qui passe bel et bien par l'autonomie des universités. Au rang des propositions, les signataires veulent en finir avec la concurrence déloyale que subit cette institution, délaissée par les meilleurs bacheliers au profit des classes préparatoires aux grandes écoles et les autres classes sélectives de l'enseignement supérieur. Ils proposent de réunir ces formations au sein d' un grand service public propédeutique . S'ils ne remettent pas en cause le droit de tous les bacheliers à s'inscrire à l'université, ils proposent un parcours en quatre années pour les plus fragiles et un fléchage plus efficace permettant d'en finir avec le taux d'échec dans les premiers années d'enseignement supérieur. Le texte ouvre aussi le débat sur un capital minimum de départ attribué à chaque étudiant afin d'enrayer la paupérisation et la dégradation de leur situation matérielle et propose une sélection à l'entrée en première année de master, comme chez nos voisins. Réfonder l'université française Il est désormais évident que l'Université française n'est plus seulement en crise. Elle est, pour nombre de ses composantes, à peu près à l'agonie. Qu'on comprenne bien ce que cela signifie. L'Université n'est pas tout l'enseignement supérieur français. Les classes préparatoires, celles de BTS, les IUT (lesquels font formellement partie des universités), et l'ensemble des petites, moyennes ou grandes écoles, publiques ou privées recrutent largement. Mais c'est au détriment des formations universitaires, que les étudiants désertent de plus en plus, et cela tout particulièrement pour les études scientifiques. Le secteur non universitaire de l'enseignement supérieur offre des formations techniques et professionnelles, parfois de qualité, mais parfois aussi très médiocres. Même si la situation évolue depuis quelques années pour sa fraction supérieure (les grandes écoles ), ce secteur n'a pas vocation à développer la recherche et à donner des outils de culture et de pensée, et guère les moyens humains et scientifiques de le faire. C'est dans les universités que l'on trouve la grande majorité des savants, des chercheurs et des professionnels de la pensée. Pourtant, alors qu'on évoque l'émergence d'une société de la connaissance , nos universités ont de moins en moins d'étudiants et ceux-ci sont rarement les meilleurs. Une telle situation est absurde. Dans aucun pays au monde l'Université n'est ainsi le maillon faible de l'enseignement supérieur. Le processus engagé depuis déjà plusieurs décennies ne conduit pas à la réforme de l'Université française, mais à son contournement. Il ne s'agit pas en disant cela de dénoncer un quelconque complot, mais de prendre acte de la dynamique d'un système à laquelle chacun contribue par ses petites décisions ou par sa politique : les étudiants, leurs familles, les lycées, publics et privés, les entrepreneurs d'éducation, les collectivités locales et, in fine, l'État lui-même. Le déclin de l'Université, matériel, financier et moral, est désormais bien trop avancé pour qu'on puisse se borner à repousser les réformes proposées. Si des solutions susceptibles de réunir un très large consensus parmi les universitaires et les chercheurs mais aussi au sein de l'ensemble de la société française ne sont pas très rapidement formulées, la catastrophe culturelle et scientifique sera consommée. Or de qui de telles propositions pourraient-elles procéder sinon des universitaires eux-mêmes ? C'est dans cet esprit que les signataires du présent manifeste, très divers dans leurs choix politiques ou idéologiques, y compris dans leur appréciation de la loi LRU , ont tenté d'identifier les points sur lesquels un très large accord pouvait réunir tous les universitaires responsables et conscients des enjeux. L'enjeu n'est rien moins que de refonder l'Université française en la replaçant au centre de l'enseignement supérieur. -1. Place de l'Université. Une des principales raisons du marasme de l'Université française est qu'elle se trouve en situation de concurrence déloyale avec tout le reste du système d'enseignement supérieur (classes préparatoires et de BTS, IUT, écoles de tous types et de tous niveaux), toutes institutions en général mieux dotées per capita et davantage maîtresses du recrutement de leur public. On touche là à un des non-dits récurrents de toutes les réformes qui se sont succédé en France. Cette situation est d'autant plus délétère que la gestion de l'enseignement supérieur dans son ensemble dépend d'autorités ministérielles et administratives distinctes (l'enseignement secondaire pour les classes préparatoires et les STS, les ministères sectoriels pour les écoles professionnelles diverses), voire échappe à tout contrôle politique. Imagine-t-on un ministère de la Santé qui n'ait que la tutelle des hôpitaux publics ! La condition première d'une refondation de l'Université est donc que le ministère de l'Enseignement supérieur exerce une responsabilité effective sur l'ensemble de l'enseignement supérieur, public ou privé, généraliste ou professionnel. C'est à cette condition impérative qu'il deviendra possible d'établir une véritable politique de l'enseignement supérieur en France et de définir la place qui revient à l'Université dans l'ensemble de l'enseignement supérieur. Plus spécifiquement, un tel ministère aura pour mission première de créer un grand service public propédeutique de premier cycle réunissant (ce qui ne veut pas dire normalisant dans un cycle uniforme) IUT, BTS, classes préparatoires et cursus universitaires de licence. Il lui faudra également procéder à une sorte d'hybridation entre la logique pédagogique des classes supérieures de l'enseignement secondaire et des écoles professionnelles d'une part, et celle des universités d'autre part ; c'est-à-dire introduire davantage l'esprit de recherche dans les premières et, symétriquement, renforcer l'encadrement pédagogique dans les secondes. - 2. Missions de l'Université. La mission première de l'Université est de produire et de transmettre des savoirs à la fois légitimes et innovants. Assurément, d'autres missions lui incombent également. Elle ne peut notamment se désintéresser de l'avenir professionnel des étudiants qu'elle forme. Elle est par ailleurs responsable de la qualité de la formation initiale et continue qu'elle délivre et de la transmission des moyens intellectuels, scientifiques et culturels à-même d'assurer une citoyenneté démocratique éclairée. Deux principes doivent commander l'articulation entre ces différentes missions : d'une part, le souci primordial de la qualité et de la fiabilité des connaissances produites et transmises; d'autre part, la distinction nécessaire entre missions des universités et missions des universitaires, soit entre ce qui incombe à l'établissement considéré globalement et ce qui incombe individuellement aux enseignants-chercheurs et chercheurs. Parce qu'une université doit être administrée, pédagogiquement et scientifiquement, et se préoccuper de la destinée professionnelle de ses étudiants, il est nécessaire qu'elle dispose en quantité et en qualité suffisantes de personnels administratifs et techniques spécialisés dans ces tâches. Il incombe en revanche à des universitaires volontaires d'en assurer le pilotage. D'importantes décharges de service d'enseignement doivent alors leur être octroyées. Quant au service d'enseignement lui-même, sauf heures complémentaires librement choisies, il ne saurait excéder les normes précédemment en vigueur. De même, le régime d'années ou semestres sabbatiques de recherche, qui est la norme dans toutes les universités du monde, doit être à la hauteur de la vocation intellectuelle de l'Université, et non plus géré de façon malthusienne. - 3. Cursus. Il convient de distinguer clairement l'accès à l'enseignement supérieur pour les bacheliers et l'accès aux masters. En ce qui concerne l'entrée en licence, il convient de rappeler que le principe du libre accès de tout bachelier à l'enseignement supérieur est, en France, un des symboles mêmes de la démocratie, le pilier d'un droit à la formation pour tous. Il n'est ni possible ni souhaitable de revenir sur ce principe. Mais il n'en résulte pas, dans l'intérêt même des étudiants, que n'importe quel baccalauréat puisse donner accès de plein droit à n'importe quelle filière universitaire. Pour pouvoir accueillir à l'Université les divers publics issus des baccalauréats, il faut y créer aussi des parcours différenciés. Seule une modulation des formations pourra permettre de concilier les deux versants de l'idéal universitaire démocratique : l'excellence scientifique, raison d'être de l'Université, et le droit à la formation pour tous, qui la fonde en tant que service public. Il convient donc à la fois de permettre une remise à niveau de ceux qui ne peuvent accéder immédiatement aux exigences universitaires - par exemple en créant des cursus de licence en 4 ans -, et de renforcer la formation pour d'autres publics, par exemple en créant des licences bi-disciplinaires qui incarnent une des traductions concrètes possibles de l'idéal d'interdisciplinarité, si souvent proclamé et si rarement respecté. Il convient du même coup que l'Université puisse sélectionner ses futurs étudiants selon des modalités diverses, permettant d'identifier les perspectives d'orientation des étudiants et d'y associer un cursus adapté. Une telle modification des règles du jeu universitaire ne peut toutefois être introduite sans qu'elle s'accompagne d'une amélioration substantielle de la condition étudiante en termes de financement et de conditions de travail. Le refus actuel de regarder en face la variété des publics étudiants conduit en effet à leur paupérisation et à la dégradation de leur situation matérielle et intellectuelle au sein des Universités. L'idée d'un capital minimum de départ attribué à chaque étudiant mérite à cet égard d'être envisagée. En ce qui concerne les études de master, il est, de toute évidence, indispensable d'instaurer une sélection à l'entrée en première année et non en deuxième année, comme c'est le cas actuellement en application de la réforme des cursus de 2002 qui a créé le grade de master (système LMD ). La rupture ainsi introduite au sein du cycle d'études de master a d'emblée fragilisé ces nouveaux diplômes, en comparaison des anciens DEA et DESS qu'ils remplaçaient. Il faut également supprimer la distinction entre masters professionnels et masters recherche qui conduit paradoxalement à drainer vers les cursus professionnels les meilleurs étudiants, ceux qui seraient précisément en mesure de mener des études doctorales. - 4. Gouvernance. Tout le monde s'accorde sur la nécessaire autonomie des universités. Mais ce  principe peut être interprété de manières diamétralement opposées. Sur ce point la discussion doit être largement ouverte, mais obéir à un double souci. D'une part, il convient de ne pas confondre autonomie de gestion (principalement locale) et autonomie scientifique (indissociable de garanties statutaires nationales). D'autre part, pour assurer la vitalité démocratique et scientifique des collectifs d'enseignants-chercheurs, qui forment en propre l'Université, il est indispensable de concevoir des montages institutionnels qui assurent au corps universitaire de réels contre-pouvoirs face aux présidents d'Université et aux conseils d'administration, ce qui suppose des aménagements significatif de la loi LRU . Il faut, en somme, redonner au principe de la collégialité universitaire la place déterminante qui lui revient et qui caractérise l'institution universitaire dans toutes les sociétés démocratiques. Le renouveau de ce principe de collégialité doit aller de pair avec une réforme du recrutement des universitaires qui permette d'échapper au clientélisme et au localisme. Par ailleurs il est clair que l'autonomie ne peut avoir de sens que pour des universités qui voient leurs ressources augmenter et qui n'héritent pas seulement de dettes. En ce qui concerne la recherche, cela signifie que les ressources de financement proposées sur appels d'offre par les agences ne soient pas prélevées sur les masses budgétaires antérieurement dédiées aux subventions de financement des laboratoires, mais viennent s'y ajouter. De manière plus générale, en matière de recherche, il convient de mettre un terme à la concurrence généralisée entre équipes, induite par la généralisation du financement contractuel, lequel engendre souvent un véritable gaspillage des ressources, en garantissant aux laboratoires un certain volume de soutien financier inconditionnel accordé a priori et évalué a posteriori, notablement plus important qu'il ne l'est aujourd'hui. Olivier Beaud, professeur de droit public à Paris II Laurent Bouvet, professeur de science politique à l'université de Nice Sophia-Antipolis François Bouvier, président de l'association des délégués régionaux à la recherche et à la technologie Alain Caillé, professeur de sociologie à Paris Ouest-Nanterre- La Défense Guy Carcassonne, professeur de droit public à Paris Ouest -La Défense Jean-François Chanet, professeur d'Histoire, Lille III Philippe Chanial, maître de conférences en sociologie à Paris IX-Dauphine Franck Cochoy, professeur de sociologie à Toulouse II Jean-Pierre Demailly, Mathématicien, Professeur à l'Université de Grenoble I, Académie des Sciences Vincent Descombes, philosophe, directeur d'études à l'EHESS Olivier Duhamel, professeur de droit public à l'IEP François Dubet, professeur de sociologie à Bordeaux II et directeur d'études à l'EHESS Olivier Duhamel, professeur de droit public à l'IEP de Paris Pierre Encrenaz, professeur de physique a l UPMC et à l'Observatoire de Paris, membre de l'Académie des Sciences Olivier Favereau, économiste, professeur à Paris Ouest-Nanterre-La Défense Marcel Gauchet, philosophe, directeur d'études à l'EHESS Bruno Karsenti, philosophe, directeur d'études à l'EHESS Philippe de Lara, maître de conférences en science politique à Paris II Franck Lessay, Professeur à Paris III (Institut du Monde Anglophone) Yves Lichtenberger, professeur de sociologie à Paris Est-Marne-la-Vallée Bernadette Madeuf, économiste, présidente de Paris Ouest-Nanterre-La Défense Dominique Méda, sociologue, directrice de recherches au Centre de Recherches pour l'Emploi Pierre Musso, Professeur de sciences de l'information et de la communication à l'Université Rennes II Catherine Paradeise, professeur de sociologie à Paris Est- Marne la Vallée Philippe Raynaud, philosophe, professeur de sciences politiques à Paris II Philippe Rollet, président de Lille I Pierre Schapira, professeur de mathématiques à Paris VI, Université Pierre et Marie Curie Frédéric Sudre, professeur de droit public à Montpellier François Vatin, professeur de sociologie à Paris Ouest-Nanterre-La Défense Michèle Weidenfeld, maître de conférences de mathématiques, université de Picardie Jules Verne d'Amiens Premiers signataires :
**** *s_figaro *annee_2009 *am_2009-05
Ces derniers jours, les forces de l'ordre sont intervenues une trentaine de fois. Mais elles ne peuvent le faire qu'à la demande des présidents d'université. VENDREDI 9 MAI dans la matinée, Josette Travert, présidente de l'université de Caen, demande à la police d'intervenir et de faire évacuer son établissement, occupé depuis deux semaines par des étudiants en grève. Motif invoqué par la présidente : l'intrusion des occupants dans un laboratoire du bâtiment de sciences qui, selon elle, « repré sentait un risque car des armoires de produits dangereux avaient été ouvertes » . La police a bel et bien fait évacuer le bâtiment. Dans la foulée, elle a même procédé à 21 interpellations.
Lundi matin, une centaine d'étudiants étaient à leur tour délogés du campus de Toulon. Le même scénario s'est répété une trentaine de fois ces derniers jours. Et, pourtant, hier, une quinzaine de facs étaient toujours bloquées. Pourquoi Valérie Pécresse, ministre de l'Enseignement supérieur, ne demande-t-elle pas aux forces de l'ordre d'évacuer les universités, notamment celles qui restent fermées alors que des votes organisés à bulletins secrets prônaient la reprise des cours ? « La réponse est toute simple , explique l'un des collaborateurs de la ministre, c'est que nous n'en avons pas le droit . Seuls les présidents d'université peuvent appeler la police. Ils doivent signer une demande de réquisition, l'envoyer au préfet, qui organise ensuite de l'intervention. » D'où la petite phrase, la semaine dernière, de François Fillon, qui assurait que le gouvernement « rétablirait l'ordre là où les présidents d'université le demanderaient ». Une franchise spéciale Cette disposition ne date pas de la loi LRU qui accroît le pouvoir des présidents d'université. L'histoire remonte à Napoléon, qui, le 11 novembre 1811, prit un décret en ce sens. Depuis, toutes les facs bénéficient d'une franchise dite « d'université ». Le texte est toujours en vigueur. Il régit de la même façon l'intervention des forces de l'ordre dans les lycées et les collèges. Seule exception : le bâtiment historique de la Sorbonne, au coeur de Paris, dans lequel les forces de l'ordre peuvent intervenir sur demande du recteur de Paris, chancelier des universités. Reste que les présidents d'université ne sont pas tous enclins à appeler les forces de l'ordre. Certains parce qu'ils n'étaient pas hostiles au mouvement, du moins à ses débuts. D'autres, car ils savent qu'ils auront à se remettre autour d'une table pour dialoguer avec les enseignants et étudiants grévistes. Et discuter après avoir demandé l'aide des forces de l'ordre n'est pas forcément l'idéal. Enfin, reconnaît-on au ministère, « parfois des établissements évacués sont rapidement à nouveau bloqués » .
**** *s_figaro *annee_2009 *am_2009-05
ÉDUCATION Après trois mois de grève, le mouvement donnait hier de nets signes d'essoufflement.
COMBIEN D'UNIVERSITÉS SONT ENCORE PERTURBÉES OU BLOQUÉES ? Difficile de répondre à cette question, tant chaque jour les universités connaissent des renversements de situation. Toulon ou Orléans, libérées avant-hier, ont par exemple été la cible de nouvelles tentatives de blocages hier. Une tendance à la levée des blocages semble toutefois se dessiner : Grenoble-III, Besançon et Dijon ont voté hier en ce sens, après Bordeaux-III la veille. Une quinzaine de sites universitaires restaient perturbés, hier, selon le ministère de l'Enseignement supérieur qui estimait à 50 000 le nombre d'étudiants encore dans l'incertitude concernant leurs examens. «   Ça baisse un peu » , estime le ministère. Le syndicat étudiant Uni qui avance une fourchette moins optimiste, « entre 50 000 et 100 000 étudiants » , parle également d'une « tendance à la reprise des cours » . Une poignée d'universités sont encore bloquées : à Toulouse-II, ils sont 9 800 et à Paris-IV, 12 000 à ne toujours pas savoir comment se passeront leurs examens. Même constat à Paris-III ou Lille-III. D'autres sont moins perturbées comme Nancy-II, Caen, Lyon-II, Amiens, etc. COMMENT VONT S'ORGANISER LES RATTRAPAGES ? Une dizaine d'universités n'ont pas encore fixé de calendrier de rattrapage. La modalité des examens se décide université par université, filière par filière. Paris-IV a annoncé qu'elle ferait «  le maximum  » pour organiser les examens du second semestre «  avant le mois de juillet  » mais, que si ce n'était pas possible, elle choisirait la «  neutralisation  » du semestre. Une possibilité également envisagée par Grenoble-III. La neutralisation ne signifie pas que l'année va être accordée automatiquement, mais permet de passer dans le semestre suivant, avec nécessité de trouver les moyens, durant le cursus, de « récupérer  » les crédits manquants. Autre cas, à Amiens, le conseil d'administration a décidé que les examens ne pourront se tenir que lorsque 80 % des enseignements prévus auront eu lieu. La plupart des universités perturbées - une trentaine - ont cependant plutôt décidé de décaler leurs cours de deux voire quatre semaines pour rattraper les heures perdues : les examens devraient s'y dérouler en juin. Les sessions de rattrapage de juin, elles, se dérouleront en septembre dans une dizaine d'universités, dont Besançon, Paris-III, Toulon, Bordeaux-III, Montpellier-III, Paris-V, etc. Dans les universités les plus perturbées, des rattrapages de cours pourraient déborder en juillet : Lille-III ou Dijon évoquent, elles, une première session en septembre. EN SIGNANT UN ACCORD AUJOURD'HUI SUR LA RÉFORME CONTROVERSÉE DE LA « MASTERISATION », LES SYNDICATS ONT-ILS LE POUVOIR d'appeler à la reprise des cours et d'être entendus ? Le gouvernement pourrait lâcher du lest aujourd'hui lors d'une nouvelle réunion au ministère de l'Enseignement supérieur sur la réforme de la formation des maîtres ou « masterisation ». Cette réforme est devenue l'un des principaux objets de mécontentement des étudiants, surtout dans les universités de sciences humaines. Après la Conférence des présidents d'université (CPU), les syndicats (FSU, Unsa, Sgen) ont encore exigé hier que les étudiants recrutés en 2010 avec un master-I (bac + 4) deviennent fonctionnaires stagiaires automatiquement et non pas au bout d'un an, comme le prévoit le ministère de l'Éducation nationale, pour économiser des postes. Le dispositif actuel doit être maintenu, affirment-ils . Cette concession budgétaire pourrait-elle mettre fin au conflit ? Si, du côté de Valérie Pécresse, on attend beaucoup d'une telle décision, dans l'entourage de Xavier Darcos, on estime qu'il s'agit d'un «  détail  » et que la cause du conflit vient surtout de la remise en cause de la loi sur l'autonomie des universités ( LRU ).
**** *s_humanité *annee_2009 *am_2009-05
Universités . Alors que la tension reste forte dans les facs, les syndicats se réunissent chez Xavier Darcos sur la question de la formation. Entretien avec Gérard Aschieri, de la FSU. Aujourd'hui, les syndicats négocient au ministère de l'Éducation sur la réforme de la formation des maîtres. Gérard Aschieri, secrétaire général de la FSU, nous livre ses attentes et revient sur une mobilisation inédite, qui atteint sa quinzième semaine.
Quels sont les points que vous défendrez aujourd'hui ? Gérard Aschieri. Si nous sommes favorables à l'élévation du niveau de recrutement des enseignants, nous contestons en revanche les modalités prévues pour la réforme. Et notamment la mise en cause de l'aspect professionnel et de l'année de stage rémunérée. Reste en question aussi la place du concours et l'articulation de celui-ci avec le master. Enfin, à partir du moment où on rallonge la durée des études, il faut se préoccuper des étudiants et de ceux issus de milieux sociaux défavorisés. C'est pourquoi nous demandons des formes de prérecrutements pour accompagner le passage au master. Jusqu'à maintenant, le gouvernement a concédé le report de l'essentiel de la réforme en 2011 et ouvert des groupes de travail sur la plupart des sujets en conflit. Lors de la réunion, nous défendrons, avec les autres syndicats et formateurs IUFM, le maintien pour 2010 de la deuxième année de stage payée. Ces négociations arrivent après quinze semaines de mobilisation. Que pensez-vous de la gestion gouvernementale ? Gérard Aschieri. Les déclarations de Xavier Darcos jettent de l'huile sur le feu. Au lieu de faire ce que nous demandions avec le SNESup, c'est-à-dire une discussion globale, le gouvernement s'est contenté de multiplier des reculs partiels, fractionnés, de jouer les gros bras et de pousser au pourrissement. Il porte une très lourde responsabilité sur la situation actuelle. Une stratégie à la Thatcher ? Je ne peux l'affirmer. Mais il est évident que la principale conséquence de cette stratégie est d'avoir maintenu le conflit. Et aujourd'hui, il joue le pompier pyromane. Des tentatives de convergence entre le primaire, le secondaire et l'université ont eu lieu. Ça n'a pas été plus loin. Pourquoi ? Gérard Aschieri. Parce que les convergences ne se décrètent pas sur le papier. Il faut qu'elles soient vécues comme telles. La coordination nationale des universités semble regretter ce manque de convergences... Gérard Aschieri. Oui. Mais je ne suis pas sûr que la coordination nationale des universités ait une réelle représentativité. Moi je suis responsable d'une organisation syndicale et ce qui m'importe, ce sont les mandats. D'autant que la coordination n'est qu'une des parties prenantes du mouvement et n'a pas nécessairement bien vu ce qui avait bougé du côté du gouvernement. Ce mouvement a une durée inédite. Selon vous, quelles traces va-t-il laisser ? Gérard Aschieri. Quelles que soient les suites immédiates du mouvement, avec l'arrivée des examens et des vacances, et tant que le gouvernement n'aura pas réglé convenablement la question du devenir des universités, cela va laisser des traces. La cause profonde de ce mouvement, c'est le passage en force avec la LRU , puis avec le décret et la reforme de la formation. L'absence de démocratie dans la gestion de cette mobilisation va générer d'autres conflits. Mais, pour moi, il est encore possible de faire bouger les choses.
**** *s_libération *annee_2009 *am_2009-05
 Il n'y aura pas de licence ès grève, de master en pétition ou de doctorat en blocage : c'était au tour hier du ministre de l'Education nationale, Xavier Darcos, de sonner la charge contre les extrémistes qui agitent les facs. Après quatorze semaines de crise, la situation paraît ainsi plus bloquée que jamais. Le gouvernement a réussi à faire passer ses décrets contestés, notamment sur le statut des enseignants-chercheurs. Il a aussi reporté d'un an sa réforme de la formation des enseignants sans pour autant l'abandonner. Mais, il n'a pas réussi à désarmer la contestation. Les universitaires sont moins nombreux à défiler. Mais, ils organisent des rondes des obstinés , des cours alternatifs, etc. Et plus personne n'ose prédire la fin du mouvement. Retour sur une crise historique par sa durée, vaste gâchis où l'on voit surtout des perdants. Les étudiants
Entre solidarité et peur pour leurs examens Qu'ils soient ou non solidaires de leurs enseignants, pour les étudiants, le bilan est amer. Dans une dizaine d'universités (sur 83), ils ne sont toujours pas sûrs de pouvoir passer leurs examens et donc de valider leur année. Ailleurs, il a fallu repousser le calendrier, déplacer les partiels à la fin juin, voire à début juillet, parfois même reporter la session de rattrapage à septembre. En majorité, et ce en dépit de la campagne du gouvernement contre les profs grévistes qui se fichent de leurs étudiants, les examens se passent aux dates prévues. De nombreux enseignants-chercheurs ont proposé des cours de rattrapage ou corrigé des travaux envoyés par mail. Mais pour les étudiants, surtout les plus jeunes, ce semestre chaotique et l'incertitude ont été déstabilisants. Avec le temps, on a assisté à une radicalisation - avec des occupations de bâtiments, l'interruption de conseils d'administration... L'Unef, le premier syndicat étudiant réticent aux blocages, espérait que la ministre ferait des gestes sur les questions de vie étudiante. Mais il n'en a rien été. Sur le terrain, SUD-étudiant est apparu plus actif. Cependant hier, l'Unef a haussé le ton, accusant le gouvernement de mettre de l'huile sur le feu et de jouer sur la peur des examens pour se défausser de ses responsabilités . Les enseignants- chercheurs le sentiment de n'avoir rien obtenu ou presque Ils ont lancé la grève le 2 février. Et certains n'ont fait aucun cours classique depuis - beaucoup ont toutefois proposé des cours alternatifs avec un programme modifié en rapport avec la crise. Au regard de la mobilisation sans précédent, ils ont aujourd'hui le sentiment de n'avoir rien obtenu. Ou seulement des leurres , voire des concessions mineures. Certains continuent donc à faire grève. D'autres cherchent de nouvelles formes d'actions. D'autres encore ont repris leurs cours pour ne pas sanctionner les étudiants. Mais, ils réclament toujours l'abandon des réformes. C'est davantage une vision et une idéologie qu'ils rejettent, portées par la LRU (la loi sur l'autonomie des universités) : ils dénoncent la marchandisation de l'université avec un désengagement de l'Etat, l'arrivée de financements privés, l'affaiblissement des sciences humaines et sociales au profit de filières plus immédiatement rentables, etc. La crise a aussi montré une certaine désunion. Des syndicats - comme Autonomesup ou le Sgen-CFDT - ont négocié avec la ministre sur le statut des enseignants-chercheurs. Et ils ont estimé avoir obtenu des concessions significatives, notamment sur la modulation de services (la répartition du temps entre enseignement et recherche qui ne pourra se faire sans l'accord écrit de l'intéressé) et sur les promotions (qui seront pour moitié au niveau national, limitant le pouvoir des présidents d'université). Ces syndicats restent toutefois très réservés sur la réforme de la formation des enseignants. Les présidents Divisés et inquiets pour leurs universités Ils ont beau dire qu'ils avaient prévenu la ministre en lui adressant une lettre dès janvier intitulée Chronique d'une catastrophe annoncée, la plupart des présidents d'université ont été pris de court par l'ampleur de la protestation. Pour eux, Valérie Pécresse, qui avait réussi jusqu'ici à sanctuariser son ministère, a commis une erreur majeure en annonçant la suppression de 900 postes en 2009. Alors qu'elle a dit vouloir faire de l'université sa priorité, elle a envoyé ainsi un signal contradictoire qui risquait d'être lourd de conséquences, entachant les réformes à venir. Le mouvement est allé bien plus loin qu'ils ne l'escomptaient. Face à la déferlante, les présidents ont d'abord flotté. Jusqu'ici, ils étaient en grande majorité favorables à la LRU , qui leur donne de nombreux pouvoirs, et soutenaient la ministre. Ils ont tenté une médiation. En vain. Quelques-uns, comme les présidents de Paris-8 (lire ci-contre) ou de Paris-IV, connus pour leur hostilité à la LRU , ont alors dénoncé des réformes désastreuses. La plupart ont navigué à vue, soucieux de ramener le calme chez eux, mais aussi de ne pas lâcher une ministre considérée malgré tout comme une alliée. Aujourd'hui, tous sont inquiets des traces que va laisser cette crise, des frustrations et des tensions accumulées, des divisions au sein de leurs équipes. La ministre La confiance perdue des universitaires Mission accomplie : le décret modifiant le statut des enseignants-chercheurs a été publié au Journal officiel. Valérie Pécresse, qui estime avoir fait des gestes, se tient depuis droite dans ses bottes. Candidate de l'UMP aux régionales d'Ile-de-France en 2010, elle a ainsi montré son envergure de femme politique qui ne recule pas devant la chienlit universitaire. Le bilan, au fond, n'est pas si glorieux. Aux yeux des durs de l'UMP et des partisans d'une vraie autonomie universitaire, elle a trop édulcoré sa réforme. Mais, c'est surtout son image dans le monde universitaire qui en prend un coup. Le divorce est consommé avec les enseignants et les chercheurs. Même les présidents lui reprochent de leur avoir singulièrement compliqué la tâche. Aux 20 universités qui vont devenir autonomes l'an prochain, je souhaite bien du courage , confie un président déjà passé à l'autonomie.
**** *s_humanité *annee_2009 *am_2009-05
Nous voulons l'amélioration de l'université française, non sa casse. Or le monde dans lequel elle est plongée n'est pas forcément celui que nous cherchons à servir. De sorte que l'idée d'un grand service public universitaire est en contradiction avec l'université que l'économie néolibérale veut mettre au service de la nouvelle économie des connaissances : transformer les institutions de l'enseignement supérieur et de
la recherche en entreprises, réduire le savoir à des connaissances monnayables, rentabiliser le travail intellectuel avec les mêmes critères que ceux utilisés dans l'industrie et dans la finance, réserver le meilleur des techniques et de la science à une élite à son service, faire payer l'université par ses usagers... Dans ces conditions, la fin du service public rendu par l'université est programmée, la mutation de la culture et du savoir en « ressources » technoscientifiques (évaluées en unités de crédit) est entérinée, et le sacrifice de millions de jeunes, devant lesquels se fermeront les portes de l'enseignement supérieur, est quasi consommé. Non seulement les entreprises universitaires devront alimenter le marché des connaissances, mais elles fabriquent déjà les théories dont le capitalisme a besoin : l'économie, mais également l'anthropologie à travers laquelle il s'agit de nous formater afin que nous le servions mieux. Accessoirement, il conviendra de faire le ménage parmi les disciplines et les théories dérisoires, inutiles (bonnes pour la « culture générale » pour laquelle personne ne voudra payer), voire pernicieuses : par exemple le latin et le grec (ainsi que l'avait claironné notre président), mais aussi les enseignements référés à la psychanalyse qui font de chacun une exception symptomatique aux anthropologies générales, les conceptions et les pratiques de l'art qui ne se rendraient pas immédiatement sur le marché, et pourquoi pas l'histoire (finie), l'archéologie, la préhistoire (sauf pour alimenter le tourisme, les expositions privées et les collectionneurs : où se réfugie le désir !)... Face à ces perspectives, l'université que nous servons actuellement est de fait un lieu de résistance au néolibéralisme. La crise économique, financière et sociale actuelle est conjoncturelle pour certains, le signe d'une véritable crise de civilisation pour les autres. Pour ces derniers, la poursuite de l'adaptation de l'université à une logique responsable de la crise est une fuite en avant dangereuse - qui redouble les raisons que nous avons de faire grève. Mais ce sont les tenants de la première interprétation qui gouvernent : le capitalisme doit être amendé, réformé, moralisé et la loi relative aux libertés et aux responsabilités des universités ( LRU ) y contribuerait pour sa part. Quoi qu'il en soit de l'issue du conflit, retrait ou adaptation de la LRU , la logique générale n'aura pas changé... et la crise ne se sera pas évanouie comme par enchantement. Les menaces des ministres sur les étudiants et les enseignants récalcitrants donnent une idée de ce qu'il faut entendre par « autonomie » : « Soyez autonomes mais soumis ! » : il s'agit bien de la « concurrence » qui soumet les universités aux impératifs économiques, aux patrons et aux politiques qui les achèteront - tout le contraire de l'émulation, voire de la compétition d'allure sportive. La concurrence capitaliste renoue avec le cirque romain : le dernier y est mis à mort ! Plus cruellement encore, à petit feu : sans revenu, prié de rester chez lui, obligé de renoncer aux sorties, aux loisirs, à la culture, au livre, au cinéma, aux visites, et parfois au logement. La vie familiale et sociale, la santé physique et psychique se dégradent. Qui dira le poids de cette violence délibérée ? Que valent au regard d'elle les quelques heures de séquestration dont on nous parle ici ou là ? Est-ce qu'un jour il ne faudra pas que les capitalistes et les politiques qui les servent soient jugés pour ce crime contre l'humanité ? Nous ne sommes donc pas, à l'université, dans le cadre d'un conflit, d'une bataille qui serait nécessairement perdue ou gagnée, mais plutôt d'une résistance à long terme. Celle-ci n'a aucun sens si on la coupe de la situation générale et des luttes qui se développent ailleurs, dans tous les secteurs de la vie de notre pays et des autres régions du monde. Cette lutte doit profiter de toutes les occasions de donner un coup de frein, de provoquer un changement de cap à la logique néolibérale. Il n'est pas possible de laisser-aller ce système responsable de tant de souffrance (chômage, privation de logement, de nourriture, de culture, de loisirs, du droit de voyager, et de libertés diverses auxquelles les nantis ne pensent même pas avant qu'ils ne soient à leur tour frappés). Si l'on en juge aux témoignages de résistance qui parviennent de tous les secteurs de la vie collective, sans doute les conditions sont-elles réunies pour que l'idée d'une nécessaire alternative au capitalisme prenne consistance. Est-il impensable que pas effectués par chacun pour lutter soient collectivisables dans un autre « vivre ensemble » ? En tout cas l'université participe de ce mouvement et met de fait le savoir qu'elle sert à la disposition de ceux qui vivent et veulent penser ce moment... (*) Psychanalyste et membre du Collectif de l'Appel des appels.
**** *s_lemonde *annee_2009 *am_2009-05
Le ministère de l'enseignement supérieur a été brièvement occupé, jeudi 7 mai dans l'après-midi, par des étudiants qui ont réclamé la démission de la ministre Valérie Pécresse et dénoncé les réformes en cours. Une annexe du ministère a été occupée par moins d'une centaine d'étudiants qui ont été rapidement évacués par les forces de l'ordre , a-t-on indiqué dans l'entourage de la ministre. Il y a eu des dégradations, notamment une porte a été forcée, il y aura un dépôt de plainte. Une centaine de personnes ont été interpellées et conduites au commissariat. On demande la démission de Valérie Pécresse, l'abrogation de la LRU [loi sur l'autonomie des universités] et le retrait de la 'mastérisation' avant toute négociation , avait expliqué pendant l'occupation un étudiant de Paris-I. Selon l'entourage de la ministre, les slogans entonnés ne concernaient pas uniquement l'enseignement mais, par exemple, des papiers pour tout le monde .
Aux abords du ministère, des manifestants ont été tapés à la matraque par les forces de l'ordre qui ont fait usage d'une violence disproportionnée alors que la manifestation était calme , a de son côté indiqué Valérie Robert, maître de conférence à Paris-III et membre du collectif Sauvons l'université.
**** *s_figaro *annee_2009 *am_2009-05
10 août 2007. Vote de la loi LRU (dite loi sur l'autonomie des universités) peu après l'élection de Nicolas Sarkozy. Fin décembre 2008. Les présidents d'université font part de leur mécontentement après avoir appris que quelques centaines de postes allaient être supprimés dans leurs établissements.
2 février 2009. Début du mouvement des enseignants-chercheurs. La coordination nationale des universités appelle à des blocages pour obtenir la reprise des négociations sur le statut des enseignants-chercheurs et le retrait de la réforme de la formation. La ministre de l'Enseignement supérieur, Valérie Pécresse, écarte toute idée d'un retrait du décret et s'en remet aux présidents d'université pour apaiser la fronde. 4 février 2009. Appel à la grève «  totale, illimitée et reconductible » . 10 février 2009. Entre 43 000  et 100 000 enseignants et étudiants manifestent contre la réforme. Une médiatrice est nommée. 4 mars 2009. Le décret des enseignants-chercheurs est réécrit avec les syndicats. 25 avril 2009. Adopté par le Conseil d'État, le décret n o  2009-460 du 23 avril 2009 modifiant le statut des enseignants- chercheurs a été publié au JO du 25 avril 2009. Il doit entrer en vigueur au 1 er  septembre 2009. 30 avril 2009. La coordination nationale des universités appelle à « ne pas organiser les examens » et à de nouvelles dates de mobilisation.
**** *s_figaro *annee_2009 *am_2009-05
ÉDUCATION Des individus souvent proches du Nouveau Parti anticapitaliste d'Olivier Besancenot, parfois issus de la mouvance autonome, sont à l'origine des blocages. D'ASSEMBLÉE GÉNÉRALE en assemblée générale, le mouvement qui embrase certaines universités depuis treize semaines a évolué. Centré, au départ, sur les réformes du statut des enseignants-chercheurs et la formation des professeurs, le mécontentement s'est radicalisé avec la présence de plus en plus active d'étudiants lors d'actions de blocages, notamment.
Les mots d'ordre des contestataires ciblent l'ensemble de la politique gouvernementale. Les slogans directement inspirés par l'extrême gauche sont fréquents. Au menu des AG figurent «  l'échéance 2012  » pour faire échec à Nicolas Sarkozy, l'abolition du capitalisme ou la «  convergence des luttes  » avec les sans-papiers, les hôpitaux et les postiers. La crise financière et la montée du chômage constituant, bien sûr, un terreau idéologique particulièrement favorable. Patrice Brun, président de l'université Bordeaux-III, explique que le dialogue est particulièrement difficile avec ces étudiants : « Pour eux, une année d'études perdue, ce n'est rien en comparaison de leur vie future qu'ils envisagent de façon extrêmement pessimiste. » Dans la vingtaine d'universités aujourd'hui partiellement perturbées, ce sont à chaque fois quelques dizaines d'individus qui tentent des actions de blocage, voire de violences : ces dernières ont connu un pic en avril avec les séquestrations d'une poignée de présidents d'université. À ces étudiants souvent issus de filières de sciences humaines se mêlent parfois des personnes extérieures, qui s'efforcent de souffler sur les braises. Ainsi, à Rennes-II, les jeunes bloqueurs sont menés par une cinquantaine d'autonomes et radicaux, eux-mêmes pilotés par quelqu'un qui n'est pas étudiant, «  un intellectuel spécialiste de la subversion  », selon le président Marc Gontard. L'homme avait d'abord tenté de créer des troubles à Nantes, l'an dernier, contre la loi LRU , ce qui n'avait pas marché. Arrivé à Rennes-II cette rentrée, «  il a voulu prendre sa revanche  ». Militants d'extrême gauche, intermittents du spectacle, précaires, ces « Khmers rouges » , comme les a qualifiés un jour Marc Gontard, sont souvent proches des idées du NPA, le parti d'Olivier Besancenot. À Paris-IV, c'est l'association générale des étudiants de Paris-Sorbonne (Ageps) qui mène la danse. Après avoir fait scission avec l'Unef, jugée trop modérée, ces derniers sont désormais « très proches des trotskistes » , affirme Jean-Robert Pitte, ancien président de Paris-IV. Certains contestataires peuvent aussi se revendiquer du syndicat SUD ou, bien plus souvent, se proclamer totalement hors système. Ceux-ci sont nombreux à honnir tout parti politique ou syndicat et à revendiquer leur « indépendance » à l'image de ce que l'on a pu voir lors de séquestrations dans les entreprises. Le double langage du PS Les représentants de l'Unef, syndicat étudiant proche du Parti socialiste, sont quant à eux considérés comme des traîtres, d'autant plus qu'ils ont négocié la loi sur l'autonomie des universités, il y a deux ans. Ce syndicat ne maîtrise absolument pas les actions étudiantes même s'il ne va pas jusqu'à les condamner formellement... Le Parti socialiste pratique aussi parfois un double langage. La «  ronde infinie des obstinés  », une marche permanente de protestation lancée par les enseignants de l'université Paris-VIII, le 23 mars autour de l'hôtel de ville de Paris a ainsi bénéficié dimanche de l'aide de la mairie. Cette dernière a mis à disposition une scène sur laquelle ont été organisés plusieurs concerts et chorégraphies. Bertrand Delanoë a en revanche porté plainte hier après qu'environ 150 personnes ont brièvement occupé l'hôtel de ville vendredi soir et provoqué «  quelques dégradations  ». Bertrand Delanoë a « condamné fermement ces comportements aussi absurdes qu'agressifs, qui, loin de toute rationalité, ont visé la maison commune des Parisiens » . Selon le maire, ces manifestants appartenaient à un collectif « de mouvance autonome  ». Un groupe similaire a déjà occupé la Sorbonne, avant d'être délogé sans incident par la police. Un des occupants de la mairie a expliqué que ce type d'actions était destiné « à pousser les salariés et étudiants à se mobiliser jusqu'à la grève générale » .
**** *s_figaro *annee_2009 *am_2009-05
Bien malin celui qui comprend aujourd'hui les motifs précis du désordre régnant dans certaines universités. Dans une vingtaine de facs, la tenue des examens est menacée, voire reportée à la rentrée de septembre. Le parent pauvre de l'enseignement supérieur français continue de creuser sa tombe par la faute de quelques enragés. Il y a pourtant urgence à le guérir, sans quoi il finira par disparaître sans fleurs ni couronnes.
Faut-il rappeler que, dans tous les classements internationaux, la France fait bien pâle figure face à l'Asie et aux pays anglo-saxons ? Trop longtemps, l'université a été négligée : un étudiant coûte en moyenne 7 000 euros par an, contre plus de 10 000 euros pour un lycéen. C'est tout le système qu'il convient de corriger, à l'heure où un jeune sur deux seulement parvient à passer en deuxième année, et où des filières sans débouché continuent à accueillir des milliers de personnes, chômeurs en devenir. La présence de grandes écoles, réputées pour leur excellence, n'explique pas tout. La timidité ou l'incohérence des politiques menées sont à mettre en cause. Tout comme l'agitation perpétuelle entretenue par les syndicats d'enseignants et d'étudiants qui ont transformé certains établissements en bastions de la contestation gauchiste : c'est tellement vrai qu'à force de le répéter, le constat pourrait paraître caricatural. Le gouvernement a donc eu raison de s'attaquer à cet immense chantier dès son arrivée aux affaires. La loi sur l'autonomie des universités (dite LRU ), acceptée par tous, fut votée à l'été 2007. Elle prévoit notamment un renforcement des pouvoirs du président pour adapter sa fac à son environnement social et professionnel et un droit d'entrée des entreprises. Cinq milliards sur cinq ans ont été mis sur la table. Effort important. Vinrent ensuite le décret sur le statut et l'évaluation des enseignants-chercheurs et le projet de réforme de concours des professeurs. Le premier a été amendé dans le sens voulu par ses opposants, le second est encore en cours de négociation. Sans entrer dans les détails, l'idée générale est d'aller vers plus d'efficacité. Et pourtant, la pagaille persiste ici ou là. À tel point que la loi LRU est, elle aussi, remise en question. On ne saurait trop placer tout le monde devant ses responsabilités. Les présidents d'université, d'abord en majorité favorables aux évolutions, mais qui ont, à l'image d'Axel Kahn, souvent changé de pied. Les étudiants, toujours prompts à la contestation, mais qui redoutent maintenant, avec leurs parents, une année blanche. Les enseignants- chercheurs, dont certains ont jeté leurs élèves dans la rue afin de protéger leurs propres avantages. Leurs jours de grève seront-ils payés ? Dans ce bras de fer, l'approche du gouvernement est restée pragmatique. Si idéologie il y a, elle est bien du côté des empêcheurs de tourner en rond de l'université. Le systématisme de leur opposition est mortifère.
**** *s_humanité *annee_2009 *am_2009-04
Lundi en fin d'après-midi, la police a arrêté cinq personnes, rue Chevreul à Lyon, lors d'une manifestation de protestation contre la loi LRU , après que les étudiants ont tenté d'empêcher le scrutin lancé par la présidence de l'université pour ou contre le blocage. Dans un communiqué, la Fédération syndicale unitaire condamne « la violence policière et les arrestations préméditées de grévistes connus » et dénonce une « arrestation politique ». L'UNEF, elle, demande la libération des étudiants interpellés. La présidence a décidé, lundi, de fermer les deux campus lyonnais jusqu'à nouvel ordre.

**** *s_figaro *annee_2009 *am_2009-04
ÉDUCATION Les universités perturbées par les récentes contestations sont moins demandées par les étudiants. DÈS LA RENTRÉE, leur mauvaise réputation d'établissements perturbés de façon répétitive bien ancrée, certaines universités pourraient être encore plus boudées à la fois par les Français et les étrangers. Un phénomène qui a déjà pu être observé en 2006 avec les manifestations anti-CPE, et en 2007 avec celles contre la loi LRU .
L'université Rennes-II qui vit cette année son troisième blocage en trois ans a perdu 14 % de ses étudiants entre 2005 et 2008. «  Les parents ne veulent plus inscrire leurs enfants dans une université où un semestre par an est perturbé  » , analyse sans détour Marc Gontard, son président qui craint cette année « une nouvelle diminution des effectifs  » . Sur la même période, plusieurs universités «  agitées  » ces dernières années ont connu une baisse des étudiants. L'université de Toulouse-Le Mirail en a perdu 14 %, tandis que Montpellier-III en perdait 13,5 % et Paris-IV (La Sorbonne), 9 %. À l'inverse des universités comme Paris-II, Toulouse-I ou Toulouse-III sont stables ou ont légèrement augmenté leurs effectifs. Pour Patrick Gérard, le recteur de Paris, l'actuel mouvement de mobilisation dans les universités a effectivement sans doute joué sur les souhaits des lycéens franciliens qui ne sont pour l'instant cette année que 27,6 % à avoir demandé l'université comme premier choix de poursuite d'études. «  On ne peut pas encore parler de dégradation de l'image des universités, mais le mouvement actuel contre les projets de réforme dans l'enseignement supérieur joue sur les choix des lycéens  » , précise-t-il. Ces éléments ne suffisent cependant pas à expliquer la diminution continue des effectifs dans les universités. Entamée en 2004, la désaffection pour les universités, «  s'intensifie  » , selon les statisticiens du ministère. À la rentrée 2007, 2 228 000 étudiants étaient inscrits dans l'enseignement supérieur, soit une diminution de 1,1 % par rapport à l'année précédente. À l'inverse, les classes préparatoires, les écoles d'ingénieurs et les écoles de commerce voient leurs effectifs augmenter. Effectifs en hausse en médecine À une baisse démographique qui ne fait que commencer, s'ajoute le fait que les bacheliers ont de moins en moins tendance à poursuivre leurs études dans l'enseignement supérieur et plus particulièrement à l'université. Ils préfèrent suivre d'autres formations en France ou à l'étranger. Certains décident aussi d'arrêter leurs études pour travailler. Dans le détail, c'est le premier cycle (licence) qui est le plus touché par une baisse des effectifs (- 4,4 %). Les filières de sciences humaines, souvent décriées pour leur manque de débouchés mais connaissant aussi des baisses de recrutement de professeurs sont les plus affectées : le sport (- 12,3 %) et les filières littéraires (- 6,8 %) au premier chef. Les sciences sont moins concernées (- 2,8 %). Le nombre d'étudiants en médecine progresse quant à lui de 3,5 %. L'enseignement supérieur sélectif n'est pas logé à la même enseigne. Ainsi, les écoles de commerce poursuivent, et même accroissent, leur pouvoir attractif sur les étudiants (+ 12,7 % en 2007, soit 8 500 étudiants en plus) et, dans une moindre mesure, les classes préparatoires aux grandes écoles et les préparations intégrées (+ 3,3 %, soit une hausse de 2 600 étudiants). Le nombre d'étudiants progresse également, mais plus modérément, dans les filières courtes comme les instituts universitaires de technologie (IUT) et dans les sections de techniciens supérieurs (STS). Il augmente de 5,2 % dans la filière des grandes écoles (constituées des classes préparatoires intégrées, des classes préparatoires aux grandes écoles, des écoles d'ingénieurs, des écoles vétérinaires, des écoles de commerce, des écoles normales supérieures et des autres grands établissements).
**** *s_figaro *annee_2009 *am_2009-04
Après s'être distinguée pendant le conflit sur le CPE, cette université est un des bastions de la contestation depuis le mois de février. Son président met en cause quelques dizaines d'autonomes et de radicaux, pilotés par un leader n'étant même pas étudiant. LE FIGARO. - Depuis le CPE, votre université semble être particulièrement visée par les blocages...
Marc GONTARD. - D'une crise à l'autre, malheureusement, on a les mêmes chiffres : 800 étudiants seulement dans les assemblées générales votent le blocage de l'université. Pourtant, lors d'une consultation électronique que j'ai fait organiser le 20 mars auprès de nos 16 500 étudiants, 72 % étaient hostiles au blocage. Les jeunes bloqueurs sont menés par une cinquantaine d'autonomes et radicaux, eux-mêmes pilotés par quelqu'un qui n'est pas étudiant, un intellectuel spécialiste de la subversion. Il a d'abord tenté de créer des troubles à Nantes, l'an dernier, contre la loi LRU , ce qui n'avait pas tellement marché. Arrivé à Rennes-II cette rentrée, il a voulu prendre sa revanche. Comment organisez-vous la reprise des cours alors que Rennes-II a été bloquée pendant plus de huit semaines ? Ce n'est pas une situation facile. Des cours ont repris depuis quelques jours, même si un groupe d'une cinquantaine de personnes continue à perturber le fonctionnement de l'université. On a commencé des rattrapages en supprimant les vacances cette semaine. Au total, nous prolongerons de quatre semaines l'année universitaire. Nous enseignerons les jeudi et samedi, jours normalement sans cours. Des compléments de cours vont aussi être mis en ligne par la majorité des professeurs. Quelle répercussion un tel mouvement a-t-il sur l'image de l'université ? Si les deuxièmes cycles ont été peu perturbés, tel n'est pas le cas des premiers cycles. Les cours y ont été suspendus longuement dans toutes nos disciplines : arts, lettres, langues, sciences humaines. Il faut retrouver une crédibilité. L'idée d'offrir les examens proposée par la coordination nationale est évidemment en ce sens parfaitement absurde. Comme nous, Lille-III ou Toulouse-Le-Mirail, universités de sciences humaines, connaissent une baisse effective des inscriptions depuis quelques années. Ces établissements sont sensibles aux mouvements sociaux de par leurs disciplines. Mais nous souffrons aussi de la désertion de la filière littéraire au lycée. Je pense par ailleurs que cette situation reste exceptionnelle. Nous traversons une réforme de l'enseignement supérieur sans précédent, cela ne peut se faire sans troubles.
**** *s_libération *annee_2009 *am_2009-04
Après sept semaines de blocage quasi total, une prise d'assaut de la présidence par les étudiants les plus radicaux et un nouveau calendrier pour les examens, l'université de Rennes-II (lettres et sciences humaines) vit dans un entre-deux. Sur le campus, depuis que la présidence a exhorté les étudiants à la reprise des cours, des groupes de jeunes gens qui tentent de grappiller des heures de rattrapage croisent quelques poignées d'irréductibles, allant de bâtiment en bâtiment pour empêcher la tenue des cours. Les étudiants sont livrés à eux-mêmes et ne savent plus s'ils doivent venir ou pas, résume une professeure d'histoire. Chaque enseignant se débrouille comme il peut. On ne peut se fier à rien d'autre que venir et voir ce qui se passe. 
Dans ce climat de confusion, où une AG d'un millier d'étudiants peut voter un blocage total succédant à l'annonce d'une reprise des cours, beaucoup errent sur le campus avec l'angoisse d'une année perdue chevillée au corps. On trime pour payer nos frais de scolarité et voilà ce qui arrive, c'est la minorité qui l'emporte, s'énerve Anne-Sophie, 22 ans, en 2e année de LEA. J'ai déjà deux ans de retard et je me sens mal, il faut absolument que mon année soit validée, mais on ne sait pas comment la fin du semestre va se passer, ni quand on va pouvoir passer les examens qui nous manquent. Morgane, 19 ans, partage la même inquiétude. J'en ai ras le cul ! explose-t-elle. Il y a quelque temps, on nous disait d'aller aux AG pour faire entendre notre voix et maintenant d'aller aux cours pour pouvoir valider le semestre. Comment je vais me loger en mai pour suivre les cours de rattrapage alors que j'ai déjà donné mon préavis ? Graffitis. Dans le hall B de l'université, quartier général traditionnel des étudiants grévistes dans une fac qui en est à son troisième conflit en trois ans (le CPE, la loi LRU sur l'autonomie de l'université et la masterisation), les murs couverts de graffitis témoignent des occupations sauvages successives. Sur les marches servant de tribune aux orateurs d'AG interminables où il est question aussi bien de la vente de Rennes-II sur eBay que de son autonomie, un petit groupe d'étudiants en master de géographie, option urbanisme, s'alarme. Avec un master sur une demi-année, on va être pénalisés, redoute Emilie, 23 ans. On n'aura plus aucune crédibilité par rapport aux autres facs. Avec un nombre minimal de semaines pour valider l'année, ça reste jouable. Mais il ne faut pas que le blocage perdure et, comme ça change tous les jours, on ne sait pas de quoi demain sera fait. Les bloqueurs sont prêts à tout pour mettre le bordel jusqu'au bout, craint Florent, 21 ans. Le comble c'est que ce master d'urbanisme est une formation de bon niveau, reconnue au niveau national. Craignant la dévalorisation de leur diplôme, ces étudiants rejettent l'option prônée par les partisans du blocage d'un semestre blanc pour sauver l'année universitaire en accordant une même note pour tous. C'est du rêve, cela n'arrivera pas , juge Mathieu, qui se demande comment il va pouvoir mener de front le report des examens et le stage pour lequel il s'est déjà engagé. Boursiers. Dans ce climat, les enseignants réunis au sein du collectif Rennes-II, une autre parole stigmatise l'attitude d'une minorité de bloqueurs qui entendent imposer [leurs décisions] par la force, l'intimidation et le harcèlement et constatent la grande résignation de beaucoup d'étudiants. Les étudiants de deuxième et première année, les plus fragilisés, sont démobilisés, estime Olivier Varsteenkeste, enseignant d'anglais. Il y a beaucoup de boursiers que l'on ne reverra pas. C'est la survie de la fac qui est en jeu. Après avoir vu ses effectifs passer de 19 500 à 16 000 étudiants en trois ans, Rennes-II risque en effet de pâtir du conflit actuel. Le nombre de pré-inscriptions par rapport à l'an passé a diminué de plus de 50 %. Sans doute un signe, même si le président de l'université, Marc Gontard, attribue ce chiffre à de nouvelles modalités d'inscription. Quoi qu'il en soit, face à la radicalisation d'un groupe déconnecté des syndicats, le président de l'université reste prudent. C'est très tendu, souligne-t-il. Et si le calendrier de rattrapage, qui représente à peu près cinq semaines sur huit, ne peut être maintenu, on est dans l'aventure. On n'aura jamais connu pareille situation. 
**** *s_libération *annee_2009 *am_2009-04
Dans le débat sur la réforme de l'université française, la communauté scientifique a réussi à se faire entendre sur un point: la centralité de l'évaluation par les pairs dans leur travail, qu'il s'agit encore de défendre. Mais l'évaluation par les pairs peut se faire de différentes façons, et dans les débats à venir, une des questions cruciales sera de savoir si les chercheurs français voudront adopter une évaluation par les pairs, collégiale ou non.
Pour nous qui enseignons dans les institutions nord-américaines, la collégialité a un sens bien précis. Elle signifie que nous sommes évalués par nos collègues les plus proches : ceux avec lesquels nous organisons la vie de notre département, appartenant souvent à la même discipline que nous. Lorsque nous sommes candidats à un poste ouvert par une université, nous sommes évalués par ceux qui deviendront nos collègues s'ils nous recrutent. Ces évaluations suivent la forme d'une élection démocratique, la trentaine de collègues qui composent généralement un département votant avec une voix égale pour prendre les décisions. Les collègues d'un même département décident donc seuls, sans instance extérieure, mais ensemble, après un processus d'évaluation extrêmement rigoureux, qui exige plusieurs semaines de mobilisation de tous les membres du département. Dans cette évaluation collégiale, point de complaisance. Car la réputation d'un département, et donc, indirectement, des enseignants-chercheurs qui y travaillent, en dépendent. La collégialité est la condition pour que chacun et chacune se sente impliqué dans le devenir collectif du département, et que les inégalités de traitement entre enseignants-chercheurs au sein d'un même département soient acceptées et ne paraissent pas arbitraires. Par exemple, lorsque nous décidons de recruter un nouveau professeur dans notre département, nous avons débattu ensemble, après un processus d'évaluation extrêmement rigoureux pour être sûr que nous élisons le meilleur candidat. Lorsqu'une proposition plus intéressante est faite à l'un de nous par une autre université, notre département peut se mobiliser pour persuader le doyen de la faculté d'améliorer les conditions de travail de ce collègue, afin d'essayer de le convaincre de rester. Au fond, cette participation collégiale au pouvoir offre une alternative aux stratégies de survie individuelles qui rendent rapidement les départements dysfonctionnels autant pour ceux qui y enseignent que pour ceux qui y étudient. Par l'idéal démocratique qu'il présente, ce modèle collégial est au plus proche de l'idéal de liberté académique. En France, la collégialité reste à construire. Elle est l'exception plus que la norme. L'évaluation est réalisée par les pairs, mais de façon non collégiale, puisqu'elle est soit produite directement, soit régulée par des instances nationales. Par exemple, les jurys du Centre national de la recherche scientifique (CNRS) ou les jurys d'agrégation de science politique regroupent des membres de différents laboratoires qui appartiennent à des universités différentes. Tous ceux qui siègent dans ces comités choisissent des candidats qui, pour leur grande majorité, ne vont pas travailler dans le même département qu'eux et qu'ils ne recroiseront peut-être jamais. Les comités d'experts nommés par les présidents d'universités, tels que les ont envisagés les promoteurs de la loi sur la responsabilité des universités ( LRU ), ne sont pas non plus organisés selon le principe de la collégialité. Ils ne sont pas censés regrouper l'ensemble des enseignants-chercheurs du département qui ouvre un poste, et ils incluent des experts extérieurs, venus passer une journée ou deux dans une université où ils ne mettront peut-être plus jamais les pieds. Ainsi, dans le débat actuel sur la réforme, s'il est évident qu'il faut conserver l'évaluation par les pairs, il faut se demander si les universités n'auraient pas intérêt à s'affranchir d'un système d'évaluation national pour passer à un système d'évaluation collégial qui instaure la démocratie au sein des départements universitaires, plutôt que de faire retomber la responsabilité des futures inégalités de traitement sur une hiérarchie universitaire qu'il sera facile de dénoncer par la suite.
**** *s_libération *annee_2009 *am_2009-04
 Ce que je déteste en lui, c'est sa sournoiserie. Sainte-Beuve, sur Louis XV .
Un simple décret peut-il suffire à changer l'université ? Invraisemblable, dira-t-on, s'agissant d'une institution rétablie dans sa dignité par la loi républicaine il y a plus d'un siècle, et consacrée dans sa liberté par les principes constitutionnels fondamentaux. Pourtant, en choisissant la voie réglementaire, le président de la République a bel et bien tenté un coup de force qu'il espérait discret. Maligne stratégie : on commençait par une loi dite LRU [sur l'autonomie des universités, ndlr] adoptée dans l'inattention aoûtienne, puis, dans la brèche ouverte, on lâchait une ministre pour achever la tâche. Qu'on ne s'y trompe pas, le projet de décret portant réforme du statut des enseignants-chercheurs, s'il se présente comme le simple prolongement de la loi LRU , constitue en fait le camouflage d'une véritable révolution à l'envers : en une poignée d'articles non contrôlés par le Parlement, voici les universitaires ramenés dans le rang de l'université napoléonienne. A cette seule différence que les préfets y sont remplacés par les présidents d'université ! Que le projet vienne à passer, amendé ou non, réécrit ou pas, c'en est fini du statut inventé pour protéger la liberté et l'indépendance des enseignants-chercheurs consacrées par la République. Pour la discrétion, c'est manqué. Jouant sur les divisions, promettant aux uns pour écarter les autres, réécrivant sans réécrire, avançant en reculant, on provoque l'éclatement des réactions au projet. Certes, les protestations atteignent un nombre impressionnant, mais, confrontées à une attaque de biais, celles-ci apparaissent aussi fragmentées dans leur ensemble que contradictoires dans leurs particularités : suivant que l'on soit président d'université, membre du CNU [Conseil national des universités], doyen d'une faculté, appartenant à un collectif ou à un syndicat, on va pointer tel aspect du texte et suggérer un amendement. Au bout du compte, la caravane passe, le ministère sourit... Et ne désespère pas de sauver l'essentiel. Mais où est donc l'essentiel, pour nous universitaires ? Certes pas dans le principe de l'évaluation, que le projet se contente d'appliquer en vertu de la loi LRU . Rien ne s'oppose à l'idée que l'on évalue périodiquement l'ensemble du travail accompli par un enseignant-chercheur, c'est d'ailleurs déjà le cas : encore reste-t-il à déterminer les modalités d'une appréciation portant sur l'engagement pédagogique, institutionnel et scientifique. Ce qui ne va pas de soi, et l'on peut douter qu'un seul organe soit à même de formuler une appréciation unique. On relève déjà dans le projet de statut une dissociation implicite de la fonction de recherche de celle d'enseignement. Mais il y a plus grave : la possibilité de modulation des services, fixés jusqu'à ce jour d'une manière uniforme et égale. Cette possibilité offerte de discriminer les obligations en fonction de l'évaluation est une atteinte mortelle à l'indépendance et à la liberté du corps enseignant. Sachant qu'en cas d'évaluation défavorable, il risque de voir son service d'enseignement augmenter considérablement, voici le professeur ou le maître de conférences incité à un productivisme forcené, l'amenant à délaisser ces tâches obscures, pourtant plus que jamais nécessaires, d'accompagnement des étudiants. En cas de modulation par augmentation des charges de cours ou de travaux dirigés, voilà notre enseignant-chercheur dans la situation de faire encore moins de recherche et donc de demeurer définitivement un enseignant simple ! Il se trouve dans les faits banni de la communauté des chercheurs. Prêt à grossir les rangs de ce qui se dessine en arrière-plan : les collèges universitaires de premier cycle dissociés des seconds et troisièmes cycles. Alors que la liberté, la sérénité, le temps, que garantit l'indépendance du statut de l'enseignant-chercheur, sont des éléments indispensables de la production des connaissances. Nous voilà aux antipodes des pères fondateurs de l'université, comme Léon Bourgeois, qui déclarait à la Chambre des députés en 1892, à propos des maîtres : Le pays veut la liberté dans les esprits comme dans les institutions : il confie cette liberté des esprits non à une corporation fermée et asservie, mais à des hommes libres et choisis entre les citoyens parce qu'ils sont les plus instruits dans les divers ordres de connaissances... Une fois entrés dans leur chaire, il leur assure pour toute la vie la dignité et l'indépendance. Tous ces principes ont été repris par les grandes lois sur l'enseignement supérieur sous la Ve République. Ainsi, avec l'introduction de la modulation, en dissociant la fonction d'enseignement de la fonction de recherche, le projet de décret, non seulement contribue à dévaloriser la fonction d'enseignant, mais bouleverse complètement les principes fondamentaux qui gouvernaient l'enseignement supérieur. Suffira-t-il d'un simple décret pour supprimer ce que Nation a instauré ? L'université mérite mieux qu'un croc-en-jambe par décret : elle exige un vrai débat national. Même réécrite avec un peu de pommade adoucissante, la réforme est inacceptable dans la procédure. Une capitulation sur ce point serait la campagne de Russie de l'université française.
**** *s_figaro *annee_2009 *am_2009-04
Quelques dizaines d'établissements demeurent perturbés par des grèves et des occupations alors que le mouvement de contestation dure depuis dix semaines. LE MOUVEMENT universitaire contre les réformes gouvernementales - décret modifiant le statut des enseignants-chercheurs, réforme de la formation des enseignants, suppressions de postes - perdure depuis dix semaines et tend à se radicaliser. Les signes de tensions se multiplient sur les campus.
Cette semaine, deux présidents d'université, à Rennes-II et à Orléans, ont été séquestrés dans leurs bureaux par des étudiants. Le directeur du centre régional des oeuvres universitaires (Crous) et son adjoint ont également été brièvement retenus à Paris. À Perpignan, certains membres de la direction ont été menacés et agressés alors qu'ils remettaient en état des salles de cours. Selon Simone Bonnafous, porte-parole de la Conférence des présidents d'université (CPU), le mouvement est très responsable à certains endroits, mais, dans d'autres, « ça a dérapé, avec une violence plus forte que pendant la crise du CPE en 2006  » . À chaque fois, ces violences sont perpétrées par des groupuscules de quelques dizaines d'individus. Aux étudiants se mêlent parfois des personnes extérieures, qui s'efforcent de souffler sur les braises. Année après année, ces militants rêvent toujours à une hypothétique « jonction » des luttes. « Khmers rouges » Militants d'extrême gauche, intermittents du spectacle, précaires, ces « Khmers rouges » , comme les a qualifiés un jour le président de Rennes-II, Marc Gontard, sont souvent proches des idées du NPA, le parti d'Olivier Besancenot. Ils peuvent aussi se revendiquer du syndicat Sud ou, bien plus souvent, se proclamer totalement hors système. L'Unef, syndicat étudiant proche du Parti socialiste, ne maîtrise absolument pas leurs actions, et les condamne. Dans les assemblées générales, ils votent la grève, mais aussi le soutien aux insurgés en Grèce, la fin du capitalisme, la destruction de l'ordre public, le boycottage de l'ensemble de la presse... Avec un moindre succès, certains tentent même parfois de faire voter « la prise du pouvoir par la classe ouvrière ». Des dizaines d'universités restent partiellement occupées ou perturbées par une minorité. Les paroles d'apaisement venues des rangs des présidents ne sont guère entendues. Les modifications aux différents projets consenties par le gouvernement sont, elles aussi, balayées d'un revers de main par le Snesup-FSU, le syndicat majoritaire chez les enseignants, qui continue à réclamer le retrait des réformes. Les revendications se sont durcies cette semaine à l'approche des examens. Lundi, la « coordination nationale des universités », composée de représentants des universités en grève a appelé «  à la désobéissance civile  ». Les « prétendues avancées obtenues ne sont que des trompe-l'oeil et ne modifient en rien la logique des réformes  », estime-t-elle. Outre l'abrogation de la loi LRU , à laquelle Nicolas Sarkozy a rappelé mardi son attachement, les membres de la coordination demandent le retrait des réformes du statut des enseignants-chercheurs et de la formation des maîtres. Pour ces contestataires qui rêvent d'un nouveau Mai 68, des actions doivent également être menées « en direction des hôpitaux, de l'ensemble des services publics, des entreprises, des sans-papiers et des professions précaires ». Toujours plus...
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Le mouvement s'organise pour durer Universités. Une nouvelle journée de manifestation nationale a lieu aujourd'hui pour répondre aux appels à la reprise des cours lancés par la ministre de la Recherche.
[TEXTE] Toujours pas de sortie de crise à l'horizon... Valérie Pécresse lance via les médias des appels à la reprise des cours, condamne les « actes radicaux » et assure que « les étudiants se sont prononcés largement en faveur de la reprise ». L'attitude de la ministre, considérée comme irresponsable par les universitaires, va de concert avec une politique gouvernementale de réformes menée quel qu'en soit le prix. Pécresse ne lâche du lest que quand Nicolas Sarkozy l'y autorise. Et on en est bien loin, si l'on en croit les propos du chef de l'État qui, lors d'un déplacement dans les Bouches-du-Rhône, a affirmé qu'il ne reviendrait « jamais » sur l'autonomie des universités, « un choix fondamental ». Assurant que « les choses progressent », il s'est adressé au monde universitaire en expliquant que « leur donner l'autonomie, c'est leur faire confiance ». Moins méprisant que lors de son discours du 22 janvier, il a préféré remercier les présidents d'université de « leur courage », car a-t-il ajouté, « ils ne baignent pas toujours dans un environnement spontanément attiré par la réforme ». C'est le moins que l'on puisse dire... Et quant à la spontanéité, les universitaires ont pris le temps de réfléchir aux conséquences néfastes des réformes en cours. En réponse à Lionel Collet, président de la CPU, relais discipliné du discours de la ministre, la communauté universitaire, réunie en assemblée générale (la huitième) lundi dernier à l'université de Paris-III, a rappelé sa détermination « intacte et absolue face au massacre organisé par le gouvernement du service public de l'Enseignement et de la Recherche ». En réponse aussi à Valérie Pécresse sur le bon déroulement des examens, des directeurs d'UFR et d'IUT envisagent la validation automatique du semestre pour les étudiants. À ce stade du mouvement, les étudiants, enseignants-chercheurs, BIATOSS et doctorants ne s'embarrassent plus d'ultimatums. Ils vont droit au but et comptent se mobiliser « sous toutes les formes » : grèves de la faim, blocages, démissions administratives, appels à la désobéissance civile, occupations et même séquestrations des présidents d'universités favorables à la LRU . Certaines de ces actions sont d'ores et déjà appliquées à Rennes-II, Toulouse-II et III, Montpellier-III, Caen. Hier après-midi, c'est à Strasbourg que deux cents étudiants ont investi les locaux de la présidence. Les démissions aussi ont été remises à Amiens, Paris-I, Lyon-II, Nancy-I, Tours ou Dijon... Par ailleurs, la communauté universitaire a tenu à dénoncer la violence policière, devenue systématique, face à des actions pacifiques. Malgré l'annonce de nouvelles manifestations, « de la maternelle à l'université », comme celle d'aujourd'hui (1), celle du mardi 28 avril (jour de la Sainte-Valérie !) et, bien sûr, celle du 1er mai, le gouvernement espère encore une fois que les vacances de Pâques porteront un coup à la mobilisation. De son côté, la communauté universitaire accumule en sa faveur de nouvelles expériences de lutte qui pourraient faire durer le mouvement plus longtemps que ne le souhaiterait le président de la République. Ixchel Delaporte (1) À Paris, manifestation à 14 h 30 à partir de la place Denfert-Rochereau.
**** *s_humanité *annee_2009 *am_2009-04
Voilà huit semaines que l'université et la recherche françaises se sont arrêtées. Peu ou pas d'enseignements, des manifestations par dizaines, des établissements occupés ou bloqués, des responsables qui démissionnent, des rondes d'obstinés qui marchent sur les parvis, des cours hors les murs... Huit semaines d'inventions, de revendications et de mobilisation au cours desquelles Xavier Darcos et Valérie Pécresse ont choisi de ne rien entendre. Leur combat est perdu d'avance : on ne peut imposer une réforme sans l'assentiment de ceux chargés de la mettre en oeuvre. Cette réforme, parce qu'elle est inutile et dangereuse, parce qu'elle fait l'unanimité contre elle, ne pourra pas s'appliquer. Elle n'aura pas lieu.
Les universitaires en grève ? Ritournelle de printemps, que le public voit d'un oeil parfois lointain. Mais le mouvement en cours est inédit : parti des enseignants-chercheurs, il s'est étendu aux étudiants, aux autres personnels, et il ne fléchit pas. Il voit même se développer des signes de contagion dans le secondaire, le primaire, auprès des parents d'élèves, le tout alimenté par les autres secteurs en ébullition (hôpitaux, justice, transports, etc.). Le mois d'avril est déjà là et avec lui une perspective difficile à éluder : la France se prépare un printemps chaud. Et dans nombre de facs, le second semestre est compromis, au grand dam des étudiants et de leurs professeurs. Xavier Darcos et Valérie Pécresse sont responsables du plus long mouvement de protestation qu'ait connu l'université depuis 1968. Arc-boutés sur les termes d'une réforme bâclée, ils n'ont rien écouté, rien compris, ni les avertissements nombreux avant la grève, ni la voix de toute une profession unanime, ni même les alertes issues de leur propre camp. Ils se livrent à de minuscules batailles, dénaturant des textes déjà passablement confus, résistant sur des broutilles et s'accrochant à des formulations incantatoires. Cette intransigeance, que l'on devine idéologique, empêche les universitaires de travailler et compromet les études de centaines de milliers d'étudiants. Et plus le temps passe, plus la communauté universitaire, mesurant les sacrifices faits depuis deux mois, se montre intraitable sur ce qu'elle demande depuis le début, sur tous les tons : le retrait pur et simple de réformes qui consacrent le dévoiement de l'enseignement supérieur et de la recherche. Qui peut penser qu'il s'agit d'un simple mouvement d'humeur ? IUT, IUFM, universités, mais aussi laboratoires, revues ou sociétés savantes... des personnels aux usagers, la mobilisation est générale, quasiment unanime. Les menaces, les intimidations et la répression, policière ou financière, ne suffisent pas à la contenir ; comment pourrait-elle se satisfaire d'une « réécriture » ou d'un « accompagnement » des réformes contestées ? Il est temps d'en finir avec tout cela : décret sur le statut des enseignants-chercheurs, mastérisation, contrat doctoral unique, démantèlement des organismes de recherche, suppressions de postes... Il est temps que ce gouvernement entende que personne n'attend plus de lui qu'il recule, mais bien qu'il renonce. Et que les deux ministres ne touchent plus à rien ; qu'ils retournent à leurs campagnes électorales futures et nous laissent à nos chères études (trop chères, parfois). Pour que les choses rentrent dans l'ordre, de la maternelle à l'université, il suffirait que le gouvernement retire ses projets et désavoue leurs auteurs, assume les affaires courantes, revalorise ce qui doit l'être et donne les moyens pour que l'année se termine dans les meilleures conditions. Alors les cours pourront reprendre et les examens se tenir. Alors nous pourrons poser la question d'une alternative à la loi libertés et responsabilités des universités ( LRU ), dont chaque tentative d'application soulève un tollé. Qu'il faille réformer le système public d'éducation, l'enseignement supérieur et la recherche, personne ne le nie. Mais tout le monde sait aussi que rien ne pourra se faire sans les acteurs concernés. C'est à la communauté universitaire, dont c'est la vocation et le rôle social, qu'il revient de discuter et de décider de ce que peuvent et doivent être l'autonomie et la responsabilité des universités. Au politique revient la charge d'en donner les moyens et la garantie. Des pistes pour d'autres réformes existent, des idées sont débattues depuis longtemps... Cette réforme n'aura pas lieu, il faut en inventer une autre, plus ambitieuse, intelligente et partagée, pour assurer le futur de la recherche et de l'enseignement, qui sont l'enjeu majeur et le lieu où se joue l'avenir de nos sociétés en crise.
**** *s_libération *annee_2009 *am_2009-04
Du vent de révolte qui balaye le monde universitaire, on retiendra peut-être d'abord un symbole : la réhabilitation ironique, jubilatoire et nécessaire de la Princesse de Clèves, livre de ralliement des humanités en danger, devenu le fer de lance d'une certaine idée de la culture, gratuite et abstraite du court terme. Mais au-delà, le front inédit qui s'est constitué, de la droite à la gauche, sonne le glas d'un mode de gouvernement injuste et inefficace. L'alliance du mépris et de l'incompréhension aura été à l'origine d'un conflit dont tout montre qu'il aurait pu, comme bien d'autres, être évité.
 Car s'il y a un côté pile de l'enseignement supérieur et de la recherche en France (des étudiants de plus en plus mobiles, une attractivité réelle, liée au succès de filières de formation internationalement reconnues, des prix prestigieux remis à des équipes à la pointe de leur discipline), tout le monde admet aussi l'existence d'un côté face : une France classée loin derrière les Etats-Unis, le Royaume-Uni ou les pays scandinaves dans les classements internationaux, des moyens inadaptés à l'ambition affichée, une profonde dissémination des options et des cursus, un échec massif en premier cycle. Oui, le besoin de réformes est d'autant plus grand que des études récentes, notamment celle réalisée par Philippe Aghion pour l'institut Bruegel, confirment le lien entre enseignement supérieur et recherche d'un côté, croissance et innovation de l'autre. Tout montre que trois conditions sont nécessaires pour assurer de bonnes performances universitaires : des moyens financiers adéquats ; une gouvernance conçue autour d'universités autonomes et disposant de la liberté de choisir leurs enseignants ; un système de bourses pour encourager les meilleurs projets. Ce diagnostic est aujourd'hui largement partagé. Enseignants-chercheurs, professeurs et maîtres de conférences, étudiants et parents, personnel administratif des universités : tous sont lucides sur les forces et les carences de notre système supérieur, tous aspirent à des réformes justes et nécessaires. Mais ils attendent pour cela de l'impartialité dans les diagnostics, du respect dans le dialogue, de la justice dans les décisions. Par-dessus tout, ils souhaitent que le savoir et la recherche soient reconnus comme des biens publics, dégagés des contraintes du monde de l'entreprise. C'est hélas une ligne diamétralement opposée qui a été tracée. Avec la loi dite LRU , on a accordé l'autonomie de gestion à des universités en voie de profonde paupérisation, organisant ainsi, à rebours d'une saine émulation, une véritable normalisation par le bas . Surtout, l'autonomie elle-même a été mal conçue : elle a consisté à concentrer les pouvoirs entre les mains de présidents élus par les seuls professeurs, sans prévoir les contrôles externes indispensables. Un rapport récent dénonce précisément la confusion entre autonomie et self-governance, cette dernière présentant un risque élevé de collusion entre le président et des professeurs choisis par lui. La suite de l'histoire était écrite. Dans le sillage de la loi LRU , on a voulu instaurer une modulation de services confiant aux présidents la responsabilité de gérer la pénurie de moyens et d'effectifs... Transformer l'enseignement en punition pour chercheurs jugés peu productifs et compenser ainsi la diminution des effectifs, il fallait y penser ! Le mépris pour la transmission du savoir, les contrevérités sur l'absence d'évaluation, tout indique la volonté de mettre au pas un monde où se forgent encore des esprits libres. Le coup de grâce donné aux IUFM, dont nul ne contestait la nécessaire évolution, en est le signe : derrière l'économie budgétaire, c'est un apprentissage fondamental que l'on supprime, comme si un master suffisait à former un professeur. Oui, l'occasion de remettre l'université au cœur de notre enseignement supérieur a donc été manquée, mais rien aujourd'hui ne serait pire que de l'abandonner à son sort. Marginalisée depuis trop longtemps, elle attend qu'on la sorte enfin de son purgatoire. Du travail mené durant plusieurs mois avec des universitaires et des étudiants, des déplacements effectués en France et à l'étranger, je retiens trois grands chantiers pour l'avenir. Mettre fin à l'extrême fragmentation du supérieur, source d'inégalités entre étudiants et d'inefficacité budgétaire. Face à la concurrence de classes préparatoires et de grandes écoles dotées de moyens incomparables (on dépense chaque année 6 000 euros pour un étudiant contre 20 000 euros pour un préparationnaire), l'université ne devient pour beaucoup qu'un second choix. Mais ce cloisonnement ne profite même plus aux élèves en écoles, ces dernières étant trop petites pour bénéficier d'une aura mondiale. Le rattachement progressif des classes préparatoires et des écoles à l'université pourrait être le moyen de créer des centres universitaires dotés d'une taille critique suffisante. Assurer une pluridisciplinarité salutaire, notamment dans le premier cycle. La fragmentation n'est pas seulement institutionnelle, elle est aussi académique : à moins de 20 ans, les étudiants sont contraints de choisir une fois pour toutes quelle sera leur voie. Nous devons au contraire leur assurer un enseignement large, ouvert, qui transcende les divisions sectorielles. Ceci, afin que le premier cycle universitaire devienne le moment de l'ouverture d'esprit, de la découverte des savoirs et de la multiplication des compétences qu'il devrait être. C'est ce que souhaitent les étudiants, mais aussi leurs futurs employeurs. Combiner une augmentation des moyens, une autonomie véritable et un système d'évaluation collective. Pour nous hisser au niveau des pays scandinaves, une hausse d'environ 0,7 % des dépenses en faveur du supérieur est indispensable. Elle seule permettra d'améliorer le taux d'encadrement et donc la réussite des étudiants, deux sur trois échouant aujourd'hui en premier cycle. Il faut ensuite octroyer une véritable autonomie aux universités, sans oublier les contre-pouvoirs nécessaires pour évaluer et nommer les présidents. Enfin, un système d'évaluation collective des performances universitaires pourrait être créé, comme c'est le cas en Suède. Au terme d'un processus d'évaluation par les pairs, seraient alors récompensées les bonnes performances de recherche des départements, la qualité des enseignements et l'employabilité des étudiants formés. Nous devons à nos étudiants des universités qui soient les véritables centres de gravité du savoir et de la culture. Mais ce changement ne pourra se faire sans un climat de confiance et de respect envers tous les acteurs du monde universitaire. Espérons que le gouvernement le comprenne enfin, méditant la parole de sagesse que Marguerite Yourcenar prête à l'empereur Hadrien : Si je méprisais les hommes, je n'aurais aucun droit ni aucune raison d'essayer de les gouverner. 
**** *s_lemonde *annee_2009 *am_2009-04
Plusieurs milliers d'étudiants et d'enseignants-chercheurs ont à nouveau défilé dans les rues jeudi. Etat des lieux des points de crispation d'un mouvement qui devrait encore durer. 
LE GOUVERNEMENT A CÉDÉ François Fillon a annoncé le 25 février qu'aucun poste ne sera supprimé dans les universités en 2010 et 2011. Cela exclut l'université de la logique de non-remplacement d'un fonctionnaire sur deux partant à la retraite. Environ mille postes ont toutefois été supprimés dans les facultés en 2009. Plusieurs syndicats demandent leur restitution , mais Valérie Pécresse, ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche, refuse en affimant que son ministère n'a pas été soumis à la règle du non-renouvellement d'un emploi à la retraite sur deux, les non-renouvellements ayant été limités à un emploi sur six. Dernier recul en date, Valérie Pécresse annonce, mercredi 1er avril, que l'Etat financera directement les cent trente nouvelles chaires mixtes de recherche pour un coût de 4,5 millions d'euros. Les organismes de recherche, comme le CNRS, n'auront donc pas à bloquer des postes pour occuper ces nouvelles chaires. LE GOUVERNEMENT A ENGAGÉ DES NÉGOCIATIONS Un compromis a été signé avec quatre syndicats minoritaires, le 6 mars, puis a été à nouveau amendé le 25 mars. Le nouveau décret devrait être prochainement transféré au Conseil d'Etat. Parmi les modifications : l'affirmation de l'indépendance des enseignants-chercheurs et du caractère national de leur statut. Pour rassurer ceux qui craignent la toute-puissance des présidents d'université, le nouveau texte prévoit que la modulation de service d'un enseignant-chercheur (la répartition de son emploi du temps entre enseignement, recherche et activités administratives), qui sera du ressort de l'université, ne peut être mise en œuvre sans l'accord de l'intéressé , une précision qui n'existait pas dans le projet de décret initial. Il prévoit aussi leur évaluation tous les quatre ans, par le Conseil national des universités (CNU, composé de pairs), de manière transparente. S'agissant des promotions, l'accord s'est fait:  50 % d'entre elles se feront au niveau national par le CNU, 50 % au niveau des universités. Insuffisant pour le Snesup-FSU, premier syndicat du supérieur, qui a quitté les négociations et a refusé ce projet. La Coordination nationale des universités le rejette également et appelle au durcissement du mouvement. LE GOUVERNEMENT REFUSE DE NÉGOCIER La Coordination nationale des universités et la coordination étudiante demandent l'abrogation de la loi relative aux libertés et aux responsabilités des universités ( LRU ), votée à l'été 2007, et dont découlent les réformes actuellement contestées. Cette revendication, portée par certains étudiants depuis l'automne 2007, n'a jamais été à l'ordre du jour des négociations. La loi LRU est soutenue par la plupart des présidents d'université, et est déjà appliquée dans vingt d'entre elles. Sur les suppressions de postes Sur le statut des enseignants-chercheurs : Sur la mastérisation du parcours des professeurs Sur la loi LRU 


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